Phénomène courant dans les grandes métropoles, le regroupement de personnes en situation d’itinérance autour de centres d’hébergement est plus rare dans les petites villes comme Saint-Jérôme. La cohabitation avec les autres résidants, peu habitués à ce type de voisinage, se révèle parfois difficile.

Pascaline David
Pascaline David La Presse

Jadis invisible, l’itinérance a augmenté et est devenue plus apparente à Saint-Jérôme avec les restrictions sanitaires. Depuis l’automne dernier, la Ville accueille des personnes en situation d’itinérance dans une église qu’elle a acquise. S’ils conviennent que les personnes sans-abri ont besoin d’aide, de nombreux résidants du secteur rapportent un sentiment d’insécurité et des actes de vandalisme.

Jocelyne et Giselle Boisclair habitent une maison située à quelques pas de l’église. « On est en train de virer folles, témoigne l’une des sœurs jumelles. Il y a beaucoup de bruit la nuit. »

Des campements de fortune étaient récemment installés aux abords du refuge, mais ils ont été démantelés par la Ville.

Des résidants témoignent

  • Voisines du refuge, Jocelyne et Giselle Boisclair considèrent que le quartier est devenu dangereux. « Il y a beaucoup de seringues dans les environs, soulignent-elles. On voit aussi des gens se battre. »

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Voisines du refuge, Jocelyne et Giselle Boisclair considèrent que le quartier est devenu dangereux. « Il y a beaucoup de seringues dans les environs, soulignent-elles. On voit aussi des gens se battre. »

  • Un peu plus loin, Sylvain Sauvageau se plaint aussi de nuisances nocturnes et raconte avoir condamné la porte arrière de sa maison à cause des allées et venues sur son terrain. « Le Seigneur est parti, lance-t-il à propos de l’église transformée en refuge. Mais on voit que la police travaille fort. »

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Un peu plus loin, Sylvain Sauvageau se plaint aussi de nuisances nocturnes et raconte avoir condamné la porte arrière de sa maison à cause des allées et venues sur son terrain. « Le Seigneur est parti, lance-t-il à propos de l’église transformée en refuge. Mais on voit que la police travaille fort. »

  • « On est tous d’accord qu’il faudrait les aider, ça pourrait être n’importe qui de notre famille, estime Bruno Bourguignon, commis au dépanneur du coin. Nous, ils ne nous embêtent pas vraiment, mais les résidants ont une autre version. »

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    « On est tous d’accord qu’il faudrait les aider, ça pourrait être n’importe qui de notre famille, estime Bruno Bourguignon, commis au dépanneur du coin. Nous, ils ne nous embêtent pas vraiment, mais les résidants ont une autre version. »

  • Une femme en situation d’itinérance se déplace avec ses affaires, près de l’église et du dépanneur.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Une femme en situation d’itinérance se déplace avec ses affaires, près de l’église et du dépanneur.

  • Yannick Perron, propriétaire d’un multiplex, dit apporter régulièrement des vêtements et de la nourriture aux usagers du refuge. « Ils n’ont pas assez d’aide psychologique et de services, la Ville ne fait pas assez, estime-t-il. Ce n’est peut-être pas le meilleur endroit pour les accueillir. »

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Yannick Perron, propriétaire d’un multiplex, dit apporter régulièrement des vêtements et de la nourriture aux usagers du refuge. « Ils n’ont pas assez d’aide psychologique et de services, la Ville ne fait pas assez, estime-t-il. Ce n’est peut-être pas le meilleur endroit pour les accueillir. »

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L’itinérance en banlieue

« Il n’y a pas d’endroit parfait pour offrir ces services, mais il y a un avantage à regrouper les personnes dans un même lieu pour avoir une présence quotidienne, explique Louis Rousseau, directeur adjoint des services ambulatoires en santé mentale au CISSS des Laurentides. Ce qui était invisible et dispersé est simplement devenu plus apparent. »

La pandémie a exacerbé le phénomène de l’itinérance à Montréal, où elle était déjà visible, mais aussi dans les villes de banlieue comme Saint-Jérôme et Longueuil, où elle se faisait plus discrète. La pénurie de logements, la fermeture de lieux publics liée aux mesures sanitaires et l’augmentation des loyers ont mené de nombreuses personnes à la rue.

