Chaque jour, de plus en plus d’enfants et d’adolescents qui présentent des troubles anxieux ou des difficultés d’adaptation importantes souffrent au Québec.

Mis à jour le 14 juin
Caroline Touzin
Caroline Touzin La Presse
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

C’est le constat préoccupant que font les directeurs de la protection de la jeunesse (DPJ) dans leur 19bilan annuel dévoilé mardi à Montréal. Ils observent une hausse « considérable » du nombre de signalements.

Au total, pour l’ensemble du Québec, les DPJ ont traité 132 632 signalements au cours de l’année 2021-2022, comparativement à 117 904 l’an dernier, une hausse de 12,5 %.

Il s’agit d’une moyenne de 363 situations d’enfants signalées par jour au Québec. « Ils sont en détresse. Ils sont en réelle souffrance », a souligné Assunta Gallo, directrice de la protection de la jeunesse du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, au moment de la présentation du bilan.

Photo Olivier Jean, LA PRESSE

Assunta Gallo, directrice de la protection de la jeunesse du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

« Ce ne fut pas facile » pour les enfants et les adolescents durant la pandémie, a ajouté Mme Gallo. Cette dernière attribue la hausse des signalements au fait que la population est « bienveillante ». La population québécoise se préoccupe de ses enfants et par le fait même n’hésite pas à les signaler si elle perçoit des situations inquiétantes, a-t-elle précisé.

Ainsi, la DPJ de Montréal (services aux enfants francophones) a reçu 12 967 signalements, soit une hausse de 8,22 % par rapport à l’an dernier. Batshaw (services aux enfants anglophones dans la métropole) a reçu 4645 signalements, soit une augmentation de 16,39 %.

Les listes d’attente s’allongent

Les DPJ constatent cependant une baisse des signalements retenus de 2,3 % comparativement à l’année précédente. Malgré tout, les listes d’attente s’allongent, a précisé Mme Gallo ; une hausse qui s’explique en raison de la pénurie de personnel qui frappe le réseau de la santé. À Montréal, il y a actuellement 463 enfants en attente d’une évaluation (services francophones). Un chiffre que la DPJ de Montréal qualifie d’« important » et de « préoccupant ». Chez les anglophones (Batshaw), il y a encore plus d’enfants actuellement en attente pour être évalués, soit 560.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, il manque actuellement 19 intervenants pour mener à bien les évaluations des signalements. « On travaille pour être plus attirants », entre autres en offrant la semaine de travail de quatre jours, a souligné Mme Gallo.

Au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal – auquel Batshaw est rattaché –, la pénurie d’intervenants est encore plus criante. L’équipe chargée d’évaluer les signalements ne compte plus que 12 personnes, alors qu’elle devrait en compter 39. L’enjeu de recruter du personnel bilingue complique la tâche, nous explique-t-on au CIUSSS. Les cas urgents sont traités rapidement, assurent toutefois les deux CIUSSS montréalais.

L’APTS brosse un portrait sombre

En Montérégie, le nombre de signalements traités a aussi augmenté. On parle d’une augmentation de 3000 signalements comparativement à l’exercice 2020-2021, pour un total de 20 837 cette année. On note aussi une baisse de signalements retenus (415 signalements retenus de moins que l’an dernier).

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a fait une sortie parallèle pour déplorer que plus d’un an après le dépôt du rapport de la commission Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, peu de choses ont changé sur le terrain.

Sébastien Pitre, trésorier de l’APTS et responsable politique du dossier des centres jeunesse, a dressé un portrait sombre de la situation.

  • Il y a 300 postes vacants et non pourvus au centre jeunesse de Montréal, en date du mois de février.
  • La région de l’Estrie approche du « point de rupture », 50 intervenantes ont quitté le réseau depuis janvier 2022, et la liste d’attente en évaluation dépasse les 700 noms.
  • En Montérégie, les unités de débordement sont assez nombreuses pour justifier l’ouverture d’un nouveau centre de réadaptation. À certains endroits, les enfants sont nourris « aux repas congelés et aux Cup-a-Soup », faute de cuisines sur place.

Le syndicat estime que pour combler la pénurie de la main-d’œuvre dans le réseau des centres jeunesse, il faudrait recruter 900 personnes. Le président du syndicat, Robert Comeau, demande au gouvernement Legault d’être prêt à faire preuve « d’originalité ». « On peut regarder des choses en dehors des périodes normales de négociation », a-t-il dit. La clé pour recruter du personnel et convaincre les jeunes d’aller étudier notamment en travail social est d’améliorer la qualité de vie du personnel et de rendre le réseau « attirant », a-t-il affirmé.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a affirmé de son côté dans un communiqué de presse que les données présentées dans le rapport des DPJ « montrent les nombreux efforts déployés sur le terrain pour assurer la sécurité et le développement des enfants, dans un contexte pandémique prolongé ».

Avec Pierre-André Normandin, La Presse

En savoir plus

  • Au Québec, le délai d’attente moyen pour obtenir une évaluation de la DPJ est de 38 jours, soit bien plus que la cible de 21. Montréal affiche la pire performance avec un délai moyen de 67 jours. À l’inverse, Laval fait figure d’exemple avec un délai moyen de 15 jours.
    source : ministère de la Santé et des Services sociaux