Pauline Cauchefer et un de ses partenaires ont décidé « d’un commun accord » de vendre pour plus de 3,3 millions en immeubles de logements qu’ils avaient achetés pour les « optimiser », dans Hochelaga-Maisonneuve.

Publié le 1er déc. 2021
Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

La jeune coqueluche du plex et son associé Simon Lévêque ont pris cette décision après le reportage de La Presse qui explique comment ses locataires l’accusent de rénovictions massives. Des copropriétaires poursuivent aussi pour détournements de fonds cette femme d’affaires de 24 ans, qui dit avoir acquis « 100 portes par année ».

« Avec ce qui se passe présentement, on en a parlé, et on a pris la décision qu’on allait arrêter notre partenariat », a dit Simon Lévêque en entrevue avec La Presse. Il se dit « vraiment, vraiment déçu de tout ce qui se passe ».

Nos révélations sur les conflits de Pauline Cauchefer avec ses autres partenaires l’ont fortement ébranlé, dit-il. « Je trouve ça vraiment dommage ce qui est arrivé. Ç’a pesé beaucoup dans ma décision. Je savais qu’il y avait une situation, mais je ne connaissais pas l’ampleur de ce que c’était. »

Simon Lévêque affirme également qu’il ne s’occupait pas des négociations pour obtenir le départ de locataires. « Je n’étais pas au courant de tout », dit l’investisseur immobilier, qui reste tout de même partenaire de Pauline Cauchefer dans quelques propriétés.

Autres vendeurs en contre-lettres

Dans l’un des immeubles mis en vente, rue de Chambly, Simon Lévêque est le seul propriétaire inscrit au registre foncier. Il confirme cependant que Pauline Cauchefer a acquis des parts du plex en signant une contre-lettre.

La caisse Desjardins du Quartier-Latin a enregistré une hypothèque de 685 000 $ sur la propriété, mais le nom de la jeune femme n’apparaît nulle part dans l’acte.

Selon Simon Lévêque, les vendeurs des trois immeubles incluent d’ailleurs d’autres propriétaires occultes, qui ont aussi acheté leurs parts par l’entremise de contre-lettres et ne figurent pas au registre foncier. Il n’a pas voulu les identifier.

« Au début, quand on a besoin de liquidités, c’est arrivé des situations où des investisseurs sont arrivés trop tard dans la course, ça fait qu’on a fait une contre-lettre, dit-il. Ensuite, on le divulgue aux autorités fiscales. »

Il assure toutefois qu’aujourd’hui, il ne veut « plus rien savoir » de ce procédé.

Propriétés pour « optimisation »

Dans les annonces qu’elle a publiées sur le site de son agence, Michelle Bergeron vante le grand nombre d’appartements vides dans les propriétés de sa cliente et les possibilités qu’elles représentent pour les investisseurs comme elle.

« 6 plex, VACANT 100 % et STRIPPÉ à 75 %, prêt pour y faire 6 -3 1/2, les permis déjà payé, seront reçu en janvier, projet prêt à faire, aucune perte de temps ! », écrit-elle au sujet de l’immeuble à vendre dans la rue de Chambly.

La femme d’affaires et l’entreprise de Simon Lévêque, Gestion Immosimo, se départent aussi d’un immeuble de la rue Adam. Dans le cadre de son enquête sur Pauline Cauchefer, La Presse a recueilli le témoignage d’une locataire qui a quitté cette propriété après ses demandes répétées.

« Elle nous a rencontrés un à un, a-t-elle raconté. Elle a rencontré ma voisine pour lui proposer de signer un document totalement non officiel qui ne lui donnait qu’une compensation de 2000 $. » Les locataires auraient « refusé en bloc », mais ils ont fini par partir après avoir accepté des offres plus généreuses, jusqu’à 10 000 $, selon elle.

