(Québec) Ils ont ramé pendant une dizaine de jours, d’autres encore plus longtemps, pour porter leur message jusqu’à Québec, devant l’Assemblée nationale. Une centaine d’autochtones, pour la plupart des Atikamekw, ont parcouru de longs kilomètres en canot « dans l’espoir de faire changer les choses » et pour affirmer que « le racisme n’a plus sa place dans la société ».

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Un peu avant 14 h, les rameurs, attendus par de nombreux supporteurs, sont arrivés à la marche sur le parvis du Parlement. Certains avaient encore leur veste de flottaison. Un groupe de jeunes Atikamekw signaient leur rame en souvenir de leur périple, symbole de leur fierté. Certains laissaient couler des larmes de joie.

PHOTO FOURNIE PAR ROGER VACHON

Kosis Petiquay Quoquochi

« Ça me tenait à cœur. J’ai vécu du racisme, c’est quelque chose de vivre du racisme. Je suis là pour la cause et pour les enfants retrouvés », a expliqué Kosis Petiquay Quoquochi, évoquant les restes d’enfants autochtones découverts au cours des derniers mois sur le site d’anciens pensionnats.

L’Atikamekw de 22 ans est parti de Trois-Rivières en canot. Il s’est joint au groupe de rameurs dirigé par Dave Petiquay.

PHOTO FOURNIE PAR ROGER VACHON

Dave Petiquay

On devait faire une expédition à trois canots […] et les gens en ont entendu parler… partout où on arrêtait, il y en a qui se rajoutait et pour finir, on était une cinquantaine de canots.

Dave Petiquay

Le coup de départ a été donné de Wemotaci le 24 juillet. « Nous l’avons fait dans un esprit de bienveillance et de résilience en transportant avec nous nos maux et nos blessures », a-t-il lancé. « Entendez nos voix, entendez nos pleurs, entendez notre espoir. Écoutons nos cœurs et mettons fin au racisme. »

Le Grand Chef du Conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, a ramé lui aussi de Trois-Rivières à Québec. « Je voulais les encourager. Il y a un paquet de jeunes là-dedans qui sont là pour découvrir leur identité », a-t-il indiqué, la gorge nouée.

« Ils ressentent ce qui se passe. Ils veulent du changement, ils se sont impliqués […] Je suis fier d’eux autres », a ajouté le Grand Chef Awashish.

Le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé, tenait à être présent pour l’arrivée. « Ça fait du bien. C’est merveilleux, ce que les organisateurs ont fait : ils ont réuni toutes les causes », a-t-il réagi.

Porter ce message sur l’eau est encore plus fort. Joyce m’a appris il y a longtemps que l’eau est la première source de guérison.

Carol Dubé

Un contexte « sans précédent »

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, estime qu’il y a en ce moment « un contexte sans précédent » d’ouverture de la société envers les Premières Nations. Que ce soit avec la mort tragique de Joyce Echaquan ou la découverte de restes d’enfants autochtones, la population tend l’oreille.

« Tout semble converger vers une nécessaire révolution de nos relations. Ce qui est encore plus important, c’est qu’on maintienne cette volonté-là, cette attention-là. Il ne faut surtout pas baisser les bras maintenant », a-t-il déclaré en entrevue. Une mobilisation que remarque aussi le Grand Chef Awashish.

Nouvellement nommée au Sénat, Michèle Audette s’était aussi déplacée pour accueillir les rameurs. « C’est une façon de leur dire que je les aime et c’est une belle façon pour moi de m’imprégner de [cette énergie] parce qu’éventuellement, au Sénat, on va parler de lois qui vont toucher des histoires comme celle de Joyce Echaquan. »