L’éditeur Michel Brûlé, qui disait avoir du mal à revenir au Canada pour la suite des procédures dans son procès pour agression sexuelle, est mort dans un accident de vélo au Brésil, selon ce que rapportent un journal local et son avocat.

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

L’avocat de l’éditeur, MCharles Brochu, a confirmé à La Presse la nouvelle rapportée lundi par le journal brésilien Tempo Real. Le journal affirme que le citoyen canadien circulait à vélo dans la ville de Guarapari et qu’il aurait frappé un panneau de signalisation avant de quitter la route et de tomber dans une zone boisée, vers 14 h 30 lundi. Les pompiers auraient eu du mal à le sortir de là.

Selon MBrochu, l’éditeur aurait pu brièvement parler à son frère au téléphone avant de rendre l’âme.

Il a été impossible de joindre la procureure de la Couronne chargée du dossier de M. Brûlé lundi soir, mais habituellement, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) exige une preuve de décès officielle avant de demander l’arrêt du processus judiciaire dans un dossier criminel.

En attente de sa peine

En octobre dernier, Michel Brûlé avait été reconnu coupable d’avoir agressé sexuellement une femme qui était venue lui présenter un manuscrit en 2014. Il était en attente de sa peine dans ce dossier, mais disait être coincé au Brésil en raison des restrictions de voyage liées à la pandémie.

Il avait aussi porté le verdict de culpabilité en appel et attendait la suite des procédures à cet égard.

« Ce n’est pas quelqu’un qui essayait de se défiler, il faisait face à la musique », assure son avocat.

La semaine dernière, Michel Brûlé ne s’était pas branché au système de visioconférence pour une audition prévue devant la Cour du Québec dans le cadre des plaidoiries sur la peine. La procureure de la Couronne, MValérie Lahaie, s’en était inquiétée et disait craindre qu’il tente de « s’esquiver ».

« C’était un peu de ma faute », selon MCharles Brochu, qui dit avoir envoyé les mauvaises informations à son client pour le branchement à distance. L’avocat assure avoir des preuves documentaires des démarches que l’éditeur avait faites pour revenir au pays. Il affirme que la mère de son client prend la nouvelle difficilement.

« Mourir de même, ça me touche énormément. Il aurait fait tout pour laver sa réputation, mais on s’entend que c’est fini », a dit MBrochu.

Habitué aux coups d’éclat

Michel Brûlé avait fondé la maison d’édition Les Intouchables en 1993. Il avait été associé à d’énormes succès en librairie, comme Le livre noir du Canada anglais, de Normand Lester, Le Québec me tue, d’Hélène Jutras, Le Petit Prince retrouvé, de Jean-Pierre Davidts, et la série de romans jeunesse Amos Daragon, de Bryan Perro. Son entreprise a publié des centaines de titres, dont certains ont été traduits et diffusés dans plusieurs pays. Pendant un temps, elle était le deuxième groupe d’édition en importance au Québec.

Habitué aux coups d’éclat et à la controverse, habile pour faire parler de lui-même, il s’était lancé dans la course à la mairie de Montréal en 2013, sans succès.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Brûlé, lors de la soirée électorale du 3 novembre 2013, alors qu'il s'était porté candidat à la mairie de Montréal.

Il avait ensuite tenté d’accéder à la mairie de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal en 2017, mais avait retiré sa candidature lorsque plusieurs femmes avaient confié au Journal de Montréal et à Radio-Canada avoir été victimes de gestes déplacés à caractère sexuel de sa part.

Il avait nié ces allégations. Peu après, il avait toutefois été accusé et reconnu coupable dans le dossier de la plaignante qui était venue lui présenter un manuscrit en 2014. La femme avait raconté comment l’éditeur s’était soudainement jeté sur elle pour lui faire des attouchements aux parties intimes et tenter de l’embrasser.