(Ottawa) Au cours du dernier débat conservateur, les trois candidats présents ont tous souligné l’importance de l’unité au sein du parti.

Publié le 7 août
Stephanie Taylor La Presse Canadienne

Le parti demeurera-t-il uni au terme d’une course qui a révélé de profondes divisions en son sein ? Et pendant qu’on tente de trouver une réponse à cette question, plusieurs se préparent en vue d’une victoire de Pierre Poilievre.

Mais gagner une course à la direction et diriger un parti, ce n’est pas la même chose.

« Quelqu’un doit commencer à réfléchir au lendemain du scrutin », lance Garry Keller, l’ancien chef de cabinet de Rona Ambrose, celle qui avait pris la tête du Parti conservateur canadien par intérim après la défaite électorale de 2015.

Pierre Poilievre, compte sur un solide appui au sein de l’actuel groupe de députés conservateurs. Pas moins de 62 des 118 membres du caucus soutiennent l’ancien ministre de Stephen Harper.

Le député de Carleton dit que son message mettant l’accent sur « la liberté » est rassembleur pour les conservateurs.

Pour M. Keller, cela ne signifie pas que les membres du caucus pourront dire tout ce qu’ils veulent sur les réseaux sociaux. « Les gens vont perdre leurs illusions à ce sujet », dit-il.

Tout au long de la campagne, M. Poilievre et ses partisans ont été accusés de nuire à l’unité au sein du parti en en formulant des attaques personnelles féroces contre leurs adversaires, nommément l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean Charest

Récemment, des députés du camp Poilievre et un autre candidat à la direction du parti, Scott Aitchison, ont mis en doute les intentions de M. Charest en cas de défaite.

« C’est triste de voir que la loyauté de Jean Charest, un patriote et un champion de l’unité canadienne, est remise en question par des conservateurs qui attisent les divisions, déclare Michelle Coates Mather, une porte-parole de l’organisation de M. Charest. Quel est leur objectif ultime ? Perdre les prochaines élections en s’aliénant les conservateurs qui appuient M. Charest ? Cela me semble une piètre stratégie pour un parti qui veut étendre sa base électorale pour gagner. »

La question de l’avenir du Parti conservateur en cas de victoire de M. Poilievre est fortement d’actualité au Québec. Le favori de la course n’a obtenu l’appui que d’un seul des dix députés conservateurs : Pierre Paul-Hus.

Le député Alain Rayes, un des principaux organisateurs de M. Charest, a exprimé sa confiance envers une victoire de l’ancien premier ministre. Selon lui, le parti n’a pas besoin de se lancer dans « une politique axée sur la division et la caricature, inspirée de ce qui se passe chez nos voisins du Sud et de la politique à la Trump ».

« Je suis convaincu que vous [les membres du Parti conservateur] allez faire le bon choix », a-t-il écrit dans une lettre ouverte.

Selon le groupe Centre Ice Conservatives si le parti veut étendre sa base, il devra renoncer aux franges radicales et concentrer son attention sur les enjeux qui intéressent le plus la population dans son ensemble.

Son directeur Michael Stuart dit que Jean Charest et Pierre Poilievre ont des idées qui intéressent les centristes. Même leurs partisans souhaitent que tous deux s’occupent plus de sujets de tous les jours comme la croissance économique et l’emploi.

La vaccination, les convois et tout ça détournent trop l’attention.

Michael Stuart, directeur du groupe Centre Ice Conservatives

Et comment M. Poilievre s’occupera-t-il de la droite sociale, lui qui a grandement misé sur les opposants aux mesures mises en place pour lutter contre la pandémie ?

Même s’il a promis que son gouvernement ne présenterait pas un projet de loi restreignant l’accès à l’avortement, il pourrait être rappelé à l’ordre par certains de ses alliés.

Jack Fonseca, d’un groupe d’opposants à l’avortement, rappelle que plusieurs des nouveaux membres recrutés par M. Poilievre au sein du mouvement opposé aux mesures de santé publique partagent souvent les valeurs des conservateurs sociaux.

« Ils sont pour la liberté, pour la famille, et oui, pour la vie et la foi », lance-t-il.

M. Fonseca espère que M. Poilievre orientera ses engagements électoraux dans cette direction. Il souhaite aussi voir Leslyn Lewis, une conservatrice sociale qui participe à la course à la direction, intégrer son cercle de proches conseillers.

« Il sera contraint de faire face à cette réalité. Il devra prendre des engagements envers les conservateurs sociaux qui forment sa base. »