L’entreprise américaine Clearview AI, qui exploite un logiciel de reconnaissance faciale controversé utilisé par les corps de police partout dans le monde, se voit ordonner par la Commission d’accès à l’information de détruire dans un délai de 90 jours toutes les photos qu’elle détient de Québécois.

Publié le 14 déc. 2021
Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

L’ordonnance fait suite à un rapport dévastateur publié en février 2021 dans lequel le commissaire à la protection de la vie privée du Canada avait qualifié le logiciel d’« outil de surveillance de masse » illégal.

L’algorithme de reconnaissance faciale de Clearview AI permet de reconnaître des visages parmi une banque de plusieurs milliards de photos que l’entreprise a glanées sans consentement sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter. La Gendarmerie royale du Canada a avoué avoir utilisé le logiciel dans le cadre d’enquêtes criminelles afin d’identifier des suspects. Après avoir d’abord démenti en faire usage, le corps policier a affirmé l’avoir utilisé à 78 occasions, mais l’enquête du commissaire à la protection de la vie privée du Canada a révélé qu’il s’en était servi en réalité à plus de 500 occasions, et qu’elle n’était pas en mesure de rendre compte de 85 % des usages.

L’utilisation du logiciel est considérée comme illégale au pays, puisqu’elle viole certains principes de justice, notamment l’obligation pour les enquêteurs d’obtenir des mandats pour obtenir des renseignements personnels protégés.

L’entreprise mitraillée de critiques

La Commission d’accès à l’information du Québec, qui a collaboré à l’enquête de son homologue fédéral, ordonne en outre à Clearview AI de cesser de constituer des dossiers et de recueillir des images sans le consentement des Québécois.

Clearview AI affirme pour sa part n’avoir aucune information permettant de déterminer la nationalité ou le lieu d’habitation des personnes dont le visage est stocké dans sa banque de données, puisqu’elle a copié les images sur des sites publics et des réseaux sociaux qui ne révèlent pas nécessairement cette information.

L’entreprise, mitraillée de critiques depuis que le New York Times a révélé son existence, s’est imposée dans le plus grand secret au sein des corps policiers en offrant des comptes d’essai gratuits aux enquêteurs. Elle ne semble pas avoir l’intention de mettre fin à ses activités malgré les dénonciations d’organismes publics de protection de la vie privée de nombreux pays. Le Bureau des brevets américain a approuvé cette semaine une demande de brevet déposée par son fondateur, Hoan Ton-That, pour protéger la technologie décrite comme un « moteur de recherche pour les visages ».