Pour « éviter un autre féminicide », les agents de la Sécurité publique de la MRC des Collines-de-l’Outaouais seront accompagnés de quatre intervenantes mobiles disponibles en tout temps lors des appels en lien avec la violence conjugale. Baptisé « MAINtenant ensemble », ce partenariat permettant un meilleur accompagnement des victimes est une première au Québec.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Le projet est déjà en branle et doit se concrétiser dès janvier 2022. Cette équipe multidisciplinaire traitera exclusivement les dossiers de violence conjugale dans la région de la MRC des Collines.

Lors d’un appel au 911 en lien avec un cas de violence conjugale, l’une des quatre intervenantes sur appel se présentera chez la victime sur place une fois la scène sécurisée par les policiers. Le service sera disponible 24 heures sur 24, toute la semaine.

« On prendra cette opportunité pour prendre en charge la victime et lui offrir le support psychosocial nécessaire au moment de la crise », explique Stéphanie Macleod, intervenante sociale en matière de violence conjugale embauchée par le service de police.

L’accompagnement pendant et après un évènement de violence conjugale ne peut tomber uniquement sur les épaules d’un corps policier, pense-t-elle.

« Le policier a son travail d’intervention ou d’enquête. On ne veut pas que la victime tombe dans des craques et que ça devienne le 18féminicide de l’année. »

Une fois la spécialiste sur le terrain, les agents continueront leur intervention.

Accompagner et prévenir

Après chaque intervention, l’équipe misera sur la prévention avec comme outil une grille d’évaluation du risque homicidaire. « Je fais déjà des appels de relance dans les 5 à 10 jours après des évènements de voies de fait, des disputes familiales ou des cas de séquestration quand on sent un risque de violence conjugale », précise Mme Macleod.

Les intervenantes pourront informer la victime des possibles scénarios après l’intervention. Quoi faire si un conjoint violent ne respecte pas les conditions ? Qui appeler ? « En demeurant en contact avec la victime bien après, on est en mesure de répondre à ces questions et de prévenir l’irréversible », poursuit Mme Macleod.

Cette nouvelle approche se fait en partenariat avec la ressource d’hébergement Maison Libère-Elles pour la relocalisation de la victime.

Une entente avec une entreprise de taxi locale viendra pallier les besoins en transport pour la personne violentée et sa famille.

Un besoin criant alors qu’on prévoit une augmentation de 30 % des appels liés à la violence conjugale à la MRC des Collines si la tendance se maintient cette année, selon l’inspecteur Joël Blain, responsable de la division des Enquêtes criminelles à la MRC des Collines. Cette alliance viendra bonifier et faciliter le travail de ses effectifs, se réjouit-il. Il existe des lacunes au niveau de l’accompagnement d’une victime à la suite d’une dénonciation, estime-t-il.

« On a tendance à croire que les policiers sont spécialistes dans tout, mais malgré les connaissances et l’expérience, dans un contexte psychosocial, il y a des gens plus spécialisés que nous », explique M. Blain.

Les dénonciations en lien avec la violence conjugale sont en recrudescence dans la région en ce moment, explique l’inspecteur. « Le confinement n’a pas aidé. On voit déjà une augmentation de 30 % de ce type d’intervention si on maintient cette tendance cette année. »

Le projet en chiffres

Quatre intervenantes mobiles

Une intervenante sociale qui les chapeaute

80 policiers au total à la MRC des Collines qui dessert une population de 52 000 personnes

433 440 $ : Subvention sur 5 ans du ministère de la Sécurité publique pour la mise en place de ce projet

Interventions liées à de la violence conjugale (la MRC prévoit une augmentation de 30 % en 2021) :

2017 : 73

2018 : 84

2019 : 84

2020 : 97

2021 (en date du 6 juillet) : 65

2021 (prévision) : 127