Après le terrible attentat qui a fait six morts à la grande mosquée de Québec, les politiciens répétaient : « plus jamais ça ». Mais cinq ans plus tard, de nombreux musulmans de Québec constatent qu’il reste du chemin à faire.

Mis à jour le 28 janvier
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

(Québec) « Comme revenus au point de départ »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Des gens prient lors d’un rassemblement à la mémoire des quatre membres d’une famille musulmane tués par un camion-bélier, à London, en Ontario, le 8 juin dernier.

« Pour être francs avec vous, à la cérémonie de London, on se sentait comme revenus au point de départ. »

Hakim Chambaz a parcouru en juin dernier la route qui sépare Québec et London, en Ontario. Il a fait 11 heures de voiture pour se rendre aux funérailles de quatre membres d’une famille musulmane tués dans un attentat au camion-bélier.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Le 29 janvier 2017, la communauté musulmane de Québec est la cible d’un attentat terroriste.

M. Chambaz comprenait bien ce que vivaient les musulmans de London. Lui-même est un survivant de l’attentat qui a ébranlé le Québec il y a cinq ans et traumatisé la communauté musulmane de la capitale.

PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL

Hakim Chambaz

L’homme de 59 ans a vu le tueur bien en face le 29 janvier 2017. Ce soir-là, un tireur a fait irruption dans la grande mosquée de Québec à l’heure de la prière. Il a déchargé son arme, fait 6 morts, des blessés graves et 17 orphelins.

PHOTOMONTAGE ARCHIVES LA PRESSE

Les six victimes tuées dans l’attentat (de gauche à droite et de haut en bas) : Aboubaker Thabti, Azzeddine Soufiane, Abdelkrim (Karim) Hassane, Khaled Belkacemi, Mamadou Tanou Barry et Ibrahima Barry

Cet analyste informatique de carrière a reçu une médaille de bravoure pour avoir sauvé la vie d’une fillette lors de la fusillade. Il est sorti de l’évènement traumatisé, mais déterminé à changer les choses. Il a fondé un organisme contre l’islamophobie et le racisme.

Hakim Chambaz a parcouru le monde pour « être au chevet de ceux qui vivent des drames semblables ».

Il s’est rendu à Parkland, en Floride, lieu d’une terrible fusillade dans une école. Il s’est rendu à Pittsburgh pour soutenir la communauté juive après une fusillade dans une synagogue. Il s’est même rendu en Nouvelle-Zélande où un tireur a fait 49 victimes dans des mosquées.

Et voilà qu’il se retrouvait, près de cinq ans après l’attentat de Québec, chez lui au Canada, à rejouer dans le même film d’horreur, ce jour de juin dernier aux funérailles de la famille Afzaal.

« On pensait que, presque cinq ans plus tard, on aurait un répit, qu’il y aurait eu une prise de conscience. Mais rendus à London, on s’est dit : “Oups, il y a quelque chose qui ne va pas” », confie M. Chambaz.

« On avait beaucoup d’espoir, mais soudain, on voyait l’espoir s’effondrer. Mais il faut garder l’espoir, même si c’est un peu difficile. »

Parler d’islamophobie

L’attentat de la grande mosquée de Québec avait remis le thème de l’islamophobie au premier plan. Le tribunal a conclu que le tueur, Alexandre Bissonnette, avait sans l’ombre d’un doute été motivé par la haine des musulmans.

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Prière à la grande mosquée de Québec, en mai 2017, quelques mois après l’attentat

Certains chiffres récents sur les actes islamophobes au pays sont a priori encourageants. L’année 2017 avait marqué un sommet du nombre de crimes haineux envers les musulmans rapportés par la police (359).

Ces chiffres donnent un portrait partiel, car plusieurs actes haineux ne sont tout simplement pas dénoncés.

Néanmoins, cette statistique a baissé chaque année pour atteindre 82 en 2020 (année où les crimes rapportés par la police envers les Noirs et les Asiatiques ont explosé, et les crimes envers les Juifs sont restés très élevés).

