Le Québec recense déjà cinq tornades sur son territoire en 2021, dont une mortelle à Mascouche, lundi dernier. La province se rapproche de sa moyenne annuelle de 7 tornades par année et la saison des tornades ne fait que commencer. « Cette année, il y en a beaucoup et elles sont précoces », affirme Steve Boily, météorologue de sensibilisation aux alertes à Environnement et Changement climatique Canada.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

80 tornades

Depuis le début de l’année 2021, 20 tornades ont été enregistrées au Canada. Le pays enregistre en moyenne 80 tornades par année et le Québec en recense environ 7. Ce nombre est en réalité plus élevé, puisque plusieurs tornades se produisent sans qu’il y ait de témoins. Depuis les dernières années, une équipe de l’Université Western, en Ontario, tente de remédier au problème en utilisant des images satellites à haute résolution pour déterminer s’il y a eu une tornade dans un secteur boisé. « La tornade laisse des marques de son passage. Grâce aux drones et aux satellites, on a été capables de recenser des centaines de tornades qui avaient été manquées dans le passé », explique Francis Lavigne-Thériault, assistant de recherche pour Projet tornades du Nord, à l’Université Western.

Deux décès

Les tornades font en moyenne 2 morts et 20 blessés par année au Canada. En 2020, deux garçons en Saskatchewan ont péri, alors qu’ils étaient à l’intérieur de leur véhicule. La mort de l’homme à Mascouche est le première liée à une tornade au pays en 2021. « À titre de comparaison, la foudre tue beaucoup plus, soit de 10 et 12 personnes par année », indique M. Boily.

Comment les tornades se forment-elles ?

La plupart des tornades sont associées aux orages très puissants, affirme M. Boily. « Ça prend des orages d’été avec de la chaleur et de l’humidité, mais ça prend aussi de l’instabilité comme un front froid et une certaine rotation des vents en altitude », dit-il. La pluie fait descendre l’air en rotation, ce qui crée des tornades, renchérit Jean-Pierre Blanchet, professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM.

Échelle de Fujita

La force d’une tornade est basée sur la force des vents et est classée selon l’échelle d’intensité de Fujita améliorée, allant de EF0 à EF5. Cependant, il est très difficile de calculer la force des vents dans une tornade. « On estime plutôt la vitesse des vents en fonction des dégâts qu’elles occasionnent », explique M. Lavigne-Thériault. Selon les données préliminaires, les spécialistes estiment que la tornade qui a eu lieu à Mascouche était d’intensité EF2. « À Mascouche, il y avait probablement des vents au-dessus de 180 km/h à cause des gros arbres matures qui ont été brisés et des dégâts sur de nombreuses maisons », indique M. Boily. Jusqu’à présent, une seule tornade EF5 a été enregistrée au Canada. Elle s’est produite le 22 juin 2007, dans la municipalité d’Elie, au Manitoba. Il n’y a eu aucune mort, mais des vents de 420 à 510 km/h ont brisé des poteaux électriques, déraciné des arbres et déplacé des maisons.

Classification des tornades selon la vitesse des vents

EF0 : entre 90 et 130 km/h EF1 : entre 135 et 175 km/h EF2 : entre 180 et 220 km/h EF3 : entre 225 et 265 km/h EF4 : entre 270 et 310 km/h EF5 : 315 km/h et plus

Source : Environnement Canada

Endroits et moments propices

Les tornades surviennent principalement dans le sud de l’Alberta, au Manitoba et en Saskatchewan, dans le sud de l’Ontario, le sud du Québec, l’intérieur de la Colombie-Britannique et l’ouest du Nouveau-Brunswick. « Au Québec, c’est rare qu’on en ait plus loin que Trois-Rivières, soutient M. Blanchet. Ce n’est pas impossible, mais ça devient de plus en plus rare quand on va vers le nord. » La saison des tornades est d’avril à septembre, mais la fin du mois de juin et le mois de juillet sont les moments où l’on en dénombre le plus. Les tornades se développent surtout l’après-midi et en début de soirée.

Que faire en cas de tornade ?

« Dans le meilleur des cas, on recommande aux gens de se réfugier dans une habitation solide et, si on a un sous-sol, de s’y rendre », indique M. Boily. Pour ceux qui n’ont pas de sous-sol, il est recommandé de s’abriter dans une petite pièce intérieure au rez-de-chaussée, comme une salle de bains, une garde-robe ou un couloir. L’important est de s’éloigner des fenêtres, des portes et des murs extérieurs. Avant de se réfugier, M. Blanchet propose d’ouvrir légèrement les fenêtres et les portes de sa demeure, afin d’équilibrer la pression de l’air entre l’intérieur et l’extérieur. « C’est la différence de pression qui fait sauter le toit. Si on ouvre les fenêtres, oui, la pluie va entrer, mais la maison ne va pas éclater », dit-il. Enfin, il faut éviter de rester dans son auto ou dans une maison mobile. Si la tornade est proche, il est conseillé de sortir du véhicule, et, si possible, de se coucher face contre terre dans un fossé en se protégeant la tête avec les mains.