(Québec) L’un des organisateurs du « convoi de la liberté » à Québec s’est félicité samedi que cette deuxième fin de semaine de manifestation contre les mesures sanitaires se déroule de manière globalement pacifique et demande maintenant un « retour d’ascenseur » au gouvernement.

Mis à jour le 19 février
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« On n’a pas brassé rien. On est ici pacifiquement. Ça fait deux fois qu’on le fait malgré que les médias nous plantent et nous rentrent dedans. J’espère qu’on va avoir un retour d’ascenseur du gouvernement », a lancé Bernard Gauthier à une foule de quelques milliers de personnes massée samedi devant le parlement, à Québec.

« Je veux féliciter les guerriers à Ottawa », a ajouté celui qui se fait appeler Rambo.

Les organisateurs du convoi n’ont pas été satisfaits par l’assouplissement des mesures sanitaires annoncé par le gouvernement de François Legault.

Ils en ont contre le maintien de l’obligation pour les élèves de porter le masque à l’école et ils craignent que le passeport vaccinal, dont l’utilisation sera abandonnée complètement à compter du 14 mars, ne soit imposé de nouveau plus tard. Ils réclament la fin de l’urgence sanitaire. Certains organisateurs ont demandé la démission du premier ministre.

L’influenceur Daniel Pilon, qui a déjà affirmé que Bill Gates voulait insérer des puces dans les vaccins contre la COVID-19, s’est aussi adressé à la foule. L’homme radié à vie par l’Ordre des CPA du Québec l’année dernière a dit aux manifestants que nous vivions « un épisode biblique », en référence aux manifestations d’Ottawa et à la réponse des autorités. « C’est ça, la matrice. On veut sortir de la matrice », a-t-il lancé au micro.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Largement pacifique

Bien qu’un organisateur ait déclaré à l’origine vouloir « jammer » Québec, les manifestants ont une fois de plus suivi les consignes des policiers samedi. Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a établi des règles strictes pour les camions, qui ne pouvaient s’immobiliser qu’à quelques endroits précis.

Le corps de police refuse de dévoiler son plan tactique, mais il est probable que les dizaines de camions arrivés samedi à Québec ne pourront rester sur place plusieurs jours, comme c’est arrivé à Ottawa. Lors de la première venue du « convoi de la liberté », le 5 février, les policiers de Québec avaient demandé à tous les camions de partir le dimanche.

Le SPVQ a procédé à quatre arrestations et a remis 46 constats en vertu de la réglementation municipale sur la paix et le bon ordre, 40 constats en vertu du Code de la sécurité routière et 13 constats liés au stationnement.

« La majorité des manifestants respectent et honorent leur entente de vouloir manifester pacifiquement », indiquait le corps de police.

La foule est difficile à évaluer, puisque les manifestants et leurs véhicules occupent une vaste zone et ne sont pas concentrés à un seul endroit. Le SPVQ ne fournit pas d’estimation et les organisateurs refusent de parler aux médias.

Ce sont certainement quelques milliers de manifestants qui ont convergé vers l’hôtel du Parlement samedi. Une manifestation est aussi prévue ce dimanche.

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Bernard Gauthier serre la main d’un manifestant.

Les manifestants se sont rassemblés devant une scène à la fontaine de Tourny. La foule dansait et des toutous ont même été distribués.

Les pancartes des manifestants portent des messages variés. Plusieurs dénoncent le port du masque chez les enfants, d’autres s’en prennent aux médias ou au « passeport nazitaire », une comparaison au régime nazi.

« On est ici pour les enfants obligés de porter le masque à l’école », a dit Sébastien Houde, un camionneur de la région de Drummondville.

Son ami Éric Leblanc et lui ont fait le voyage à bord d’un autobus scolaire. « J’ai vu des enfants entrer dans l’autobus et ils avaient oublié leur masque, et dans leurs yeux, c’était la terreur. Ils vivent dans la peur », a expliqué M. Leblanc, lui-même chauffeur d’autobus scolaire.

M. Houde assure qu’il n’est pas antivaccin. Mais ajoute qu’il craint pour la sécurité des enfants qui le reçoivent. Il doute aussi de la gravité de la pandémie de COVID-19.

« En Afrique, eux autres, ils savent c’est quoi, une pandémie. Une pandémie, c’est quand il y a des fosses communes et des tas de morts. Là, c’est juste des mensonges », estime-t-il.

Les organisateurs du « convoi de la liberté » n’accordent pas d’entrevues et désapprouvent le travail des médias. Bernard Gauthier, croisé samedi midi par La Presse, a simplement ignoré nos demandes d’entrevue.