« Certains de mes coreligionnaires pensent que les choses n’ont pas avancé », admet en entrevue Boufeldja Benabdallah.

« Moi, je pense que les choses ont avancé. Il y a une prise de conscience. Jamais auparavant on n’a parlé autant d’islamophobie », constate le porte-parole du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), organisme qui chapeaute la grande mosquée.

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Alexandre Bissonnette quitte le palais de justice de Québec après avoir comparu, le 30 janvier 2017.

Les chiffres de 2021 ne sont pas connus. Mais l’attentat de London, plus réel que n’importe quelle statistique, a jeté une ombre sinistre sur la communauté musulmane de Québec à quelques mois du cinquième anniversaire de la tuerie.

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Mohamed Labidi, ex-président du Centre culturel islamique de Québec

C’était comme remuer la plaie de l’attentat de Québec. C’étaient des moments d’une tristesse extrême.

Mohamed Labidi, ex-président du Centre culturel islamique de Québec

M. Labidi, qui était président du CCIQ lors de l’attentat de Québec, s’est lui aussi rendu à London.

Mohamed Labidi s’était retrouvé il y a cinq ans au cœur d’une crise sans précédent. Il y a eu la douleur des proches, mais aussi des débats politiques acerbes, sur la pertinence d’une journée nationale contre l’islamophobie au Québec par exemple.

À peine six mois après l’attentat, les citoyens de Saint-Apollinaire, au sud de Québec, rejetaient par référendum l’implantation d’un cimetière musulman. Les débats avaient été acrimonieux. La communauté musulmane de la capitale demandait un cimetière depuis 20 ans.

Et un mois plus tard, en août 2017, un homme a mis le feu à la voiture de M. Labidi devant chez lui. Ce dernier a finalement décidé de quitter son poste après avoir vécu les mois les plus traumatisants de sa vie.

« J’étais conseillé par plusieurs personnes qu’il valait mieux qu’on change de garde pour éviter d’autres attaques », dit-il aujourd’hui.

La solidarité comme un baume

Mohamed Labidi aurait voulu croire que tout ça était derrière lui. Après tout, un cimetière musulman avait bel et bien vu le jour à Québec l’été qui a suivi le drame, après la décision sans appel de l’ancien maire Régis Labeaume qui avait bouclé le tout rapidement pour éviter « un débat malsain ».

Et voilà qu’il y avait London.

Mais le chemin parcouru en cinq ans ne se résume bien sûr pas à ça. « Sur le plan de la population, il y a de l’amélioration, de l’écoute, certains essais de vivre-ensemble », note M. Labidi, qui salue la tenue d’un Sommet national sur l’islamophobie en juillet dernier.

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Un rassemblement en l’honneur des victimes, à Montréal, le 30 janvier 2017.

Hakim Chambaz se réjouit quant à lui de la décision d’Ottawa de faire du 29 janvier une journée nationale d’action contre l’islamophobie. Ce sera la première cette année.

Je veux aussi parler du soutien de la population québécoise. Il faut le dire, il a été immense. Nos voisins venaient nous voir en pleurs. On a eu du soutien. Ça fait chaud au cœur. On a su qu’on n’était pas tout seuls. Il y a des déceptions, mais aussi des points positifs.

Hakim Chambaz, survivant de l’attentat de la grande mosquée de Québec

Un monument a été érigé devant la grande mosquée à la mémoire des six Québécois de confession musulmane qui ont perdu la vie lors de l’attentat : Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

L'ex-maire de Québec, Régis Labaume, lors de l'inauguration du monument à la mémoire des victimes, le 1er décembre 2020

L’artiste Luce Pelletier y a incrusté une phrase du poète libanais Khalil Gibran : « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. »

Cinq ans plus tard, quelques mois après London, il fait encore un peu nuit, constate Hakim Chambaz.