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Un sac de couchage abandonné au pied d’une maison funéraire à Saint-Jérôme.

Les problématiques observées par les résidants et les intervenants sont souvent liées à la consommation de drogue. Louis Rousseau affirme que le CISSS travaille dans une optique de réduction des méfaits. Actuellement, une équipe de soutien en santé mentale est sur les lieux, de même que deux travailleurs sociaux et, bientôt, une infirmière clinicienne.

Il y a tout un travail de pédagogie et d’intervention psychosociale qui se fait sur l’impact, les lieux et la manière de consommer.

Louis Rousseau, directeur adjoint des services ambulatoires en santé mentale au CISSS des Laurentides

« On a des succès, mais aussi des gens qui ne sont pas prêts. Il faut avoir la patience de les accompagner au rythme de leur rétablissement. »

Un lieu de répit

En mai 2020, les premiers bénéficiaires ont été accueillis dans un ancien aréna de la ville. Alors que les activités sportives reprenaient, le refuge a déménagé dans l’église Sainte-Paule au mois de septembre. « Ça a été fait dans l’urgence, mais on est fiers de ce projet », indique la mairesse de Saint-Jérôme, Janice Bélair-Rolland.

La mairesse souligne que 190 personnes ont bénéficié des services du refuge, géré par les organismes Hébergement Fleur de Macadam et Café Chez Toît.

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Des bénéficiaires se reposent dans l’église Sainte-Paule.

Avant la pandémie, neuf lits étaient disponibles au refuge d’urgence. Il y en a désormais 30 lors des périodes de grand froid.

« Les personnes qui viennent ici ont accès à un repas, des douches, des vêtements et des activités », explique le coordonnateur du Café Chez Toît, Michel Dorais.

Interrogé sur les besoins de l’organisme, M. Dorais fait part du manque de main-d’œuvre et de ressources financières.

Parfois, on en arrache, on doit compter les sous. Il y a beaucoup de choses à faire qui ne sont pas encore en place, comme la réinsertion sociale.

Michel Dorais, coordonnateur du Café Chez Toît

Michel Dorais estime qu’il faudrait aussi offrir plus de logements sociaux. « Ça ne va pas assez vite, dit-il. C’est beaucoup de travail, mais on apprécie la collaboration avec la Ville. »

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Michel Dorais, coordonnateur du Café Chez Toît, et Janice Bélair-Rolland, mairesse de Saint-Jérôme. À l’arrière-plan : Simon Geraghty, adjoint exécutif de la mairie.

Actes de vandalisme

La police de Saint-Jérôme a confirmé à La Presse une augmentation d’actes de vandalisme depuis la création du refuge dans le secteur. « Il y a eu des bris et des feux, notamment », indique Yann Mercier, inspecteur aux enquêtes criminelles.

Sur place, plusieurs sources indiquent avoir assisté à l’agression sexuelle d’une jeune femme par trois ou quatre individus. La police n’a toutefois pas pu confirmer l’information, puisqu’aucune plainte n’a été déposée. « C’est très grave et on prend ce genre de choses très au sérieux », indique Yann Mercier.

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Deux hommes se disputent devant le refuge de l’église Sainte-Paule.

Cet été, le service de police de Saint-Jérôme a mis sur pied une « équipe pacifique » constituée de plusieurs agents pour assurer une présence autour de l’église et ailleurs dans la ville. « Notre présence est rassurante pour les citoyens et même certains usagers », précise Yann Mercier.

L’équipe pacifique sera en place jusqu’au 15 septembre. Les résidants du secteur espèrent que la police continuera son action à l’approche de l’hiver, craignant que la situation dégénère à nouveau.