L’été est déjà bien entamé, mais bon nombre d’employeurs sont toujours à la recherche de personnel pour pourvoir des postes de moniteurs de camp de jour, de sauveteurs, de surveillants de parc… Les étudiants, qui travaillent pourtant plus que jamais, ne suffisent plus pour occuper les milliers d’emplois saisonniers toujours disponibles.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

« On embauche. » Le panneau géant est installé en haut de montagnes russes et il est visible pour tous les automobilistes qui entrent à Montréal par le pont Jacques-Cartier. C’est que La Ronde est toujours à la recherche de 200 employés deux mois après l’ouverture du parc d’attractions.

Des postes de préposés au fonctionnement des manèges, à l’entretien du site, à la billetterie, à la restauration et aux boutiques sont encore disponibles.

Karina Thevenin, cheffe de la division des relations publiques de La Ronde, confirme que l’embauche de personnel est plus ardue que jamais, cet été.

La majorité de nos employés sont des étudiants et, cette année, on a beaucoup de jeunes de 15, 16 ans. En fait, on n’a jamais eu autant d’employés de moins de 16 ans.

Karina Thevenin, cheffe de la division des relations publiques de La Ronde

Le Village Vacances Valcartier a aussi l’impression que le recrutement d’étudiants est pire cet été. « On embaucherait 50 personnes dès demain matin si on était capables de le faire », souligne Sandra Nadeau, directrice aux communications du complexe aquatique.

L’entreprise est incapable de vendre toutes les chambres de son hôtel faute de personnel pour les nettoyer. Plusieurs restaurants sur le site restent aussi fermés.

« Dans un été normal, on offre plus de choix de restaurants et ceux-ci sont ouverts plus longtemps dans la journée. Mais cet été, il y a des services qu’on est incapables d’ouvrir », explique Mme Nadeau.

Sur le site « Guichet-emplois pour les jeunes », du gouvernement du Canada, plus de 4500 emplois d’été étaient encore disponibles cette semaine, dans la grande région de Montréal, seulement.

En chiffres

8695 emplois saisonniers disponibles sur le Guichet-emplois pour les jeunes, au Québec

147 000 postes vacants au Québec, selon Statistique Canada

13,50 $/h salaire minimum

22,20 $/h salaire moyen au Québec, selon Statistique Canada

Les jeunes, plus précisément les étudiants à temps plein, travaillent pourtant plus que jamais. Leur taux d’activité a continué d’augmenter, pour atteindre 69,6 % en juin, selon l’Institut du Québec.

Jean-François Bertholet, enseignant à HEC Montréal et conférencier, estime également que les étudiants sont « travaillants ». « Contrairement en Europe, nos jeunes ne travaillent pas juste en été. Ils travaillent aussi durant leur année scolaire », dit-il.

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-FRANÇOIS BERTHOLET

Jean-François Bertholet, enseignant à HEC Montréal et conférencier

Cette pénurie « exceptionnelle » de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs de l’emploi frappe inévitablement les emplois saisonniers, ajoute M. Bertholet. « Les baby-boomers, qui étaient une génération qui comptait de nombreux travailleurs, partent tous en même temps à la retraite. Il y a donc plus d’emplois que d’employés disponibles. »

Plages sans surveillance

Cet été, au parc national du Mont-Tremblant, aucune des deux grandes plages n’est surveillée par des sauveteurs « en raison de pénurie de main-d’œuvre ». « La baignade est à vos risques », prévient le parc à tous les acheteurs de billets journaliers. La plage du Camping Lac Saint-Bernard, dans la réserve faunique Mastigouche, est dans la même situation depuis l’année dernière.

« C’est sûr que la pénurie de main-d’œuvre, on y fait face depuis quelques années », affirme Simon Boivin, responsable des relations avec les médias à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ).

Depuis deux ans, [la pénurie de main-d’œuvre], c’est plus criant et plus particulièrement pour certains corps d’emplois comme la restauration, l’hôtellerie, l’entretien ménager, et les sauveteurs aussi.

Simon Boivin, responsable des relations avec les médias à la SEPAQ

La SEPAQ n’est pas la seule à avoir désespérément besoin de sauveteurs. De nombreux campings, des parcs aquatiques et des piscines municipales affichent toujours des postes en plein cœur du mois de juillet.

« Tous les employeurs ont fait face à un défi de recrutement, mais pour nous qui requérons une formation particulière pour l’embauche de sauveteurs [un cours de premiers soins et un cours de sauveteur national], ç’a été encore plus difficile », fait remarquer Kym Simonyik, présidente du conseil d’administration de la piscine Dixie.

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Kym Simonyik, présidente du conseil d’administration de la piscine Dixie, à Lachine

Cette piscine de l’arrondissement de Lachine, gérée par un organisme à but non lucratif, a commencé son processus d’embauche à l’automne dernier. Elle a trouvé ses 15 sauveteurs, mais la moitié d’entre eux n’ont pas les préalables pour donner des cours de natation aux enfants. Normalement, tous les employés ont suivi cette formation.

Cette piscine a pourtant enregistré un record d’inscriptions aux cours de natation. « Un paradoxe », se désole Mme Simonyik.

Camps de jour cherchent moniteurs

Des dizaines de postes de moniteur de camp de jour sont aussi affichés sur les sites de recherche d’emploi.

Le camp Profaqua roule par exemple avec deux moniteurs en moins depuis la fin de juin. « Je n’ai jamais eu une année aussi difficile », affirme Éric Tremblay, propriétaire du camp de jour scientifique, à Verdun.

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Éric Tremblay, propriétaire du camp Profaqua

M. Tremblay offre des postes à temps plein avec un salaire variant de 15 $ à 18 $. Il s’agit d’une rémunération au-dessus du salaire minimum de 13,50 $ l’heure.

« On a commencé à recruter au mois d’avril pour essayer d’obtenir la crème de la crème des moniteurs. On n’a jamais cessé de recruter depuis ce temps. Chaque semaine, il nous manque quelqu’un. C’est incroyable ! »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Nadia Bergeron, directrice générale de Loisirs & Culture Sud-Ouest

Le camp de jour de l’organisme Loisirs & Culture Sud-Ouest cherche aussi trois, voire quatre étudiants pour pourvoir des postes de moniteur. L’organisation veut se doter d’une plus grande marge de manœuvre pour gérer les imprévus. « On est régulièrement mis devant des situations de gestion comme des absences ou des animateurs qui nous annoncent qu’ils veulent prendre deux semaines de vacances. Ils ne nous demandent pas si l’employeur accepte leurs vacances. Ils les imposent », explique Nadia Bergeron, directrice générale de l’organisme montréalais.

Les employeurs courtisent les étudiants

Les employeurs multiplient les primes pour séduire de futurs employés. « À La Ronde, on a augmenté largement le nombre de billets gratuits offerts aux amis et aux proches de nos employés », explique Karina Thevenin, cheffe de la division des relations publiques.

Le Village Vacances Valcartier offre déjà un abonnement de saison à partir de 14 h à ses employés, un rabais sur l’essence et des repas à 5 $. L’entreprise touristique songe à bonifier son offre pour attirer plus d’étudiants dans ses rangs.

Le camp Profaqua offre, quant à lui, 1 $ pour chaque heure travaillée aux employés qui n’auront pas de test positif à la COVID-9 durant l’été. Cette mesure a pour but d’offrir une prime aux employés à la fin de la saison. Elle vise aussi à réduire le risque de propager le virus parmi les groupes d’enfants. Les moniteurs peuvent ainsi recevoir autour de 300 $ sur leur dernière paye.