Confusion, baisse d’intérêt, impacts sur les ventes : le « flou » entourant l’implantation des tests de dépistage de la COVID-19 obligatoires pour tous les voyageurs qui arrivent au Canada par avion de tous les pays sauf les États-Unis mine le moral de bon nombre d’acteurs dans l’industrie du voyage. Ottawa, de son côté, assure avoir un plan clair qui prend en compte la « capacité » des différents aéroports.

Publié le 6 déc. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Les téléphones ont arrêté de sonner. Ç’a été un effet direct et immédiat. Et on a eu beaucoup d’annulations aussi », raconte Anthony Cirino, président de l’Agence Club voyages universel.

Pour lui, les directives fédérales entourant le dépistage à l’arrivée ont créé une confusion générale dans la population. « Les gens sont encore vraiment confus, ils ne comprennent pas. Plusieurs personnes nous demandent si elles devront s’isoler deux semaines, bref, ça manque de clarté. Et là, les gens ont juste arrêté de réserver, alors qu’on avait un bon mouvement ces dernières semaines », poursuit M. Cirino.

Chez CAA-Québec, le directeur aux affaires publiques, Nicolas Ryan, confirme aussi que les consignes ont créé une certaine « incertitude » dans la clientèle, surtout pour les voyages à plus court terme. « En ce moment, avec la façon dont les mesures ont été mises en place, il y a quand même un peu de flou autour de ça. Mais c’est notre rôle en tant qu’agence de le démêler, car effectivement, la communication n’a pas toujours été extrêmement claire », poursuit-il.

Voyager, ça demeure un choix, mais ce n’est pas toujours évident de comprendre tout ce que ça implique en ce moment. On prend donc un peu plus de temps quand on prend les appels, les gens ont beaucoup de questions.

Nicolas Ryan, de CAA-Québec

C’est le même constat pour la cofondatrice de l’agence Dessine-moi un voyage, Isabelle Eon. « Ça semble flou pour beaucoup de monde. Même pour nous, parfois, ce n’est pas simple, surtout qu’il n’y a pas deux pays qui ont les mêmes conditions ou les mêmes normes et que ça peut changer d’une semaine à l’autre. Bref, ça a sidéré pas mal tout le monde. Ça a figé nos activités à nouveau », se désole la femme d’affaires.

À l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), la professeure Roxane Borgès Da Silva affirme que la directive « a été décrétée rapidement, dans l’urgence, sans penser à l’opérationnalisation ». « Ça fait en sorte qu’il n’y a rien de tout à fait clair pour les gens. Il aurait fallu penser à la diffusion stratégique du message en amont », observe-t-elle.

Divers scénarios

Au cabinet du ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, on se défend de manquer de clarté, faisant plutôt référence à « quatre scénarios de retour », en fonction de son pays de provenance et de son statut vaccinal. Si d’abord un citoyen revient d’un des 10 pays visés par l’interdiction de voyages attribuable au variant Omicron, il devra passer un test de dépistage à l’aéroport dès son arrivée, qu’il soit vacciné ou non. Que son résultat soit positif ou négatif, il s’isolera tout de même 14 jours à la maison ou dans un hôtel de quarantaine.

Mesures frontalières par voie aérienne

  • INFOGRAPHIE AGENCE DE LA SANTÉ PUBLIQUE DU CANADA

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Pour tous les autres pays, c’est légèrement différent. Quelqu’un qui reviendrait de la France, par exemple, se fera tester soit à l’aéroport, soit à la maison, en fonction de la « capacité de tests » de chacun des aéroports. Pour effectuer son test à la maison, on lui donnera le matériel nécessaire et un sous-traitant passera ensuite collecter le tout pour l’apporter en laboratoire. Si un voyageur doit effectuer une correspondance en sol canadien avant de rentrer chez lui, il pourra se soumettre à un dépistage dès son arrivée dans un aéroport du pays, idéalement, avant de poursuivre son voyage jusqu'à sa destination finale. Dans tous les cas, le voyageur devra demeurer isolé chez lui jusqu’à l’obtention d’un test négatif. Dans le cas d’une personne non vaccinée, la quarantaine de 14 jours s’appliquera toutefois, même si le résultat du test est négatif.

Quand il s’est fait demander s’il savait quand et comment ces mécanismes seraient implantés, le ministre Duclos s’est fait prudent, lundi. « Entre mercredi dernier et vendredi dernier, on avait déjà une augmentation de 60 % de la capacité de tests à travers le pays. Il y a des différences régionales, évidemment. On rencontre des situations avec les aéroports locaux, mais ça va bien et au cours de la prochaine semaine, les prochains jours, on aura d’autres annonces d’augmentations additionnelles de capacité », a-t-il répondu aux médias.

DES SOLUTIONS POUR ARRIVECAN

Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a annoncé lundi qu’il avait demandé aux autorités frontalières d’autoriser les voyageurs à fournir leurs informations de voyage à la frontière s’ils avaient oublié ou n’avaient pas pu utiliser ArriveCAN du gouvernement. Jusqu’ici, tous les voyageurs canadiens devaient inscrire leurs informations dans l’application, sur le web ou au moyen de l’application, jusqu’à 72 heures avant leur retour au pays, et ce, même pour un voyage d’une journée. Le DEmmanuel Dingemans, anesthésiste à l’hôpital Jean-Talon de Montréal, l’a appris à ses dépens jeudi dernier. « Je suis retourné aux États-Unis avec un ami par voie terrestre pour vider mon chalet que j’avais vendu il y a un an et demi. On cochait toutes les cases pour avoir le droit de revenir au Canada, sans quarantaine ni test. Et on n’a eu aucun contact humain », explique-t-il d’emblée. Une fois arrivé à la frontière, M. Dingemans a réalisé qu’il n’avait pas mis à jour son application. L’agent lui a alors automatiquement imposé une quarantaine de 14 jours. « J’ai tenté d’expliquer que j’étais un travailleur essentiel, que ça pourrait causer des annulations de chirurgies, mais il n’y avait rien à faire », dit ce professionnel de la santé, qui déplore que cette directive ne soit pas « communiquée plus agressivement ». « C’est un coût immense pour moi. J’ai des collègues qui se plient en deux pour combler les heures que je manque. Ma blonde doit tout gérer seule alors qu’on a un petit bébé de 2 mois. Mais non, je suis chez moi à ne rien pouvoir faire. La quarantaine devrait être là pour nous protéger, pas nous punir », conclut-il.