« J’ai perdu mon fils. Depuis sa mort, je pleure. Ma femme et mes autres enfants pleurent. Je ne veux pas que d’autres familles pleurent leur fils. Il faut mettre fin à la violence armée. »

Caroline Touzin
Caroline Touzin La Presse

Le fils de Mohammed Abdul Sayum est l’une des plus récentes victimes de la vague de fusillades qui secoue actuellement Montréal.

Mardi après-midi, le père de famille a ouvert la « marche pour la paix » organisée par la Coalition de la Petite-Bourgogne pour exiger la fin de la violence urbaine. « End the silence. End gun violence. » ou encore « Peace. Love. Unity. », pouvait-on lire sur les pancartes colorées.

Suman Mohammed Sayum, 21 ans, a été tué en plein jour d’une balle dans la tête alors qu’il se trouvait dans sa voiture dans un stationnement tout près de chez lui dans le sud-ouest de la métropole, le 3 juillet dernier.

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Mohammed Abdul Sayum a perdu son fils Suman Mohammed Sayum, 21 ans, tué par balle le 3 juillet dernier

Le père endeuillé a accepté de s’entretenir avec La Presse en marge de la manifestation pacifique qui a rassemblé près d’une centaine de résidants du quartier.

« Le Canada est censé être le meilleur pays au monde. Comment se fait-il que les armes circulent autant dans les rues ? », demande l’homme qui vit dans la Petite-Bourgogne depuis 30 ans.

Tout le monde dans le quartier aimait mon fils. Il a été tué pour rien. Sa grande passion, c’était le hip-hop. Il vivait pour son art.

Mohammed Abdul Sayum

Le père de quatre enfants décrit à quel point sa famille est sous le choc. « Son frère ne veut plus voir personne. Ils étaient si proches. Sans lui, il n’a plus de repères », ajoute-t-il.

M. Sayum souhaite que davantage de policiers soient déployés dans le quartier pour y rétablir la quiétude et que le meurtre de son fils soit élucidé.

Personne n’a encore été arrêté en lien avec cette affaire. Pas plus tard que dimanche soir, des tireurs ont fait une autre victime, toujours dans le même quartier. L’évènement s’est déroulé à l’endroit où un mémorial a été installé en hommage au jeune homme tué par balle.

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Mémorial en hommage à Suman Mohammed Sayum

Une jeune femme de 22 ans a été blessée au bras par des éclats de vitre alors qu’elle se trouvait dans son véhicule garé. Un homme à bord d’une voiture a fait feu en sa direction, à l’intersection des rues Dominion et Quesnel. Il s’est enfui dans son véhicule avant l’arrivée des policiers.

Toujours dans la Petite-Bourgogne, des tirs ont également été entendus le 11 juillet à l’intersection des rues Quesnel et Canning. L’évènement survenu vers 4 h n’avait fait ni mort ni blessé.

Pour le mois de juillet seulement, La Presse a répertorié 16 évènements survenus à Montréal impliquant des coups de feu rapportés par les autorités. Il s’agit d’une nette augmentation par rapport aux derniers mois.

Un « conflit entre deux gangs »

Présent à la manifestation, mardi, Jean-Michel Schanzenbach, commandant du poste de quartier 15 – qui couvre la Petite-Bourgogne – a parlé d’une « légère augmentation » de la violence due à un « conflit entre deux gangs », sans donner plus de détails en raison des enquêtes policières en cours. Il a précisé avoir augmenté le nombre de policiers sur le terrain pour rétablir le sentiment de sécurité de la population tout en invitant des témoins potentiels à collaborer avec les autorités.

Médiateur urbain chez Prévention Sud-Ouest, Frénel Buissereth y est allé d’un discours émotif entremêlant prières pour la jeune victime de meurtre et messages aux gens armés qui perturbent la quiétude du quartier.

Ceux qui ont un gun, on vous aime aussi. On veut vous ramener à nous. Déposez les armes pour votre communauté.

Frénel Buissereth, médiateur urbain chez Prévention Sud-Ouest

« On ne veut plus que d’autres enfants soient tués dans le quartier », a insisté pour sa part Patricia Oliver, présidente de la Coalition de la Petite-Bourgogne et résidante du quartier depuis 19 ans.

Mère de famille qui vit non loin du mémorial installé en hommage au jeune homme tué, Josie Weitzenbauer regardait mardi le cortège de manifestants défiler sous ses yeux en caressant les cheveux de son fils de 7 ans, debout sur le trottoir en avant de chez elle : « J’ai plusieurs voisins qui n’osent plus sortir le soir. Le pire, ce sont les enfants qui craignent maintenant d’aller jouer au parc. »

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« Mettez fin au silence. Mettez fin à la violence par armes à feu », pouvait-on lire sur une pancarte.

Beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes prenaient part à la marche. « J’adore mon quartier. Il y règne une grande solidarité. Je sens que j’ai le devoir d’améliorer la situation en animant les jeunes dans les parcs le soir », a dit à La Presse Tasleya Nabi, 19 ans, membre de la brigade d’animation de Prévention Sud-Ouest.

Quelques politiciens – dont le maire de l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoît Dorais, et le candidat à la mairie de Montréal Balarama Holness – étaient aussi présents. « En ce moment, on vit quelque chose d’inhabituel, a dit M. Dorais, de Projet Montréal, à La Presse. Depuis 10, je dirais même 15 ans, la situation s’était beaucoup améliorée dans la Petite-Bourgogne. C’était devenu un endroit sécuritaire. Il faut que ça le reste. »

Pour sa part, M. Holness, de Mouvement Montréal, croit qu’une partie des fonds alloués au SPVM devrait plutôt être consacrée à des projets de logements sociaux, aux loisirs et aux installations sportives pour les familles du quartier.