« À tous les jeunes, je lance un appel. Continuez de chanter du rap. Vivez votre passion. Mais s’il vous plaît, laissez tomber la violence et les rivalités », a lancé avec émotion Charla Dopwell, mère du jeune Jannai Dopwell-Bailey, poignardé lundi dernier. Un mineur a été accusé vendredi de meurtre au deuxième degré en lien avec l’agression mortelle survenue dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce qui a coûté la vie à l’adolescent de 16 ans.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Je ressens une douleur insupportable. J’ai perdu mon bébé », soupire la mère endeuillée.

« On devrait être réunis pour [fêter le diplôme de mon frère], pas pour pleurer sa mort », ajoute Tyrese Dopwell-Bailey.

Ils sont des centaines à se tenir devant l’immense portrait d’un Jannai aux yeux rieurs, au regard rempli de bonté et au sourire éclatant. La lueur des lampions éclaire leurs visages désemparés. « Une autre vie perdue dans la violence », soupire une dame âgée, essuyant une larme à travers son masque.

On se remémore devant l’école Coronation un jeune homme drôle, maladroit, discret, attachant, qui adorait le hip-hop et la danse, dans les nombreux discours ponctués de sanglots et de prières.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Jannai Dopwell-Bailey

« Long live Twizzy », murmurent d’anciens enseignants, des amis de longue date et des copains du quartier, en référence au nom de rappeur du jeune défunt.

« Il me disait que ses amis étaient sa religion. Il était un rappeur comme moi. Twizzy, tu étais l’âme de notre groupe », raconte un ami au micro.

« Je me suis fait poignarder un lundi à 15 h. J’ai survécu. Jannai s’est fait poignarder un lundi presque à la même heure. Je n’en dors pas de la nuit. Jamais je n’oublierai nos raps et son sourire », sanglote un autre, suscitant une vive émotion dans la foule.

Arrestation d’un mineur

Le principal suspect en lien avec le meurtre de Jannai Dopwell-Bailey a été arrêté jeudi soir par les autorités.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Charla Dopwell, mère de Jannai Dopwell-Bailey

Je ne sais absolument rien de lui [le suspect] ou des possibles motifs de l’attaque. J’ignore pourquoi mon fils qui a été visé. La police m’a appelée vers 23 h simplement pour me dire qu’ils avaient arrêté un jeune.

Charla Dopwell, mère de la victime

Le suspect, dont on ne peut révéler le nom en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour adolescents, a comparu vendredi après-midi devant la Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec. Sa mère a quitté la salle de comparution d’un pas furtif.

La procureure aux poursuites criminelles et pénales, MAnnie Barbeau, a déposé un avis d’intention afin qu’une peine d’emprisonnement pour adultes s’applique dans ce dossier, bien que l’accusé soit mineur.

Une objection à la remise en liberté de l’accusé a aussi été formulée par la Couronne. L’adolescent demeurera détenu jusqu’à son retour en cour le 26 octobre. La date de son enquête sur remise en liberté sera alors fixée.

L’altercation survenue lundi a coûté la vie au jeune Jannai. Il a été poignardé sur l’avenue Van Horne, près de l’avenue Victoria, au terme d’une dispute impliquant plusieurs jeunes âgés de 16 à 18 ans. Blessée, la victime s’est réfugiée à l’intérieur de l’école Coronation, où elle étudiait au Programme Mile End, pour demander de l’aide. Son décès a ensuite été constaté à l’hôpital.

Les autorités rappellent que l’enquête se poursuit et que « la collaboration de la population est importante ». Au moins trois suspects auraient pris la fuite à pied après l’agression.

Selon nos informations, un récent conflit entre les OXB (Oxford Block), clique de jeunes qui doit son nom à l’avenue Oxford à Notre-Dame-de-Grâce, et les 160, groupe de jeunes de Côte-des-Neiges, serait à l’origine de cette sanglante altercation.

Une vidéo temporaire sur Snapchat avait suscité l’indignation sur les réseaux sociaux au lendemain du drame.

Via les réseaux sociaux, Jannai Dopwell-Bailey affichait son appartenance à la clique 160 et à son secteur, Côte-des-Neiges. L’adolescent n’était pas membre d’un gang de rue et n’était pas connu des milieux policiers.

« Ce n’est pas le style fauteur de troubles », nous avait alors confié un ami d’enfance attristé.

En faire plus pour les jeunes

« Ce conflit était là pendant mon enfance, mon adolescence et ma jeune vie adulte. J’ai perdu un ami de la même façon il y a des années. J’espère que le meurtre de Jannai sera un wake up call », laisse tomber Antonia Hayword, amie d’enfance du défunt. Même si on ne peut nier la présence d’une rivalité entre deux secteurs, le problème est bien plus vaste, estime la femme de 29 ans en serrant un bouquet de roses rouges. « Il faut plus de ressources pour nos jeunes. Des conditions de vie décentes pour qu’ils cessent de choisir la violence. »

Trop de funérailles dans nos communautés, et on blâme la violence des gangs. Mais quand le système est en faute, tout le monde est en faute. La société doit répondre aux besoins de nos communautés.

Deanna Smith

« Mon fils est sorti de l’école et a vu un jeune qu’il connaissait se faire poignarder. Il est marqué à vie. Cette violence, nos quartiers la subissent et il faudra faire quelque chose pour les jeunes », se désole Maria Isabel Rodriguez, en larmes.