La controverse aura eu raison du nouveau jeu à gratter « Record de chaleur », de Loto-Québec, qui a annoncé mardi après-midi le retrait de sa loterie lancée la veille.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

« On a pris la décision de la retirer vu la sensibilité [du sujet] », a indiqué à La Presse le porte-parole de la société d’État, Renaud Dugas, après que de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le lancement d’un tel jeu, alors que les vagues de chaleur meurtrières se succèdent, notamment dans l’Ouest canadien.

« Le premier gros lot multiplié par la température », tel qu’affiché sur les billets, prévoyait que la somme gagnée serait multipliée par la température enregistrée le jour du tirage.

« Croyez-le ou non, la société d’État mise sur “plus il fera chaud, plus vous pourriez gagner GROS ! » Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer… », s’est insurgé le porte-parole du Parti québécois en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques, Sylvain Gaudreault, sur les réseaux sociaux.

« C’est insensible de la part de Loto-Québec de faire un jeu avec une réalité qui n’est vraiment pas drôle et qui a des conséquences graves et qui entraîne des décès », a déclaré Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales d’Équiterre.

C’est quoi, le prochain pari ? Le nombre de morts dans les vagues de chaleur ? Le nombre de maisons détruites par les incendies de forêt ? La quantité de récoltes perdues par les sécheresses ?

Marc-André Viau, d’Équiterre

« Clin d’œil à l’été »

Loto-Québec s’est défendue d’avoir voulu jouer avec la chaleur extrême et la crise climatique.

« Ce n’était pas du tout dans cet esprit que le billet avait été conçu », a déclaré Renaud Dugas, soulignant que le concept de cette loterie ponctuelle a été développé à l’automne 2020, avant les vagues de chaleur récentes.

« L’idée derrière ce produit était simplement de faire un clin d’œil à l’été, affirme-t-il. Les Québécois souhaitent généralement un été beau et chaud pour leurs vacances. »

Loto-Québec a demandé à ses détaillants de retirer le jeu des présentoirs et précisé que d’éventuels billets gagnants déjà vendus seraient « honorés ».

Lancer un tel jeu n’était « pas la meilleure idée qu’on puisse avoir » dans le contexte actuel, juge le professeur au département de marketing de HEC Montréal Jean-Jacques Stréliski.

La menace climatique n’est plus à prendre à la légère [et] jouer avec ces notions-là, ça m’apparaît un peu indélicat.

Jean-Jacques Stréliski, de HEC Montréal

Le président de l’agence Havas Montréal, Stéphane Mailhiot, estime lui aussi que le sujet est trop délicat pour en faire un jeu, d’autant que Loto-Québec est une organisation parapublique que la population associe invariablement au gouvernement.

« Tu ne peux pas lutter contre les changements climatiques et lancer une loterie qui célèbre les records de chaleur », a-t-il déclaré à La Presse.

« Le marketing, par définition, essaie d’être opportuniste, alors je comprends que l’idée ait été lancée ; ce qui est plus difficile à comprendre, c’est comment ça se fait qu’elle ne soit pas morte en chemin », a-t-il ajouté.

Canicules mortelles

Le nombre de morts enregistrés en Colombie-Britannique durant la semaine caniculaire de la fin du mois de juin a atteint 719, soit trois fois plus qu’à l’habitude, a indiqué la coroner en chef.

« Le temps extrême que la Colombie-Britannique a expérimenté dans la dernière semaine est vraisemblablement un facteur qui a contribué significativement à accentuer le nombre de morts », affirmait Lisa Lapointe dans un communiqué, le 2 juillet.

« Les services du coroner vont minutieusement enquêter sur les circonstances de chaque mort pour déterminer le rôle que la chaleur extrême a pu jouer », indiquait-elle.

La vague de chaleur extrême aurait aussi causé la mort de 1 milliard d’animaux marins sur la côte Ouest, principalement des crustacés, a affirmé le professeur de l’Université de la Colombie-Britannique Christopher Harley, sur la chaîne d’information étatsunienne CNN.

La Colombie-Britannique est par ailleurs aux prises avec de nombreux incendies de forêt qui se sont déclenchés dans la foulée de cette vague de chaleur.

Dans l’ouest des États-Unis, où sévit une deuxième vague de chaleur en quelques semaines, les autorités de la Californie ont demandé aux résidants de limiter au minimum leur consommation d’électricité, afin d’éviter les pannes, notamment parce qu’un gigantesque incendie dans l’Oregon voisin perturbe l’approvisionnement normal.