La question des féminicides et des violences armées dans plusieurs quartiers de Montréal a fait surface alors que la province se souvient de l’attaque mortelle contre les étudiantes de Polytechnique, 32 ans après la journée fatidique du 6 décembre 1989.

Publié le 6 déc. 2021
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

« C’est un évènement qui a mis un terme à la vie de 14 femmes, ce n’est pas qu’un chiffre. Il y a eu 18 féminicides cette année, ce n’est pas qu’un chiffre », a dit Mélanie Ederer, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) dans une allocution en ligne de la campagne annuelle des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes.

Les femmes tuées sont « des individus qui ont des rêves, des goûts, des choses qu’elles aiment et n’aiment pas, qui ont de familles, des qualités, des défauts, et qui ont été assassinées parce qu’elles étaient des femmes, dans une société qui encore aujourd’hui considère qu’on peut faire des violences basées sur le genre », a-t-elle fait valoir, dans le cadre de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.

Dans la même table ronde virtuelle, Julie Tran, militante féministe antiraciste et chargée de cours à l’Université de Montréal, a noté que les violences genrées affectent les quartiers comme Montréal-Nord, Saint-Michel, Rivière-des-Prairies, et autres quartiers périphériques.

« La violence genrée se traduit par des manques de services pour des cas de violence conjugale et de violence sexuelle, et donc les victimes doivent sortir de leur quartier pour aller chercher des services d’aide. Une fois dans ces services, elles sont exposées à des préjugés racistes, homophobes, transphobes. »

Une « hypersexualisation » du corps des femmes noires, autochtones et racisées est courante, a-t-elle noté. « Nos corps sont perçus comme étant permissifs, et nous sommes perçues comme des personnes soit agressives, soit passives », a-t-elle dénoncé.

L’écrivaine et poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine, originaire de la réserve de Pessamit, sur la Côte-Nord, a pour sa part témoigné du fait que la réalité des femmes autochtones assassinées a toujours fait partie de sa conscience.

« Étant moi-même une femme autochtone, je cours chaque jour dix fois plus de risques de disparaitre ou d’être assassinée ici au Québec. »

Les femmes des Premières Nations doivent « déployer une force jour après jour pour outrepasser les conséquences de l’histoire coloniale sur nos vies et sur nos corps », a-t-elle dit.