La surchauffe du marché locatif à Montréal risque de mener à des abandons d’animaux, craint la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal, car les propriétaires d’un compagnon à quatre pattes ont plus de difficulté que jamais à trouver un logement locatif.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Pour Klara Brandl-Mouton et Frédéric Létourneau-Archambault, trouver un appartement où leur chien Trotski était bienvenu n’a pas été une mince affaire. L’an dernier, le couple a dû se rabattre sur un appartement de deux pièces et demie, au coût de 1100 $ par mois, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Klara et Frédéric ont même accepté de louer ce logement sans l’avoir visité, et ont offert un dépôt de 500 $ au propriétaire en garantie, en raison de la présence de leur chien. Ils ont aussi proposé de débourser 100 $ de plus par mois pour signer le bail.

« Le compromis à faire, c’est de trouver soit plus petit et moins salubre, soit vraiment plus cher », déclare Klara, assise sur une table de pique-nique, au parc à chiens du parc La Fontaine. « La compétition est tellement forte », a-t-elle ajouté.

La jeune femme a remarqué que parmi les annonces d’appartements sur différentes plateformes, très peu acceptent les animaux.

Quand c’est un bel appartement dans lequel des rénovations viennent d’être faites, c’est toujours refusé aux animaux.

Klara Brandl-Mouton, propriétaire d’un chien

Cet été, le couple déménagera dans un appartement de cinq pièces et demie, au coût de 680 $ par mois. Et ce, grâce à un membre de la famille de Frédéric qui quittait son logement. « L’une des façons d’avoir un logement abordable en ce moment, c’est de faire un transfert de bail, a constaté Klara. Avec les chiens, c’est vraiment du bouche-à-oreille. »

Klara et Frédéric ne sont pas les seuls à peiner à se loger avec leur compagnon canin. Maud, qui préfère taire son nom de famille pour ne pas nuire à ses chances de louer un appartement, connaît actuellement le même problème avec son chien.

La femme dans la quarantaine a été propriétaire pendant 11 ans, avant de devenir locataire en 2020. Elle est parvenue à trouver un logement l’an dernier en payant un supplément mensuel pour y habiter avec son chien de race cocker. Toutefois, elle doit quitter cet appartement cette année en raison d’un litige avec son propriétaire.

« Je devrai partir au mois de juillet. J’ai les mains liées, je n’ai aucune idée de ce qui va m’arriver », a déclaré Maud. Elle déplore de ne recevoir que des refus de la part de propriétaires en raison de son chien, même si elle habite seule et a un emploi stable. « Il faut que ça change », a-t-elle affirmé.

Maud a lancé une pétition en ligne il y a quelques mois pour dénoncer les obstacles rencontrés par les propriétaires d’animaux pour se loger. Elle travaille actuellement à recueillir des signatures selon la méthode officielle exigée par l’Assemblée nationale.

Elle souhaite ainsi mettre fin à la discrimination envers les locataires, mais aussi protéger les propriétaires. « Ça leur prend un recours rapide au [Tribunal administratif du logement], ou bien par un dépôt de sécurité », a expliqué Maud.

La SPCA préoccupée

« Il y a beaucoup d’appréhensions qui ne sont pas justifiées. Mais en ce moment, les propriétaires ont le gros bout du bâton, donc ils peuvent se permettre de choisir [leur locataire] », a reconnu la directrice générale de la SPCA de Montréal, Élise Desaulniers. La crise du logement actuelle a un impact sur les abandons d’animaux, croit-elle.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Élise Desaulniers, directrice générale de la SPCA de Montréal

On a l’impression qu’il y en a plus que par les années passées. Beaucoup des histoires qui reviennent, ce sont des gens qui ont été évincés et qui ne réussissent pas à trouver de logement, ou qui se séparent et n’arrivent pas à trouver un logement qui accepte les animaux.

Élise Desaulniers, directrice générale de la SPCA de Montréal

Mme Desaulniers estime que les animaux adoptés pendant le confinement qui sont actuellement abandonnés sont surtout des animaux comme des poussins, des canards et des lapins. « Les [abandons de] chats et de chiens, ça, c’est directement lié à la crise du logement », a-t-elle précisé.

Malgré tout, le nombre d’abandons recensés à la SPCA est en baisse depuis les cinq dernières années. Pour la période du 1er janvier au 21 mai, ce sont 951 animaux qui ont été abandonnés en 2020, contre 915 en 2021.

Ces chiffres ne comprennent toutefois pas les animaux errants pris en charge par la SPCA. Le nombre d’arrondissements servis par l’organisme varie également selon les années, et un système de rendez-vous pour les propriétaires qui désirent abandonner leur animal est en place depuis mars 2020.

Au Québec, un propriétaire a le droit d’interdire les animaux dans un immeuble au moyen d’une clause dans le bail. « Mais la situation peut être différente lorsque la présence de l’animal constitue un traitement préventif ou curatif dans le cadre d’une zoothérapie médicalement prescrite ou à l’égard d’un non-voyant », a indiqué Denis Miron, du Tribunal administratif du logement.

En Ontario, il est illégal d’imposer une telle clause dans le bail d’un logement locatif. Cependant, des entreprises de condos peuvent interdire les animaux dans leur édifice. La SPCA souhaiterait que la réglementation québécoise soit à l’image de celle de l’Ontario.

Une propriétaire amie des animaux

Une propriétaire déjoue toutefois la tendance. « Je ne peux pas envisager d’interdire les animaux dans des appartements », a confié France Beucler, 78 ans, qui possède notamment deux immeubles sur le Plateau Mont-Royal.

Tous les locataires de Mme Beucler ont des animaux. « Je donne la priorité à quelqu’un qui a un animal, car je sais qu’il aura du mal à trouver [un logement]. »

« Tout est une question d’éducation », a-t-elle ajouté, en disant que c’est le maître de l’animal qui doit être tenu responsable en cas de dommages.