« On est toujours dans la nuit. Mais on est sur le bon chemin, croit-il. Et c’est le plus important. Le pire, c’est d’être dans la mauvaise direction. »

Le maire de Québec assistera aux commémorations

Le nouveau maire de Québec, Bruno Marchand, prononcera un discours samedi soir lors de la soirée de commémoration de l’attentat à la grande mosquée, dont on souligne le cinquième anniversaire. « Espérons que la nouvelle administration fera beaucoup pour le vivre-ensemble. Nous n’en doutons pas », a lancé jeudi le porte-parole du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Boufeldja Benabdallah. Les commémorations de samedi soir seront donc l’occasion pour Bruno Marchand et la communauté musulmane de Québec de tisser des liens. L’évènement aura lieu de 18 h à 19 h 30. Le public ne pourra y assister sur place pour des raisons sanitaires. Il est toutefois invité à suivre l’évènement sur la page Facebook du CCIQ. Une représentante d’une mosquée de London, en Ontario, sera aussi présente.

L’attentat en dates

29 janvier 2017

19 h 45

Alexandre Bissonnette fait irruption dans la salle de prière de la grande mosquée de Québec. Il a avec lui une arme automatique fortement inspirée de l’AK-47 et un pistolet. Il tire 48 balles, fait 6 morts et de nombreux blessés.

29 janvier 2017

20 h 10

Les policiers reçoivent un appel de l’assassin. Il admet être le tireur. Il se trouve près de l’île d’Orléans, où les policiers le retrouvent et l’arrêtent.

2 février

Des milliers de personnes se déplacent à l’aréna Maurice-Richard, à Montréal, pour rendre hommage à trois des six victimes de l’attentat.

28 mars 2018

ILLUSTRATION ARCHIVES LA PRESSE

Alexandre Bissonnette, lors de sa comparution le 28 mars 2018

Bissonnette plaide coupable aux 12 chefs d’accusation, soit 6 meurtres et 6 tentatives de meurtre.

8 février 2019

La Cour supérieure condamne l’assassin à la prison à vie sans possibilité de libération avant 40 ans. Il s’agit de la plus longue peine imposée au Québec depuis l’abolition de la peine de mort. Des peines de 75 ans de prison ferme avaient déjà été données dans d’autres provinces dans les dernières années.

26 novembre 2020

La Cour d’appel donne raison à Bissonnette et à ses avocats et déclarent inconstitutionnelle une disposition du Code criminel qui permet des peines de prison ferme de plus de 25 ans. Sa peine est donc réduite et l’assassin pourra demander une libération conditionnelle en 2042. La Cour suprême s’est saisie du dossier.

En attendant les juges

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Megda Belkacemi a perdu son père dans l'attentat de la grande mosquée de Québec.

Cinq ans après l’attentat de la grande mosquée de Québec, les survivants et les proches des victimes ignorent toujours quelle sera exactement la peine de l’assassin. L’attente commence à peser lourd pour plusieurs d’entre eux.

Megda Belkacemi suit les débats juridiques sur la peine du tueur dans une position bien singulière : celle d’une avocate qui s’intéresse aux questions de droit, mais aussi celle d’une fille qui a perdu son père le soir du drame.

« C’est sûr que le processus judiciaire est toujours en cours. On attend toujours la décision de la Cour suprême. C’est comme si ça ne permettait pas pour l’instant de fermer la porte », lance en entrevue la femme de 32 ans.

Après la Cour supérieure et la Cour d’appel, la Cour suprême devra déterminer si le tueur écopera d’une peine à perpétuité sans possibilité de libération avant 25, 40 ou 50 ans.

« Je sais que c’est un grand débat de société », dit Megda Belkacemi.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Khaled Belkacemi

Cette avocate en droit du travail a perdu son père dans l’attentat. Khaled Belkacemi était professeur titulaire à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

Megda Belkacemi avait livré un vibrant témoignage lors des plaidoiries sur la peine d’Alexandre Bissonnette. Ses parents avaient choisi de quitter l’Algérie à la fin des années 1990. Le pays était alors frappé par le terrorisme.

C’est une des grandes douleurs de ma mère, de se dire : “On a choisi de fuir notre pays, quitter notre famille, notre confort, notre vie, pour un endroit sécuritaire.” Je sais que ce qui est arrivé est un évènement isolé… Mais quand même, mon père en est décédé.