« Ils nous ont dit que ce n’était plus des rénovations, que c’était pour agrandir la bâtisse, dit l’ex-résidante de l’immeuble de six logements. Dans ce cas-là, ils peuvent nous demander de partir. »

L’ex-locataire a demandé à conserver l’anonymat de peur de subir des représailles.

L’annonce de la courtière met de l’avant le potentiel d’agrandissement de l’immeuble, « VACANT et STRIPPÉ à 80 % pour y faire 6 beau 5 ½ ».

Pauline Cauchefer demande 1,2 million pour la propriété. Elle l’a acquise pour 625 000 $ en août dernier.

Elle se départ aussi d’un quintuplex de l’avenue Laurier, sur le Plateau Mont-Royal. Jointe par La Presse, la courtière de Pauline Cauchefer assure qu’il a trouvé preneur dès son arrivée sur le marché, il y a un mois et demi. « Il s’est vendu tout de suite, c’est juste que j’attends le financement », a dit Michelle Bergeron, de L’Expert immobilier.

La courtière tient le même discours dans l’annonce pour cet immeuble que dans les autres : « 5 logis sur 3 étages dont 4 sont déjà VACANTS, prêt à être rénové ! Grand potentiel d’optimisation. »

Sa courtière la défend

La courtière Michelle Bergeron tient quant à elle à prendre la défense de la jeune femme d’affaires.

« Je trouve ça triste pour elle. Elle a 24 ans. Elle a commencé avec rien », affirme-t-elle.

Michelle Bergeron croit que Pauline Cauchefer « a sûrement fait des erreurs », mais qu’elle a aussi « amélioré la vie de plusieurs personnes » en leur donnant un chèque leur permettant de quitter des appartements insalubres.

Ce n’est pas l’avis de Guillaume Dostaler, d’Entraide logement Hochelaga-Maisonneuve, qui est venu en aide à plusieurs de ses locataires.

« On est très préoccupés par ça, dit-il. Il y a un mode d’emploi pour ce genre de pratiques, et ça n’est pas juste le cas de Mme Cauchefer. »

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

La courtière Michelle Bergeron, responsable de la vente des immeubles de Pauline Cauchefer, lui a aussi prêté 1,6 million avec son mari, pour financer l’une des propriétés mises sur le marché.

Courtière et prêteuse hypothécaire, pour le même immeuble

La courtière qui vend les immeubles de Pauline Cauchefer est aussi une prêteuse privée. Avec son mari, Michelle Bergeron a même pris en juillet une garantie hypothécaire de 1,6 million sur son quintuplex de la rue Laurier Est, avant de le mettre en marché cet automne.

Pauline Cauchefer demande aujourd’hui 1,15 million pour la propriété, qui serait sur le point de trouver preneur.

Michelle Bergeron a divulgué cette relation financière avec sa cliente dans un avis à l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ), que La Presse a obtenu.

C’est tout de même interdit, précise le chien de garde de la profession.

Conflit d’intérêts

« Le courtier doit choisir entre représenter les intérêts d’un client vendeur ou ceux d’un client emprunteur. Il ne doit pas servir les deux à la fois, car leurs intérêts sont en conflit. Afin de remplir cette obligation, il doit aller jusqu’à cesser de servir un client », mentionne Joanne Beauvais, directrice des communications à l’OACIQ.

Contactée par La Presse, Michelle Bergeron se défend de commettre une infraction aux règles de sa profession. « J’ai fait tous les avis de divulgation », dit la courtière.

Elle assure qu’elle ne pensait pas qu’elle aurait un jour le mandat de mettre la propriété de la rue Laurier en marché quand elle et son mari ont prêté ces fonds à Pauline Cauchefer. « C’est elle qui m’a demandé de le mettre en vente », dit Michelle Bergeron.

La courtière assure avoir obtenu la permission de son directeur d’agence pour faire cette transaction. « L’OACIQ me chicanera, dit-elle. Si j’ai mal fait, je vais le savoir. »