Une centaine d’agents correctionnels ont manifesté vendredi devant les bureaux du premier ministre Justin Trudeau à Montréal pour réclamer une « prime COVID », plaidant que la pandémie fragilise leurs conditions de travail depuis plus d’un an maintenant.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Le moral est vraiment bas. Comme dans la population, il y a une fatigue COVID qui s’installe et qui est exacerbée par l’écosystème explosif dans lequel vit. Il y a des agents qui ont travaillé très fort depuis le début. À Laval, on a perdu presque les trois quarts de nos employés tellement c’était difficile », lâche le président québécois du Syndicat des agents correctionnels du Canada (SACC-CSN), Frédérick Lebeau.

Il affirme que ses membres sont « épuisés » de « jouer au ping-pong » avec les autorités fédérales, qui refusent jusqu’ici de s’avancer sur le versement d’une « prime COVID » pour les agents correctionnels. « Quand on regarde ce qui a été donné aux militaires dans les CHSLD, au Québec et en Ontario, on se dit qu’on mérite la même chose. On veut amorcer des vraies discussions », insiste M. Lebeau.

Une large bannière mesurant 30 pieds sur 20 pieds a été hissée en avant-midi devant les bureaux de M. Trudeau. « Prime COVID. Les agents correctionnels attendent toujours », pouvait-on y lire.

Jusqu’ici, le syndicat dit avoir fait part de ses demandes aux cabinets du ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, et du président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos. « Chaque fois, on nous répond merci, en disant qu’il faut d’abord avoir des discussions. Mais il n’y a aucune avancée depuis la première vague. Là, c’est le temps de l’action. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités », fustige le leader syndical.

Cette prime serait une reconnaissance du dur travail qui a été effectué dans tous nos établissements depuis le début. C’est un minimum.

Frédéric Lebeau, président du SACC-CSN, section Québec

Un historique de transmission

Joint par La Presse, le cabinet du ministre Blair s’est fait évasif lorsque questionné sur la possibilité d’offrir une prime COVID aux agents correctionnels. « Nous avons mis en place des précautions pour soutenir les travailleurs de première ligne qui fournissent des services essentiels aux Canadiens pendant la pandémie de COVID-19 et nous avons demandé aux provinces et aux territoires de donner la priorité aux travailleurs de première ligne dans leurs plans de déploiement du vaccin », répond simplement le conseiller principal en communications, Craig MacBride.

Il ajoute qu’Ottawa continuera de travailler en collaboration avec les représentants pour « prendre toutes les mesures de santé et de sécurité nécessaires, en fonction des conseils des experts en santé publique, afin d’offrir aux fonctionnaires un environnement de travail sécuritaire, particulièrement à ceux dont le travail les amène à travailler à proximité d’autres personnes ».

Au Québec, plusieurs cas d’éclosion de COVID-19 ont défrayé les manchettes dans les prisons fédérales ou provinciales au courant des derniers mois. En avril, notamment, une nouvelle éclosion avait frappé l’Établissement de Saint-Jérôme, en banlieue de Montréal, qui avait déjà été touché par une vague de transmission en janvier. D’autres foyers de contamination ont aussi été décelés dans la dernière année à l’Établissement de Montréal (Bordeaux). Lors de la première vague, une éclosion avait touché 80 détenus dans cet établissement. Des cas ont aussi été répertoriés à Hull, Trois-Rivières ou encore Percé, pour ne nommer que ceux-là.

Le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels (SAPSCQ-CSN), Mathieu Lavoie, estime que dans la dernière année, le nombre de départs à la retraite ou de démissions a « explosé ». Il chiffre à plus de 400 le nombre de postes vacants dans le réseau québécois. « À ça, on peut ajouter les absences maladie ou les accidents de travail. C’est considérable », a-t-il soutenu ce printemps.