(Montréal) Plusieurs organismes de personnes sourdes et malentendantes interpellent Québec pour qu’il dote les réseaux de centres de la petite enfance (CPE) et de la santé de masques avec fenêtre transparente adéquats.

Frédéric Lacroix-Couture La Presse Canadienne

Dans une lettre ouverte envoyée au gouvernement, ils déplorent l’annulation du dernier appel d’offres afin de fournir « de nouveaux masques à fenêtre plus efficaces et confortables que ceux précédemment utilisés ».

« Ce revirement place les personnes malentendantes dans une situation difficile et frustrante », ont écrit Audition Québec, le Réseau québécois pour l’inclusion sociale des personnes sourdes et malentendantes et l’Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs (AQEPA).

Dans les derniers mois, les CPE se sont vu remettre des masques transparents importés de l’étranger pour les éducatrices. Cependant, ceux-ci resteraient inutilisés parce qu’ils se sont révélés « inadéquats » et « inconfortables », selon les commentaires recueillis par les organismes signataires, en plus de s’embuer facilement, de transmettre mal le son et de provoquer des allergies.

Or, il existe une solution de rechange québécoise. Entreprise Prémont à Louiseville, en Mauricie, a conçu en collaboration avec Audition Québec un masque avec fenêtre transparente conforme aux exigences de Santé Canada.

« Il est très confortable. Il ne fait pas de buée. C’est un peu plus difficile de respirer, mais s’il est bien installé, il n’y a pas de problème. Il est aussi hypoallergène », détaille la présidente d’Audition Québec, Jeanne Choquette, à La Presse Canadienne.

Quelques CPE auraient eux-mêmes décidé d’acheter des masques d’Entreprise Prémont, mentionne-t-elle.

Québec a annulé l’appel d’offres en raison d’une quantité de masques à fenêtre suffisante pour réapprovisionner l’ensemble du réseau pour environ quatre mois, a indiqué la direction des communications des ministères de la Famille et de l’Éducation.

« Dans un souci d’une saine gestion des fonds publics, le CAG [le centre d’acquisitions gouvernementales] doit écouler cette réserve avant de lancer un nouvel appel d’offres. Néanmoins une réflexion est en cours pour le lancement d’un nouvel appel d’offres public », a expliqué la porte-parole Esther Chouinard dans un courriel à La Presse Canadienne.

Les organismes s’interrogent sur la façon avec laquelle seront écoulés ces stocks alors que les masques avec fenêtre transparente sont laissés de côté dans le réseau.

Si elle comprend que Québec cherche d’abord à écouler son inventaire, la directrice générale par intérim d’Audition Québec, Julie Brousseau, l’invite à garder en tête que des personnes sont présentement confrontées « a un bris de communication important ».

Des enfants sont privés de lecture labiale et d’expressions faciales, « indispensables à leur développement langagier et socioaffectif », soutient aussi l’AQEPA.

« La lecture labiale pour une personne en perte auditive peut représenter jusqu’à 40 % de l’information complémentaire », expose Mme Brousseau.

Bien que recommandé par la Santé publique et des experts de la petite enfance, le recours aux masques à fenêtre est « optionnelle », souligne le ministère de la Famille.

« Le choix du masque à utiliser selon le type d’activité doit être fait dans l’objectif constant de veiller au bon développement des enfants. Il n’est cependant pas demandé de les porter sur une longue période », ajoute Mme Chouinard.

Équiper tout le réseau de la santé

Les signataires de la missive souhaitent aussi que le ministère de la Santé lance un appel d’offres pour équiper l’ensemble de son réseau de masques avec fenêtre transparente faits au Québec. Actuellement, la décision d’achat reviendrait à chacun des établissements.

« On considère que ce n’est pas assez. Je peux vous dire qu’aller rencontrer un médecin dans un hôpital et se faire expliquer un diagnostic alors que vous comprenez un mot sur quatre à cause de son masque opaque, ce n’est pas drôle », témoigne Mme Choquette, qui fournit ses propres masques à fenêtre aux professionnels de la santé lors de rendez-vous.

Par la lettre ouverte, le souhait est aussi de sensibiliser l’ensemble de la population aux enjeux que vivent les personnes en perte auditive depuis le début de la pandémie et à l’importance des masques avec fenêtre transparente, mentionne Mme Brousseau.

Au-delà du débat sur la qualité de ces masques, il ne faut pas oublier qu’ils représentent « un outil de communication de base » pour les personnes sourdes et malentendantes, fait-elle valoir.

Au Québec, il est estimé que 1,6 million de personnes vivent avec une perte auditive.