L’itinérance autochtone dans le quartier Milton-Parc représente une véritable « crise humanitaire au cœur de la métropole », pour laquelle la Ville de Montréal et le réseau de la santé doivent agir rapidement, affirme un rapport de l’ombudsman de Montréal rendu public mercredi matin.

Mis à jour le 4 mai
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Le rapport, intitulé Ne pas détourner le regard, fait plusieurs constats au sujet de la détresse vécue par la population de sans-abri qui fréquente ce secteur du Plateau-Mont-Royal, et des problèmes de cohabitation avec les citoyens qui y vivent.

Nadine Mailloux, l’ombudsman, formule cinq recommandations, notamment la mise sur pied, dès 2022, d’une « ressource d’hébergement d’urgence stable et sûre répondant aux besoins des personnes inuites ».

Elle déplore aussi le manque flagrant de concertation et de collaboration entre les différents organismes et autorités agissant auprès des sans-abri autochtones à Montréal, qui souvent « se renvoient la balle ».

« Il importe de passer de la parole aux actes, indique le rapport. Il est fondamental de ne pas gérer cette situation par de simples cases à cocher dans un plan. Il faut agir avec préméditation et s’assurer que les mesures planifiées produisent concrètement des résultats, que les entités de tous azimuts soient imputables des responsabilités qui leur incombent et que cette imputabilité ne soit pas mesurée par tâches isolées, mais plutôt par impacts décisifs sur le terrain. »

Parmi les autres recommandations :

  • Créer des programmes d’accueil et d’accompagnement communautaires pour les personnes inuites qui arrivent dans la métropole ;
  • Réviser le mode de financement des organismes communautaires afin de leur permettre d’offrir des services de manière continue ;
  • Impliquer les citoyens dans la recherche de solutions en lien avec la sécurité et la gestion de l’itinérance dans le secteur ;
  • Favoriser l’implantation de ressources d’hébergement pour personnes en situation d’itinérance.

Mme Mailloux souligne qu’elle a suivi le processus d’établissement des mesures hivernales pour les sans-abri, mises en place à la dernière minute, avec un manque flagrant de planification de la part de la Ville.

Plaintes d’un collectif de citoyens

Le rapport fait suite aux plaintes d’un collectif de citoyens habitant près de l’avenue du Parc et de la rue Milton, qui dénonce la dégradation, l’insalubrité et la dangerosité de ce quartier, parce que les sans-abri qui s’y retrouvent ne reçoivent pas les services nécessaires.

La représentante du groupe plaignant soutient que la ruelle au cœur du quartier est peu sécuritaire. Cette ruelle est régulièrement la scène de trafic de drogues et de prostitution. Plusieurs témoignent y avoir vu des agressions.

Extrait du rapport de l’ombudsman de Montréal

« C’est normal d’avoir des itinérants en ville, mais c’est différent si on a 200 personnes soûles qui crient dans la rue », déplore Michael Ghannoum, qui représente l’Association des commerçants et marchands de Milton-Parc.

Selon lui, le rapport de l’ombudsman ne va pas assez loin : il estime que la Ville devrait installer un « guichet unique », où les sans-abri pourraient recevoir différents services et bénéficier d’un accompagnement personnalisé, ainsi qu’un refuge où la consommation d’alcool serait permise (wet shelter).

Irritant majeur

Après avoir pris connaissance du rapport, Sienna Francœur, membre du Comité des citoyens de Milton-Parc, dénonce aussi le fait qu’un irritant majeur n’y soit pas abordé : la présence d’une clôture de métal sur un terrain vague, à l’intersection de la rue Milton et de l’avenue du Parc, qui pousse les sans-abri vers la rue, provoquant des accidents.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Terrain vague à l’intersection de la rue Milton et de l’avenue du Parc

« C’est un danger immédiat, dit-elle. Les gens se retrouvent dans la rue parce qu’il n’y a pas de place sur les trottoirs. »

Le comité dont fait partie Mme Francœur milite pour qu’une partie du budget de la police soit redirigé vers des organismes communautaires offrant du logement social et des intervenants formés pour travailler auprès des sans-abri.

« On ne veut pas plus de policiers dans le secteur », souligne-t-elle.

Martine Michaud, représentante du Collectif des résidents de Milton-Parc, qui est à l’origine des plaintes à l’ombudsman, se dit plutôt satisfaite du rapport. « Reste à espérer que la Ville de Montréal va prendre ses responsabilités », dit-elle, dénonçant le manque d’écoute de la part des autorités municipales.

Questionnée à ce sujet en marge d’une conférence de presse, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a répondu qu’elle acceptait les recommandations de l’ombudsman et qu’elle avait l’intention de faire des revendications à Québec pour obtenir le financement nécessaire.

« Ça demeure une responsabilité du gouvernement du Québec », a rappelé la mairesse.

En savoir plus

  • 12 %
    Proportion d’Autochtones parmi les personnes en situation d’itinérance lors du dénombrement de 2018
    SOURCE : CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal
  • 4
    Nombre d’accidents impliquant un piéton, dont un mortel et un avec blessé grave, ayant eu lieu en 2020 sur l’avenue du Parc près de la rue Milton, selon le SPVM
    SOURCE : Ombudsman de Montréal