Le chanteur Bernard Lachance, qui menait activement une campagne dans les cercles complotistes en affirmant que le sida et la COVID-19 étaient des inventions de « Big Pharma », est bel et bien mort de complications liées au VIH, conclut le rapport du coroner obtenu par La Presse.

Publié le 6 janvier
Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

Dans les semaines qui ont précédé sa mort, en mai 2021, M. Lachance avait affirmé dans plusieurs médias alternatifs que s’il devait mourir, c’est qu’il aurait été assassiné par « Big Pharma », qui cherchait à le « faire taire ». Ses thèses conspirationnistes et négationnistes au sujet de la maladie avaient été largement relayées par des têtes d’affiche du mouvement d’opposition aux mesures sanitaires, notamment Alexis Cossette-Trudel, l’influenceuse et vendeuse de produits naturels Amélie Paul, l’animateur de média alternatif André Pitre, ainsi que par l’ancienne médecin Guylaine Lanctôt (qui se fait appeler Diesse Ghis) et le « guérisseur » Jean-Jacques Crèvecœur.

Or, le coroner Pierre Bélisle, qui a analysé le rapport d’autopsie du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec, conclut qu’« aucune trace de lutte ou de violence n’est observée » sur son corps : « M. Bernard Lachance est décédé d’une septicémie bactérienne en lien à une infection au VIH. Il s’agit d’un décès naturel », affirme-t-il.

Tout indique qu’au contraire, Bernard Lachance s’est lui-même mis à risque en raison de ses croyances : « Il s’en remettait à des produits naturels et aux conseils de gens qui partageaient ses convictions. »

« Théories conspirationnistes »

Il avait cessé son traitement de trithérapie depuis plusieurs années, affirmant que c’étaient les médicaments qui rendaient malades les personnes ayant contracté le VIH.

Il avait adhéré aux théories conspirationnistes et s’exprimait sur le sujet à l’occasion de conférences et sur les réseaux sociaux. Il était tellement convaincu de sa position qu’il s’était brouillé avec plusieurs amis qui ne partageaient pas son point de vue.

Extrait du rapport du coroner

Selon ses sœurs Lise et Marie-Claude, il achetait des milliers de dollars en produits naturels pour se soigner et il avait entamé peu avant sa mort une purge pour se « purifier » des médicaments qu’il avait pris pendant des années pour lutter contre l’infection. Un ami médecin qui l’a visité dans les jours ayant précédé sa mort l’a trouvé « amaigri » et « déshydraté ». « Il ne lui restait que peu de temps à vivre s’il ne se faisait pas soigner. M. Lachance lui a paru faire un blocage sur l’existence du sida », souligne le rapport d’enquête du coroner.

Même lorsqu’il a été « pris soudainement de diarrhée et de saignements de nez », le chanteur a refusé d’être transporté à l’hôpital.

Pas d’enquête de la SQ

Le rapport souligne que des policiers de la SQ de la MRC de D’Autray ont interrogé plusieurs témoins qui ont gravité autour de M. Lachance dans les jours qui ont précédé sa mort. La Sûreté du Québec affirme cependant qu’il ne s’agit pas d’une enquête en tant que telle, mais plutôt de vérifications d’usage lorsqu’un décès est constaté.

Une des sœurs de M. Lachance, Marie-Claude, dit souhaiter que l’enquête du coroner mène à des accusations criminelles « contre les complotistes qui l’ont mené à ne plus se nourrir et à faire une purge de produits naturels », même si elle reste convaincue que cela ne se produira pas.

Le rapport du coroner dit clairement qu’il est mort du sida, mais ça aurait peut-être été moins rapide s’il n’avait pas fait sa purge de produits naturels. Je ne souhaite pas que ces gens soient emprisonnés, mais au moins qu’ils cessent de faire ce qu’ils font.

Marie-Claude Lachance, sœur de Bernard Lachance

À cet égard, le coroner Pierre Bélisle ne prend pas position. « Même si certains peuvent déplorer que M. Lachance se soit éloigné de la médecine traditionnelle et être convaincus que celle-ci aurait pu prolonger sa vie, il demeure que ce choix lui appartenait. Les articles 10 et 11 du Code civil sont clairs : personne ne peut être soumis sans son consentement à des soins, quelle qu’en soit la nature », écrit-il.

« Personne, parents ou proches, n’a jamais remis en doute les capacités intellectuelles de M. Lachance au point de recourir à des moyens légaux pour contraindre celui-ci à se faire soigner avec les moyens de la médecine, ajoute-t-il. Ce choix a été exercé en pleine connaissance de cause par M. Lachance et il ne m’appartient pas comme coroner de porter un jugement sur sa décision », ajoute-t-il.

Bernard Lachance s’était fait connaître du public en 2009 lorsqu’il avait été interviewé par l’animatrice américaine Oprah Winfrey à la suite d’une série de concerts qu’il avait réussi à autoproduire au Chicago Theatre, en vendant des billets dans la rue.