Megda Belkacemi, qui a perdu son père dans l'attentat de la grande mosquée de Québec

Le tueur a d’abord été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 40 ans. Ses avocats estiment qu’une peine de prison ferme de plus de 25 ans est inconstitutionnelle et représente une punition « cruelle et inusitée ».

PHOTO MATHIEU BÉLANGER, ARCHIVES REUTERS

Alexandre Bissonnette arrive au palais de justice de Québec, le 21 février 2017.

Ils ont porté l’affaire devant la Cour d’appel. Celle-ci a donné raison à Bissonnette et lui a imposé une peine à perpétuité sans possibilité de libération avant 25 ans. Il pourrait donc être libéré en 2042.

Le procureur général du Québec a demandé à la Cour suprême de trancher l’affaire. Celle-ci entendra les arguments le 22 mars prochain.

Le plus haut tribunal du pays se penchera pour la première fois sur la constitutionnalité de l’article 745.51 du Code criminel, introduit par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en 2011, qui permet de multiplier les peines de prison ferme pour ceux qui tuent plus d’une personne.

Megda Belkacemi a suivi les arguments avec intérêt. « Je voyais la logique des arguments de la défense et de ceux de la Couronne. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser que dans quelques années, je vais devoir me présenter, mon petit frère va devoir se présenter, devant la Commission des libérations conditionnelles. L’idée de ne pas avoir l’esprit tranquille… »

« Ça va au-delà des arguments juridiques. J’imagine que toutes les personnes qui ont vécu le décès d’un proche de manière violente ont un peu vécu la même chose, ajoute-t-elle. Il y a une part de peur que l’évènement arrive encore, aussi de devoir fouiller dans ses souvenirs et ses émotions pour se présenter devant la Commission. »

« On a des émotions »

À peu près tous les criminalistes au pays s’accordaient pour dire que la Cour suprême allait un jour ou l’autre devoir se pencher sur l’article 745.51 du Code criminel. C’est finalement la cause de Bissonnette qui sera étudiée.

« Mais les délais, c’est difficile pour plusieurs des membres de la communauté », indique Mohamed Labidi, ancien président du Centre culturel islamique de Québec.

Les 17 orphelins pourraient devoir, dans 20 ans, subir l’atrocité d’être devant le juge pour plaider la non-libération conditionnelle du prisonnier qui a tué leur père. C’est ça, moi, qui me préoccupe énormément dans cette affaire.

Mohamed Labidi, ex-président du Centre culturel islamique de Québec

Le survivant Hakim Chambaz, présent dans la mosquée le soir de l’attentat, raconte comment le processus judiciaire l’affecte toujours. « Je sais qu’au mois de mars, ils vont retourner en cour. Chaque fois que ça recommence, on a des émotions. »

« Moi, j’étais en face du tueur. J’ai vu son acharnement sur les frères qui étaient là pour prier. J’ai vu l’effroi, la colère, la rage de faire du mal, dit-il. J’ai tout vu. Alors c’est normal, quand ça revient en cour, ça me fait quelque chose. »

Du terrorisme, maintient Couillard

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le premier ministre Philippe Couillard participe à une messe en l’honneur des victimes de l’attentat, à l’église Notre-Dame-de-Foy, à Québec, le 31 janvier 2017.

« Le Québec est frappé par le terrorisme. »

Ces mots, c’étaient ceux prononcés par Philippe Couillard lors d’une conférence de presse organisée en urgence dans la nuit du 29 au 30 janvier 2017. Cinq ans plus tard, l’ancien premier ministre croit encore fermement que l’attentat de la grande mosquée relevait du terrorisme.

Il est clair que ces gens-là ont été assassinés d’abord et avant tout parce qu’ils étaient dans une mosquée et de religion musulmane.

Philippe Couillard, ex-premier ministre du Québec

La Couronne avait décidé de ne pas porter d’accusations de terrorisme contre Alexandre Bissonnette. Une telle accusation n’aurait pas eu le potentiel d’alourdir la peine du tueur. Il était aussi très difficile de faire la preuve hors de tout doute raisonnable de la motivation du crime.

