La famille de Joyce Echaquan presse François Legault de reconnaître l’existence du racisme systémique. À l’avant-dernier jour de l’enquête publique du coroner sur la mort de Joyce Echaquan, son conjoint Carol Dubé a présenté plusieurs recommandations, dont l’installation de caméras dans les urgences des hôpitaux et l’adoption d’un projet de loi qui reconnaît le Principe de Joyce.

Mis à jour le 1er juin 2021
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Ce document, adopté à la suite de la mort dans des circonstances troublantes de Joyce Echaquan au Centre hospitalier de Lanaudière, le 28 septembre, vise à garantir à tous les autochtones un droit d’accès équitable aux services sociaux et de santé.

« Le Principe de Joyce devrait être adopté et appliqué par les gouvernements afin que plus jamais une situation comme celle-là ne soit vécue par les membres des Premières Nations », a indiqué M. Dubé, qui demande aussi la mise sur pied d’un processus de plainte « juste, rapide et efficace pour les Atikamekw ».

« Je sais bien que tout le monde n’est pas méchant ni raciste. Il serait bien, malgré tout, que les comportements inadmissibles dont Joyce a été victime ne se reproduisent plus jamais. Pas seulement envers nous, autochtones, mais envers tout le monde », a aussi indiqué par écrit la mère de Joyce Echaquan, Diane Dubé-Echaquan.

Appuis des chefs atikamekw

Plus tôt mardi, le grand chef du conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, et le chef du conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, ont aussi tous deux plaidé pour que le gouvernement du Québec reconnaisse le Principe de Joyce et le racisme systémique.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement a refusé d’y adhérer, car il ne reconnaît pas le principe de racisme systémique qui y est inclus.

En ne voulant pas reconnaître le Principe de Joyce, tacitement, c’est un parfait exemple de racisme systémique.

Constant Awashish, grand chef de la Nation atikamekw

Ce dernier a livré mardi matin ses recommandations à l’enquête publique du coroner qui vise à faire la lumière sur le décès de Joyce Echaquan, cette mère atikamekw de 37 ans morte au Centre hospitalier de Lanaudière (appelé communément hôpital de Joliette), situé à Saint-Charles-Borromée.

Joyce Echaquan est morte « à cause de la négligence volontaire de nombreuses personnes de l’hôpital », selon le chef Paul-Émile Ottawa.

Ce dernier dénonce le « déni d’humanité » marqué « par les préjugés racistes que nous avons entendus tout au long des témoignages » faits durant l’enquête de la coroner Géhane Kamel. « Vous avez donc maintenant la mesure du racisme systémique qui est en place à l’hôpital de Joliette. Et vous pouvez comprendre pourquoi nous sommes si peu enclins à y aller », dit-il.

Le traumatisme des pensionnats

Le chef Ottawa a parlé de la crainte « ancestrale d’être soigné par des allochtones » dans sa communauté. La « méfiance envers les soins de santé […] passe par nos mauvaises expériences dans le système de santé, mais aussi par les pensionnats où nous n’avons pas été soignés adéquatement », dit-il.

Ayant lui-même fréquenté le pensionnat autochtone du Lac-Saint-Jean, Paul-Émile Ottawa est revenu sur les drames qui sont survenus dans ces établissements et mis à nouveau en lumière ces jours-ci par la découverte des restes de 215 enfants sur le terrain du pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique. « Les séquelles sont nombreuses et nous sommes marqués au fer rouge par les indignités que nous avons subies », a-t-il dit.

« Imaginez la détresse de ces enfants que l’on arrachait à leur famille et qui ne devaient pas comprendre pourquoi leurs parents ne venaient pas les chercher durant de longs mois, ne sachant pas que leurs parents étaient interdits de faire quoi que ce soit pour récupérer leurs enfants sous la menace de finir en prison », a indiqué le chef Ottawa.

Le chef Ottawa affirme que la mort de Joyce Echaquan a créé un véritable traumatisme dans la communauté atikamekw. Il recommande entre autres que les futurs médecins et infirmières soient mieux formés sur les réalités autochtones. Que du personnel, notamment autochtone, soit ajouté dans les hôpitaux ayant une clientèle autochtone plus importante.

Le grand chef Constant Awashish fait de l’adoption du Principe de Joyce, appuyé par le Collège des médecins du Québec, sa principale recommandation. Pour lui, s’il est clair que « les Québécois ne sont pas majoritairement racistes », il reste que « des biais affectent le système de santé » et qu’il est important de reconnaître le racisme systémique. Selon lui, Joyce Echaquan a été « étiquetée » comme si « elle ne valait pas tous les efforts ». « Toutes les choses qui auraient pu aller mal se sont produites. Mais tout ça a été affecté par les biais », dit-il.

Le grand chef Awashish demande au premier ministre François Legault « de bien réfléchir en l’avenir ». « Est-ce qu’il veut léguer un héritage d’homme fort, ou il veut laisser un héritage de grand homme ? »