L’heure est au changement pour les femmes et les filles autochtones, a estimé la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) dans un point de presse tenu au square Cabot, à Montréal.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Elles étaient un peu moins de 300, jeunes et moins jeunes, à marcher au centre-ville au rythme des tambours, dimanche après-midi.

« Nous sommes mères, enseignantes, soignantes et parfois tout ça en même temps. Mais les femmes autochtones sont avant tout des agents de changement », a déclaré Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, dans un discours ayant précédé la marche.

Elle a fait allusion à de nombreuses personnalités politiques autochtones qui se démarquent dans leur communauté.

« Malgré ça, des femmes et filles autochtones sont toujours assassinées ou disparaissent. Elles sont appréhendées par la DPJ au sujet de leurs enfants. »

Les femmes et les filles des communautés autochtones sont particulièrement sujettes à être victimes de violences et de discriminations, se désole Viviane Michel, présidente de l’association Femmes autochtones du Québec et co-porte-parole de la CQMMF.

« Nous réclamons que la justice s’applique pour qu’elles obtiennent réparation et le respect de leurs droits. »

« Ça fait longtemps qu’on parle [des enjeux féministes autochtones] et je trouve ça bien d’en faire la discussion centrale aujourd’hui. On sent que toutes les femmes sont incluses, que ce soit les femmes racisées ou LGBTQ+ », se réjouit pour sa part Maryse Vézina.

« Le sort des femmes est toujours en décalage avec celui des hommes. Et le sort des femmes autochtones surtout. C’est incompréhensible d’être encore là à le souligner », a affirmé Louise Bergeron, venue en solidarité avec les femmes autochtones.

La CQMMF a mis de l’avant dimanche plusieurs autres revendications pour améliorer la condition des femmes québécoises : une hausse du salaire minimum, une transition écologique porteuse de justice sociale et la mise en place de mesures inclusives tenant compte de la complexité du parcours des femmes immigrantes et racisées.

« Les ravages de la pandémie et des mesures sanitaires sont sans équivoque pour les droits et la sécurité des femmes et particulièrement pour celles vivant à la croisée d’oppressions », soutient Virginie Larivière, co-porte-parole et responsable de l’organisation politique du Collectif pour un Québec sans pauvreté et porte-parole de la CQMMF. Selon elle, le risque de se retrouver en situation de précarité a été exacerbé durant la crise, ce qui rend les femmes encore plus vulnérables.

PHOTO ANDREJ IVANOV, COLLABORATION SPÉCIALE

Virginie Larivière, co-porte-parole et responsable de l’organisation politique du Collectif pour un Québec sans pauvreté et porte-parole de la CQMMF

La question de la pauvreté a toujours fait partie du mouvement féministe et demeure liée à celle des violences faites aux femmes, affirme Virginie Larivière.

La précarité financière des femmes a un impact sur leur capacité à quitter un milieu violent. « On l’a vu cette année plus que jamais. Quand une femme veut quitter un conjoint violent, le risque de tomber dans la pauvreté est très grand. Outre les féminicides, il y a un paquet de femmes qui vivent en ce moment des relations toxiques et de la violence conjugale. »

« C’est lourd de sens de se rassembler alors qu’on a 16 féminicides à ce jour-ci au Québec. C’est trop. Ça fait tellement longtemps qu’on répète la même cassette, il faut des mesures concrètes pour les femmes victimes de violence », estime Marie-Andrée Gauthier, coordonnatrice générale du Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec.

Le manque de place en CPE est « un net recul de la capacité des femmes à être autonomes et indépendantes financièrement », note également Mme Larivière.

Chaque fois qu’il y a des enjeux avec les garderies et les CPE, l’inégalité salariale va faire en sorte que c’est souvent la femme qui va quitter son emploi ou diminuer son temps de travail pour garder son enfant.

Virginie Larivière, porte-parole de la CQMMF

Des actions citoyennes soulignant cette cinquième Marche mondiale des femmes se sont tenues un peu partout au Québec en début d’après-midi, dimanche.