« C’était un geste qui visait à frapper l’imaginaire. Je pense qu’entre la définition purement légale et la définition factuelle, on peut s’entendre que ça revient à ça, estime M. Couillard en entrevue. Tout pointait vers ça. Ç’aurait été faire preuve d’inconscience de ne pas prendre note tout de suite des circonstances spécifiques que ça représentait. »

Relativement absent des médias, l’ancien premier ministre a accepté de faire part à La Presse de ses souvenirs de cette nuit d’effroi, l’un des moments les plus intenses de sa carrière politique, sinon le plus intense.

« Il faut rappeler les circonstances. C’est arrivé de façon soudaine. Bien sûr, on peut dire qu’il y avait des tensions sociales autour de ça qui existaient. Mais de là à prévoir un évènement semblable… peu le faisaient à l’époque », se souvient-il.

Le chef d’État avait reçu un appel dans la soirée mentionnant des coups de feu près d’une mosquée. Il a décidé de quitter sa maison de Saint-Félicien sur-le-champ pour se rendre à Québec.

C’est là, le soir même, qu’il tient une conférence de presse. À ses côtés se trouvent le ministre de la Sécurité publique d’alors, Martin Coiteux, et l’ancien maire de Québec Régis Labeaume.

Dans une entrevue avec La Presse l’automne dernier, M. Labeaume avait raconté comment les heures qui ont suivi le drame l’avaient marqué.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Régis Labaume, lors de son arrivée aux funérailles 
de trois des six victimes de l’attentat, à l’aréna 
Maurice-Richard, à Montréal, le 2 février 2017.

J’avais une responsabilité là-dedans et personne d’autre n’aurait pu la prendre. C’était la job du maire. C’était le moment le plus intense de ma carrière, ben plus que l’amphithéâtre.

Régis Labeaume, ancien maire de Québec

« Les gens ne le savent pas, mais les dirigeants de la mosquée ont passé la semaine à l’hôtel de ville. On les a soutenus. Ils étaient ici, ils ne savaient pas quoi faire », se souvient M. Labeaume.

« On a des différences, mais on s’est rendu compte qu’on était mauditement humains aussi. On a pleuré. Des affaires que je n’oublierai jamais. »

L’empathie avant tout

Philippe Couillard a relu récemment les allocutions qu’il avait faites dans la foulée du drame. Il estime que le « ton était bon », que le message d’empathie qu’il voulait livrer était juste.

C’est important pour nous les Québécois d’origine, même si je n’aime pas le terme, de réaliser que les nouveaux arrivants ne sont pas des menaces à notre identité. Ce sont des gens qui veulent vivre à nos côtés, travailler avec nous. Il faut le voir comme ça, plutôt que bâtir des murs entre les gens.

Philippe Couillard, ex-premier ministre du Québec

« C’est une approche humaniste qui a toujours été la mienne. Certains diront que ce n’était pas la bonne. Mais c’était la mienne et ça correspondait à ma nature profonde et à mes convictions. »

Philippe Couillard ne regrette pas le débat qui a suivi à l’époque à propos d’une journée nationale contre l’islamophobie. Tant M. Couillard que M. Labeaume s’y étaient finalement opposés à l’époque, après le Parti québécois et la Coalition avenir Québec.

« Je trouvais qu’il fallait souligner l’évènement, mais je pensais qu’il fallait souligner l’ensemble des manifestations de racisme, de violence et d’intolérance, rappelle M. Couillard. L’islamophobie en est une forme. »

Ottawa a finalement décrété le 29 janvier « Journée nationale de commémoration de l’attentat à la mosquée de Québec et d’action contre l’islamophobie ».

Philippe Couillard dit maintenant espérer « qu’on ne vive plus jamais » un évènement de la sorte. « Souvenons-nous de l’importance de l’empathie, l’empathie la plus profonde les uns envers les autres. Si on est capables de garder ça comme héritage dans tout ce malheur, ce serait bien. C’est ce que je souhaite. »