Dix-sept poteaux couchés au sol, vingt heures de travail : un chantier dans Lanaudière montre l’ampleur de la tâche, pour les équipes d’Hydro-Québec, de reconnecter tous les foyers privés d’électricité à la suite des violents orages du week-end.

Publié le 24 mai
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

« Les gens, souvent, nous demandent : combien de temps, combien de temps ? Mais c’est difficile, des fois, d’estimer avec des catastrophes comme ça […], des interventions plus massives », lance le chef des travaux chez Hydro-Québec, Pietro Sciortino, en haut de la montée Laramée, à Sainte-Anne-des-Plaines.

Derrière lui, six camions aux couleurs de la société d’État et plus d’une dizaine de casques jaunes et de combinaisons orange fourmillent autour du chantier. Si tout semble bien rangé et en contrôle, c’était loin d’être le cas la veille.

Samedi soir, de violentes bourrasques, qui ont privé plus de 550 000 foyers d’électricité au Québec au plus fort de la tempête, y ont couché 17 poteaux au travers de la route. Sous les fils, six voitures stationnées, dont plusieurs avec des occupants à leur bord.

« Une des voitures avait des fils de chaque côté ! Ils auraient dû se prendre un 6/49 ! », s’exclame Ghislain Lacasse, propriétaire de Ciment Lacasse, entreprise située à côté du chantier.

PHOTO FOURNIE PAR GHISLAIN LACASSE

Dégâts laissés par la tempête de samedi sur la montée Laramée

Voisin de la scène, Gilbert Delorme revenait alors de Sainte-Sophie. « C’était comme dans un film, avec les branches et les arbres qui revolent partout. J’ai dû faire le tour pour revenir chez moi, ça passait juste pas », raconte l’homme.

Avant le « travail électrique »

Dans la nuit de dimanche à lundi a suivi une chorégraphie bien rodée. D’abord, Hydro-Québec s’assure de sécuriser les lieux en coupant le courant. Puis d’autres employés viennent ramasser de potentiels contaminants qui auraient pu s’échapper des transformateurs tombés.

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De nombreuses branches d’arbres jonchent les terrains, à Sainte-Anne-des-Plaines.

Ce n’est qu’une fois ces travaux réalisés que les poteaux peuvent être livrés – ce qui peut devenir un enjeu dans le cas d’un sinistre comme celui de samedi dernier, où un grand nombre de poteaux sont nécessaires – et plantés, puis que le vrai « travail électrique » peut commencer, explique Pietro Sciortino.

« [Ça implique] beaucoup de coordination, beaucoup de corps de métier, c’est pour ça que des fois, ça peut être plus long », ajoute celui qui, après 22 ans de travail chez Hydro-Québec, affirme n’être intervenu qu’à de très rares occasions à la suite d’une telle tempête.

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Pietro Sciortino, chef des travaux chez Hydro-Québec

Des vents comme ça, [j’en ai vu] en bas de 10 fois. Généralement, c’est des branches qui tombent, ou des fils qui […] se détachent, mais on ne voit pas nécessairement plusieurs poteaux brisés ou complètement déracinés couchés au sol.

Pietro Sciortino, chef des travaux chez Hydro-Québec

« Oui, il y a du travail électrique à faire pour rétablir les pannes, mais dans des cas majeurs comme ça, lorsqu’il y a beaucoup de végétation qui est tombée sur des chemins ou carrément sur des conducteurs, il y a beaucoup de travail en amont à faire », ajoute, à ses côtés, une porte-parole d’Hydro-Québec, Caroline Desrosiers.

« On regarde Info-Pannes »

Même si son entreprise était toujours plongée dans le noir lundi après-midi, Ghislain Lacasse, lui, ne s’en faisait pas outre mesure. « C’était partout, de l’Ontario à ici, et je sais que les gars d’Hydro vont faire des 16 heures, s’exclame-t-il. Moi, je pensais qu’on en avait jusqu’à [mardi]. »

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Ghislain Lacasse

Monteur de lignes chez Hydro-Québec, Vincent Lefebvre opine. Dès l’alerte météo reçue samedi soir, il savait qu’il s’apprêtait à vivre une grosse fin de semaine. « On regarde Info-Pannes comme tout le monde. Mes voisins savent que lorsqu’on n’a plus d’électricité, je ne suis pas chez nous », dit-il en rigolant.

Plus sérieusement, le travailleur ajoute qu’il porte une attention particulière à la sécurité, particulièrement dans des chantiers comme celui de la montée Laramée. « C’est notre vie, après tout », lâche le père de deux enfants.

Quelques travaux « majeurs » demeurent

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Travaux d’Hydro-Québec à Sainte-Anne-des-Plaines

Sensible aux délais de l’opération pour rebrancher tous les foyers, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, est venu rendre visite au chantier de la montée Laramée, lundi matin.

Un peu plus de 143 000 clients d’Hydro-Québec étaient toujours sans électricité, lundi soir, à la suite des violents orages qui ont balayé le Québec au cours du week-end.

Jusqu’à maintenant, 10 personnes ont perdu la vie en raison de la tempête. Neuf d’entre-elles se trouvaient en Ontario. Au Québec, une femme de 51 ans est morte après que son embarcation se soit renversée dans la rivière des Outaouais, à Gatineau, samedi.

Plus de 600 équipes, soit plus de 1200 travailleurs, avaient été mobilisées dans la journée pour rétablir le courant partout dans la province. Il s’agissait d’une hausse importante par rapport à la veille, lorsqu’environ 400 équipes étaient déployées sur le terrain.

« On pense qu’à la fin de la journée, on devrait avoir à peu près 80 % de rétablissements. Pour la suite, ça va être un peu plus long, parce qu’on est en fin de ligne avec des travaux qui sont majeurs », avait dit en matinée le ministre Julien.

Pietro Sciortino et ses équipes en savent quelque chose. Après avoir terminé de remplacer les 17 poteaux problématiques de la montée Laramée, ils s’apprêtaient à se rendre juste à côté, sur la 337, où… 9 poteaux étaient à redresser.

Avec la collaboration d’Henri Ouellette-Vézina et de Lila Dussault, La Presse