(Ottawa) Le gouvernement Trudeau rallie une autre province à son projet de création d’un réseau national de garderies à 10 $. Avec l’adhésion du Manitoba, sept provinces et territoires totalisant 44 % de la population canadienne adhèrent désormais à ce volet de la « relance féministe » libérale.

Mis à jour le 9 août 2021
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Ahmed Hussen, a annoncé lundi à Winnipeg qu’une entente était intervenue avec le gouvernement de Brian Pallister – qui est loin d’être un allié des libéraux de Justin Trudeau. L’accord prévoit le versement de 1,2 milliard de dollars sur cinq ans et permettra, en 2023, de fixer à une moyenne de 10 $ par jour des places de garderie réglementées.

Ce pacte est le septième que conclut le gouvernement fédéral, à la veille d’une campagne électorale qui pourrait être déclenchée dans les prochains jours. Le Québec, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Yukon ont tous dit oui au projet. Ensemble, ils représentent environ 44 % de la population du Canada.

Le grand absent, à ce jour, demeure sans contredit l’Ontario, où l’on retrouve 39 % de la population canadienne et où les services de garde sont les plus onéreux au pays. Selon une étude réalisée par le Centre canadien de politiques alternatives qu’avait repris le gouvernement à son compte dans le budget 2021, le prix mensuel médian d’une place en garderie est de 1578 $ à Toronto, contre 181 $ au Québec.

IMAGE TIRÉE DU BUDGET 2021 DU GOUVERNEMENT DU CANADA

Frais médians mensuels bruts d’une place en garderie d’une ville à l’autre au Canada

En coulisses, à Ottawa, on indique que les négociations se poursuivent avec le gouvernement de Doug Ford. Le cabinet du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, dit la même chose. « L’Ontario négociera une bonne entente pour les parents ontariens – une entente qui offrira aux familles qui travaillent fort des options de garde d’enfants sûres, abordables et flexibles », a écrit dans un courriel sa porte-parole, Caitlin Clark.

« Nous veillerons à ce que les parents aient accès à des services de garde qui répondent à leurs besoins, dans leurs communautés, tout en veillant à ce que le financement fédéral soit durable pour offrir des services de garde abordables à long terme », a-t-elle ajouté dans un courriel, accusant le précédent gouvernement libéral de Kathleen Wynne, en Ontario, d’être responsable des coûts élevés des places en garderie dans la province.

L’Alberta furieuse

Le premier ministre Justin Trudeau a pris une pause de ses vacances pour annoncer, jeudi dernier, aux côtés de son homologue du Québec François Legault, une entente prévoyant le versement de 6 milliards de dollars sur cinq ans pour renforcer le réseau des centres de la petite enfance (CPE) au Québec. Un chèque comme celui-là, le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, en réclame un.

« Le Québec a obtenu l’entente que le fédéral a rejetée pour l’Alberta », s’est choqué le dirigeant. « Alors, nous avons une question pour le premier ministre Trudeau : pour quelle raison les parents et les enfants du Québec sont-ils plus importants pour votre gouvernement que les parents et les enfants de l’Alberta ? », a ajouté M. Kenney en marge d’une annonce, vendredi passé.

Les réalités albertaine et québécoise en cette matière ne sont toutefois « pas comparables », note en entrevue avec La Presse Frédéric Boily, professeur de l’Université de l’Alberta. « Le modèle albertain fait en sorte que le réseau public ne s’est pas développé de la même manière qu’au Québec », précise-t-il. « C’est certain qu’il y a une réticence des conservateurs en Alberta… mais pour les libéraux [fédéraux], que les conservateurs soient réticents, ça leur permet de montrer qu’ils ne veulent pas d’un réseau national », relève le professeur.

Le chef conservateur fédéral, Erin O’Toole, a déjà annoncé qu’il désapprouvait le plan de 30 milliards sur cinq ans contenu dans le budget déposé en avril dernier par la ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland. Avant lui, son prédécesseur Stephen Harper, ex-premier ministre, avait fait passer à la trappe la proposition de réseau de garderies de Paul Martin, alors premier ministre, lors de la campagne électorale de 2004.