(Laval) Des militants environnementaux ont planté 500 drapeaux dans un parc de Laval samedi, afin de demander aux municipalités de bannir l’usage à des fins esthétiques de pesticides comme le glyphosate.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

L’action du groupe Vigilance OGM s’est déroulée dans la troisième ville du Québec samedi. « L’idée est de dire bravo à Laval », a lancé Laure Mabileau, responsable de la campagne Sortir du glyphosate. Au printemps, la Ville a interdit cet herbicide sur son territoire. Ce règlement s’applique tant dans les terrains privés que dans les parcs gérés par la Ville.

Les drapeaux symboliques qui flottaient par centaines au parc Bernard-Landry indiquent habituellement que des pesticides viennent d’être répandus. Bannir ce désherbant, mieux connu sous le nom de Roundup, est l’une des mesures « simples, efficaces et peu coûteuses » que peuvent prendre les villes, a soutenu Laure Mabileau.

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Le maire suppléant, Stéphane Boyer s’est voulu encourageant à l’égard des municipalités. « Voyez nos gazons : ils restent verts et ils restent beaux, [bien] qu’on n’ait plus de pesticides », a-t-il souligné en désignant le terrain derrière lui. « Souvent, on voit Laval comme une ville de banlieue où les gens ont leur maison familiale et aiment avoir leur pelouse verte. Nous, on a fait ce geste audacieux », a-t-il dit au sujet du bannissement du Roundup.

Ce dernier note que la transition s’est « très bien passée » et qu’un suivi est fait auprès des résidants. « Si jamais on a des raisons de croire que la réglementation n’est pas respectée, nos inspecteurs en urbanisme peuvent faire des prélèvements dans le sol et [les] analyser », a expliqué Stéphane Boyer.

Rappelons que le glyphosate a été classé comme un agent « probablement cancérigène pour les humains » par le centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé.

« Victoires rapides et efficaces »

La campagne Sortir du glyphosate, de Vigilance OGM, ne vise pas que les municipalités et l’usage de l’herbicide à des fins esthétiques. Elle s’adresse aussi au milieu agricole.

Le glyphosate a fait la manchette, la semaine dernière, quand le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a signifié son opposition à la proposition de Santé Canada d’augmenter les limites de résidus de pesticides dans certains aliments. La population est appelée à s’exprimer sur ce sujet lors de consultations publiques jusqu’au 3 septembre.

Selon Laure Mabileau, les militants environnementaux se tournent de plus en plus vers les municipalités pour leurs actions. « Ça semble être le seul endroit où l’on peut avoir des victoires rapides et efficaces en matière d’environnement », remarque-t-elle. La militante avance que cette rapidité est due à l’absence de lobbyisme au niveau municipal.

Pour Thibault Rehn, le coordinateur de Vigilance OGM, il est nécessaire de s’attaquer à la présence de pesticides dans les lieux fréquentés par la population. « Un enfant qui vient jouer dans un parc, tu ne peux pas lui dire de ne pas mettre ses mains dans sa bouche, rappelle-t-il. Pourquoi le mettre en danger inutilement ? »

La Montréalaise Véronique Boutin, qui était sur place avec ses deux enfants, salue l’initiative de Laval. « On veut la même chose à Montréal », a-t-elle souligné.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Véronique Boutin et son fils étaient à Laval pour l’action de Vigilance OGM.

En 2019, la Ville de Montréal avait annoncé qu’elle interdirait le glyphosate sur son territoire. Mais depuis, aucun règlement n’a été présenté. Contactée par La Presse, la relationniste de la Ville, Karla Duval, a fait valoir qu’une nouvelle réglementation devrait être présentée cette année. « Ainsi, plusieurs pesticides, notamment le glyphosate, devraient être complètement interdits », a-t-elle indiqué, dans un échange de courriels.

La Presse n’a pas eu de réponse de la Ville de Longueuil à ses questions sur une éventuelle interdiction du Roundup sur son territoire.

Au Québec, plusieurs villes réglementent l’utilisation de pesticides. Laure Mabileau rappelle qu’il y a une vingtaine d’années, Hudson avait été avant-gardiste en imposant des réglementations à cet effet. Ailleurs au Canada, le Manitoba interdit la vente de Roundup dans la province depuis 2015.

Le chiffre

89

Nombre d’agents probablement cancérigènes pour les humains, dont le glyphosate

Source : Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé