(Ottawa) Des milliers d’opposants à l’avortement se sont rassemblés sur la colline du Parlement, jeudi, alors qu’une ébauche de décision à la Cour suprême des États-Unis attire de nouveau l’attention sur cet enjeu social, des deux côtés de la frontière.

Mis à jour le 12 mai
Erika Ibrahim La Presse Canadienne

Jeff Gunnarson, président national du groupe antiavortement « Campaign Life Coalition », s’est adressé à la foule en faisant référence au projet de décision aux États-Unis, qui infirmerait l’arrêt historique Roe c. Wade de 1973 sur le droit à l’avortement.

Des dizaines de contre-manifestants se tenaient tout près.

James Schadenberg dit qu’il espère que la nouvelle aux États-Unis encouragera les politiciens canadiens à adopter une loi pour empêcher l’avortement et « protéger le droit à la vie ».

Une autre opposant à l’avortement, Valerie Luetke, a déclaré que les situations au Canada et aux États-Unis sont différentes puisque là-bas, « ils essaient d’abroger la loi alors qu’au Canada, nous essayons d’en faire une ».

Photo PATRICK DOYLE, La Presse Canadienne

Des manifestantes pro-choix étaient aussi présentes à Ottawa.

Des manifestants brandissaient des pancartes où on pouvait lire : « Je regrette mon avortement » et « Aime la vie, choisis la vie ». Pendant ce temps, chez les contre-manifestants, on lisait : « L’avortement est un soin de santé » et « Gardez vos lois hors de mon corps ».

Des participants en tenue religieuse étaient présents pour manifester contre l’avortement et plusieurs orateurs ont fait référence au christianisme.

Les libéraux ont promis l’automne dernier d’adopter de nouvelles réglementations pour s’assurer que l’accès à l’avortement soit une exigence de financement fédéral en vertu de la Loi canadienne sur la santé. Par ailleurs, le premier ministre Justin Trudeau a évoqué la semaine dernière la possibilité d’enchâsser le droit à l’avortement dans une loi, afin de compliquer la tâche de futurs gouvernements qui voudraient procéder à des ajustements.

Légiférer, ou pas ?

Interrogé jeudi sur les facteurs pris en compte pour déterminer s’il faudrait légiférer, M. Trudeau a déclaré que le plus important est que « chaque femme au Canada devrait avoir pleinement accès à des services d’avortement légaux et sécuritaires, et à des services de santé reproductive où qu’elle se trouve au pays ».

Photo LARS HAGBERG, Agence France-Presse

Des membres du Service de protection parlementaire gardent des manifestants des deux camps séparés.

Il a déclaré que le gouvernement voulait également s’assurer que les gains ne soient pas annulés par les futurs gouvernements ou les décisions des tribunaux, et il a indiqué que des discussions étaient en cours sur la meilleure façon de faire.

« Peut-être que c’est une loi, peut-être que ce n’est pas une loi, peut-être que c’est laisser la question entre les mains de l’Association médicale canadienne, qui assure depuis longtemps la gouvernance de ces procédures », a-t-il dit.

Le sujet de l’avortement a été abordé mercredi soir lors du débat des candidats dans la course à la direction des conservateurs. Tous les candidats, à l’exception de la députée ontarienne récemment élue Leslyn Lewis, ont déclaré qu’ils appuyaient le libre choix ou qu’ils ne présenteraient pas de projet de loi sur l’avortement s’ils deviennent premier ministre.

Le député vétéran Pierre Poilievre a déclaré qu’un gouvernement dirigé par lui n’adopterait pas ou n’introduirait pas de législation restreignant l’accès à l’avortement. Jean Charest, ancien premier ministre du Québec, a déclaré qu’il soutenait le droit à l’avortement et il a qualifié la réponse de M. Poilievre d’insuffisante, affirmant que les Canadiennes méritaient de savoir où il se logeait sur cet enjeu.

M. Poilievre a déclaré plus tard qu’il croyait en la liberté de choix et qu’il autoriserait des votes libres de son caucus sur cette question. Il a également mis en évidence le propre bilan de M. Charest, soutenant que l’ancien député progressiste-conservateur avait voté pour une loi qui aurait recriminalisé l’avortement en 1990.

« Quel que soit le nouveau chef, la question va se poser lors des élections, a déclaré Scott Hayward, cofondateur de “ RightNow ”, un organisme qui travaille à faire élire des candidats antiavortement. Qu’ils veuillent parler d’inflation tout le temps ou non, ça va arriver et ils doivent avoir une réponse. »

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.