Le nombre de personnes tuées par le conducteur d’un véhicule automobile alors qu’elles se déplaçaient à pied est en forte hausse en Amérique du Nord. Un phénomène dû au vieillissement de la population et à des aménagements qui priorisent les véhicules motorisés. Explications.

Publié le 5 mars
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

46 %

Hausse du nombre de piétons tués aux États-Unis en neuf ans. Les piétons morts après avoir été frappés par un véhicule motorisé a en effet augmenté de 46 % aux États-Unis de 2010 à 2019, selon la Governors Highway Safety Association. Durant cette période, on a aussi observé une hausse de 5 % du nombre de victimes chez les occupants des véhicules.

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C’est la proportion de collisions mortelles survenues avec un piéton après la tombée du jour aux États-Unis, selon la Governors Highway Safety Association.

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Nombre de piétons morts en 2020 aux États-Unis, une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente, où 6412 personnes avaient été tuées dans une collision avec un véhicule motorisé.

Une tendance similaire au Québec

La part des décès piétons augmente d’année en année. Le bilan routier s’améliore pour tous les usagers, mais à l’exception de la pandémie, il a empiré pour les piétons. On a effacé dix années de gains. On croit que le bilan a été meilleur ici qu’aux États-Unis durant la pandémie en partie parce que les mesures de confinement étaient plus sévères ici et les déplacements ont beaucoup diminué, notamment les déplacements des personnes âgées.

Sandrine Cabana-Degani, directrice de Piétons Québec

Source : Piétons Québec

Des conducteurs souvent distraits

Part de responsabilité de la distraction dans les accidents corporels impliquant au moins un piéton comme victime au Québec, selon la SAAQ :

  • Conducteurs : 68 %
  • Piétons : 15 %
  • Les deux parties : 17 %

Facteurs en cause dans la mort de piétons

  • Réseau routier aménagé afin de prioriser la fluidité des transports motorisés au détriment de la sécurité de tous les usagers
  • Augmentation de la masse et de la taille des VUS
  • Vieillissement de la population qui affecte la vitesse de déplacement des piétons

Source : Piétons Québec

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

L’intersection de la route 235 et du rang Séraphine, à Ange-Gardien, en Montérégie. Des habitants du secteur ont dénoncé la limite de vitesse permise pour les voitures et le manque de protections pour les piétons.

Au Québec, il y a de grandes routes numérotées qui traversent les villages à grande vitesse. C’est atroce, il y a vraiment une négligence de la sécurité des piétons et des cyclistes. Les gens marchent plus qu’avant, on veut être actif, il faut en tenir compte. Même sur les routes majeures, il va falloir faire des aménagements pour sécuriser l’ensemble des déplacements, pas seulement les déplacements qui se font à bord d’un véhicule.

Le DPatrick Morency, médecin-conseil affilié à la Direction de santé publique de Montréal

Près de 50 %

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le nombre de piétons âgés happés mortellement est beaucoup plus élevé que le poids démographique des aînés au Québec.

C’est la proportion des personnes de 65 ans et plus dans l’ensemble des décès piétons au Québec ces dernières années. C’est plus du double de leur poids démographique, qui est d’environ 20 %.

Sources : Piétons Québec, INSPQ

IMAGE FOURNIE PAR PIÉTONS QUÉBEC

Illustration de Piétons Québec montrant que les temps de traverse sont trop courts pour les personnes âgées notamment, selon les normes du Minisstère des Transports du Québec

Certaines personnes âgées qui se déplacent à pied ont une vision réduite. Souvent, la SAAQ nous recommande comme piéton d’établir un contact visuel avec le conducteur d’un véhicule, mais un aîné peut ne pas avoir la capacité d’établir ce contact-là. La mobilité est diminuée, les réflexes… Les municipalités doivent se doter d’aménagements qui tiennent compte des besoins des piétons en général et des personnes âgées en particulier.

Sandrine Cabana-Degani, directrice de Piétons Québec

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Les VUS impliqués dans des accidents avec piétons causent généralement des blessures plus graves.

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C’est l’augmentation du risque de mortalité d’un piéton lorsqu’il est happé par un VUS plutôt que par une voiture, selon une étude de l’United States Government Accountability Office. Les VUS sont plus mortels car ils atteignent la victime au niveau des organes vitaux, plutôt qu’au niveau des jambes.

Quand le véhicule devient une arme

La question des véhicules-béliers, utilisés par leur conducteur pour blesser ou tuer des gens, a aussi refait surface aux États-Unis ces dernières années – notamment dans la foulée des nombreuses manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd, tué par le policier de Minneapolis Derek Chauvin. Entre la mort de M. Floyd, le 25 mai 2020, et le 30 septembre 2021, des conducteurs de véhicules ont foncé dans des manifestants au moins 139 fois aux États-Unis, selon une analyse réalisée par le Boston Globe. Le quotidien a répertorié 3 morts et au moins 100 personnes blessées dans ces évènements. Dans la majorité des cas, le conducteur est resté impuni : des accusations n’ont été déposées que dans 65 cas – soit moins de la moitié d’entre eux – et à peine 4 conducteurs ont été reconnus coupables d’un crime. Aux États-Unis, plusieurs États adoptent des lois donnant l’immunité aux conducteurs qui blesseraient ou tueraient des manifestants en voulant « fuir » une manifestation ou « se protéger » des manifestants.