(Québec) Il ne faut pas offrir l’aide médicale à mourir (AMM) aux Québécois souffrant uniquement d’un trouble de santé mentale, met en garde une spécialiste de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Mis à jour le 21 mai 2021
Caroline Plante La Presse Canadienne

« Pour moi, ce serait une solution facile pour régler un problème complexe », a plaidé la professeure et psychologue clinicienne Georgia Vrakas.

Elle témoignait vendredi dans le cadre de la Commission spéciale sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie.

Cette commission est chargée d’étudier la possibilité d’élargir l’AMM aux personnes en situation d’inaptitude ou souffrant de troubles mentaux.

« On sait ce qu’il faut en réalité pour répondre à ce problème : des engagements politiques clairs, des investissements financiers importants », a poursuivi celle qui vit elle-même avec un trouble bipolaire.

Selon Mme Vrakas, élargir l’AMM enverrait un « signal clair de désengagement face à la problématique de santé et de maladie mentale ».

« On lance le message clair aux gens comme moi qu’il n’y en a pas d’espoir », a-t-elle déclaré.

Ce serait en outre incohérent, a-t-elle fait valoir. « On ne peut pas être « full » prévention du suicide, le suicide n’est pas une option, mais en même temps dire, voici un autre numéro que vous pouvez appeler. »

Plus tard, les professeurs Carole Sénéchal (Université d’Ottawa) et Serge Larivée (Université de Montréal) se sont déclarés en désaccord avec cette position.

Pour eux, la souffrance psychique a le même poids que la souffrance physique, et donc, les personnes avec des troubles mentaux devraient elles aussi pouvoir avoir accès à l’AMM.

Surtout, ont-ils dit, toute personne a le droit à l’autodétermination.

Ils ont émis quatre recommandations, afin de baliser l’AMM pour les patients atteints uniquement de troubles mentaux :

  • Cibler les troubles mentaux réfractaires aux traitements ;
  • Augmenter le délai minimal pour le traitement de leur demande ;
  • Ajouter une évaluation par un spécialiste de la santé mentale ;
  • Impliquer les proches dans le processus.

« Peut-on leur donner le droit de mourir en paix ? s’est exclamé M. Larivée. Lorsqu’on a tout essayé, […] qu’il n’y a rien qui marche, […] c’est invivable. Je défie n’importe qui d’entre vous de le vivre. »

La veille, l’Association des psychiatres du Québec s’était déclarée elle aussi en faveur d’un élargissement de l’AMM, qui ne toucherait finalement qu’une minorité de patients, selon elle.

Son président intérimaire, le Dr Guillaume Barbès-Morin, a plaidé que pour certaines personnes, savoir que l’AMM est accessible pourrait paradoxalement les aider à explorer d’autres avenues.

Au contraire, s’est objectée vendredi Mme Vrakas, être réconforté à l’idée de pouvoir recourir à l’AMM, « ce n’est pas une bonne chose ».

« C’est que la personne ne va pas bien et elle a besoin d’aide », a-t-elle affirmé, avant d’ajouter : « Donnez-nous une chance. »