(Québec) Le gouvernement Legault veut éviter le gouffre financier de l’étalement urbain avec sa politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire, mais il faudra attendre en 2023, après les élections, pour connaître les budgets et les moyens qui seront proposés.

Mis à jour le 6 juin
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Quand on construit un peu n’importe où, ça coûte une fortune en infrastructures municipales. […] On peut mieux réfléchir », a lancé la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, lundi, lors de la présentation de sa « vision stratégique », en compagnie de la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

Le document gouvernemental explique bien pourquoi « l’étalement urbain est coûteux pour le Québec ». Le portrait est clair : il « entraîne des investissements massifs en fonds publics pour l’ajout et le maintien à long terme de nouvelles infrastructures : routes, aqueducs, égouts, casernes, bibliothèques, écoles ou cliniques ».

« Ce type de croissance urbaine, où les infrastructures sont soutenues par un plus petit nombre de personnes, hypothèque les ressources des citoyennes et citoyens ainsi que les finances du Québec », ajoute le document.

Comme la nouvelle génération de jeunes maires, Mme Laforest veut encourager la densification. Le Québec ne peut pas se permettre de continuer dans la voie de l’étalement : en 2011, dit le Ministère, le déficit d’investissement [en infrastructures municipales] « était évalué à 34,2 milliards et les projections les plus optimistes prévoyaient qu’il continuerait de croître malgré les investissements des municipalités et l’aide des gouvernements supérieurs », note-t-on.

En entrevue avec La Presse, la ministre confirme que son ministère veut mettre à jour cette donnée grâce à un plan de gestion des actifs.

Mais il n’y a pas de solution magique : pour réduire cette facture, il faut augmenter le nombre de citoyens qui partagent le même territoire, et les mêmes infrastructures.

Plusieurs passages de la politique pourraient faire sursauter les tenants du tout à l’auto.

Alors que le ministre Éric Caire accusait le maire de Québec, Bruno Marchand, de « polluer » la vie des automobilistes avec une rue partagée dans le cadre de son projet de tramway avant de se récuser, le document déplore que « la rue soit trop souvent réduite à sa seule fonction d’axe de circulation automobile », et souhaite qu’elle puisse être plus « conviviale, sécuritaire, multifonctionnelle et accessibles à toutes et à tous ».

Voitures coûteuses

L’étalement urbain et les grands quartiers résidentiels sans services ont « pour effet d’accroître la part de la population dépendante de l’automobile », note le document. « Ces citoyennes et citoyens doivent ainsi assumer les frais liés à l’usage de plusieurs véhicules, au détriment de l’adoption d’un mode de vie actif et au prix d’une importante pression financière ».

Québec veut aménager des milieux de vie « sobres en carbone », qui permettent à la population d’accéder facilement « aux services de proximité, comme l’épicerie et la pharmacie, à des équipements collectifs, comme les écoles, ainsi qu’à des espaces publics et à des parcs ».

Le gouvernement veut également reconvertir les bâtiments déjà existants, parfois abandonnés, car les bâtiments « les plus verts sont ceux qui sont déjà construits », a dit la ministre Nathalie Roy.

En prime, cela permettrait de protéger les territoires naturels et les terres agricoles.

Mais pour voir cette politique s’articuler concrètement, il faudra attendre à 2023. C’est à ce moment qu’un plan de mise en œuvre doit être déposé, ainsi que des modifications à la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles ainsi que la Loi sur l’expropriation.

Québec souligne qu’au fil des années, le cœur des villes et des villages a été délaissé au profit du développement de centres commerciaux, par exemple. « Des bâtiments ont été négligés ou même démolis, certaines de ces centralités ont été délaissées », note la politique.

Il faut donc investir pour donner du lustre à ces artères commerciales. Mais encore une fois, il faudra attendre à 2023 pour les détails.

Attentes très élevées

Les réactions au dépôt de la politique n’ont pas tardé. Le G15+, un rassemblement de « leaders économiques, syndicaux, sociaux et environnementaux du Québec », dit espérer « que ce document de vision se traduira rapidement par le dépôt d’un plan d’action, de nouvelles orientations gouvernementales et de budgets à la hauteur de nos défis collectifs ».

De son côté, le directeur général de Vivre en Ville, Christian Savard, demande des actions rapides et affirme que « le temps n’est plus au statu quo ni aux tergiversations ».

La Ville de Montréal estime que la politique, pour lutter réellement contre l’étalement urbain, devra inclure un plan d’action « comprenant des engagements clairs en matière de mobilité et d’aménagement ». Équiterre déplore le manque de concret du plan.