Air Canada et Air Transat refusent de ramener à bon port les participants au party sans masque ni respect des mesures sanitaires survenu dans un avion à la fin du mois de décembre.

Mis à jour le 5 janvier
Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

« Avec l’information que nous détenons à l’heure actuelle relative aux évènements du vol de Sunwing, et dans la mesure où nous pouvons identifier les passagers qui font partie du groupe concerné, Air Canada refuse l’embarquement afin d’assurer la sécurité des autres passagers et de notre personnel d’équipage », confirment les relations médias d’Air Canada.

La compagnie a emboîté le pas à Air Transat, qui avait fait une annonce similaire plus tôt dans la journée.

« Nous sommes au courant de la situation entourant des passagers perturbateurs ayant voyagé vers Cancún qui tentent maintenant de revenir au pays sur nos ailes. Nous confirmons que ceux-ci se verront refuser l’embarquement en vertu de nos obligations légales et règlementaires d’assurer la sécurité de nos passagers et des membres de l’équipage, qui est notre priorité absolue », a communiqué Air Transat via Twitter.

Sunwing ne permettra pas non plus au groupe composé d’influenceurs et d’ex-participants de téléréalité de monter à bord pour retourner à Montréal, avait annoncé la compagnie aérienne plus tôt cette semaine.

Un party qui dérange

Des passagers qui vapotent à côté de gens qui dansent sans masque. D’autres qui s’abreuvent au goulot d’une grande bouteille de vodka. Des images troublantes des fêtards ont fait le tour des réseaux sociaux peu après la médiatisation de l’affaire, d’abord parue dans Le Journal de Montréal.

Le party préoccupant s’est déroulé à bord d’un vol nolisé en direction de Cancún le 30 décembre dernier. Des dizaines de voyageurs-plusieurs identifiés comme des influenceurs et des participants de télé-réalité-ont fait fi des mesures sanitaires et des règles de sécurité.

« Ça a valu la peine », a écrit mercredi matin sur Twitter James William Awad, l’organisateur du voyage en question. Il a depuis effacé le gazouillis, indiquant qu’un communiqué serait diffusé jeudi.

Trudeau : « Une gang de sans-dessein »

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau a réagi mercredi dans un point de presse aux frasques des voyageurs.

« C’est inacceptable que des gens soient en train de mettre à risque pas juste les autres passagers, pas juste les travailleurs des autres lignes aériennes, mais leurs concitoyens, a-t-il affirmé. En plus, quand les gens sont en train de faire des sacrifices. Les gens ont réduit leurs contacts pendant le temps des Fêtes, n’ont pas vu des êtres chers. La vaste majorité des gens dans ce pays savent qu’il faut faire des sacrifices pour se protéger les uns, les autres. »

« Quand il y a une gang de sans-dessein qui décident de partir comme des ostrogoths en vacances, c’est extrêmement frustrant, a-t-il ajouté. C’est démoralisant et je peux vous dire que Transports Canada et le gouvernement du Canada prennent ça très au sérieux. On va faire des suivis. »

Le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a demandé à Transports Canada d’enquêter sur des informations faisant état de comportements « inacceptables » sur un récent vol.

« La santé et la sécurité du personnel de bord et des passagers pendant un vol sont une priorité absolue. Nous sommes au courant de comportements inacceptables et de cas de non-respect du port du masque et d’autres exigences en matière de sécurité aérienne qui se sont produits lors d’un vol affrété de Sunwing entre Montréal et Cancún le 30 décembre 2021 », peut-on lire dans une déclaration commune du ministre des Transports Omar Alghabra, du ministre de la Santé Jean-Yves Duclos et du ministre de la Sécurité publique Marco Mendicino publiée mardi soir par Transports Canada.

La COVID-19 s’est invitée à la fête

Une passagère du vol controversé entre Montréal et Cancún, qui a été déclarée positive à la COVID-19, croit que des dizaines de passagers qui ont voyagé avec elle ont également été infectés par le coronavirus.

Parmi ceux qui cherchent un moyen de rentrer chez eux, Rebecca St-Pierre, une étudiante de 19 ans originaire de Trois-Rivières, a déclaré qu’elle se sentait abandonnée, ne sachant pas comment elle allait payer sa chambre d’hôtel alors que son séjour est prolongé indéfiniment. Elle a dit qu’elle a été déclarée positive à la COVID-19 mercredi et qu’elle est maintenant en isolement à Tulum, au sud de Cancún, au Mexique. Elle estime qu’environ 30 autres personnes sur le vol ont été déclarées positives.

Mme St-Pierre, émue, a raconté à La Presse Canadienne qu’elle ne savait pas qui parmi les autres passagers du vol étaient toujours au Mexique. Elle a ajouté que l’organisateur avait « tout simplement abandonné tout le monde ».

Mme St-Pierre a dit qu’elle avait gagné le voyage dans un concours sur le réseau social Instagram et qu’elle n’avait jamais entendu parler de l’organisateur, qui s’identifie sur les médias sociaux comme James William Awad. Elle a précisé qu’elle croyait passer une semaine de détente en « faisant attention », mais que ce voyage, qui était initialement gratuit, était devenu fort coûteux.

Des vidéos du vol du 30 décembre partagées sur les réseaux sociaux semblent montrer des passagers ne portant pas de masques, sans distanciation, chantant et dansant dans l’allée et sur les sièges.

Dans une vidéo, une grande bouteille de vodka semble être passée parmi les passagers, et plus tard une femme semble fumer une cigarette électronique dans l’avion.

Mme St-Pierre a reconnu que les vidéos donnent une image précise de ce qui s’est passé pendant le vol de cinq heures vers Cancún. Elle a affirmé qu’il n’y avait pas de distanciation sociale et pense que certaines personnes prenaient de la drogue.

Elle a ajouté qu’avant le voyage de retour prévu, certaines personnes se mettaient de la vaseline dans le nez pour tenter de déjouer les tests de dépistage de la COVID-19.

Avec Mylène Crête à Ottawa et La Presse Canadienne