(Trois-Rivières) La coroner Géhane Kamel, qui préside l’enquête publique sur la mort de Joyce Echaquan, a rapporté avoir « été invectivée » par un passant vendredi en se rendant au palais de justice de Trois-Rivières. Elle a tenu à lancer un « appel à la bienveillance ». Des proches de la défunte ont par ailleurs déploré l’existence de préjugés tenaces à l’égard des Premières Nations.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

À l’ouverture du jour 2 des travaux de l’enquête publique du coroner sur la mort tragique de Joyce Echaquan, MKamel a rapporté « une histoire personnelle ». Un homme l’a invectivée dans la rue alors qu’elle se déplaçait vers le palais de justice de Trois-Rivières. « Une fois ça dit, ce n’est pas très, très grave, […] ce n’est pas quelque chose qui va m’empêcher de dormir », a-t-elle relaté.

« Mais je vais faire un appel à la population. Je ne vous demande qu’une seule chose : c’est la bienveillance. […] J’ai une seule certitude quand je me lève le matin, c’est que j’ai le même sang qui coule dans mes veines que tous les êtres humains sur la planète », a-t-elle poursuivi. Elle dit avoir répondu à l’homme : « Moi aussi, je vous aime, monsieur ».

Elle n’a pas précisé la nature des propos de l’homme.

Les larmes ont coulé jeudi à l’ouverture des travaux pour faire la lumière sur la mort de l’Atikamekw de 37 ans, mère de sept enfants. Après un témoignage d’environ deux heures du conjoint de la défunte, Carol Dubé, MKamel a posé un geste rarissime en descendant de sa place pour se placer devant lui.

« Vous allez quitter d’ici avec des réponses. […] C’est important pour moi de vous offrir mes condoléances. Je veux vous remercier pour votre courage. Je ne peux pas vous serrer dans les bras, ça ne se fait pas. Mais, vous comprenez l’intention ? », a-t-elle assuré à M. Dubé.

Le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, a d’ailleurs salué ses qualités humaines. « Le professionnalisme [de MKamel] se fait très, très rassurant pour les témoins qui se présentent à la barre. […] Ça me permet déjà d’avoir confiance en ce processus », disait-il jeudi.

« Attachée comme un animal »

Depuis jeudi, les proches ont déploré que Joyce Echaquan était toujours sous contention après sa mort. Choqué, son frère Stéphane Echaquan a pris des photos de la dépouille. « Ils auraient pu la détacher », a-t-il lâché. Il a relaté qu’elle avait des bleus et des ecchymoses sur le corps.

« Comme si elle s’était débattue pour [se] déprendre », a-t-il illustré.

Encore aujourd’hui, M. Echaquan s’explique mal le sort qu’a connu sa sœur. « Je n’ai jamais pensé voir quelqu’un de ma famille être attaché comme un animal. C’est grave, ce qu’il s’est passé. C’est inacceptable », a-t-il relaté.

Il a lancé un cri du cœur au sujet du racisme auquel sont confrontées les Premières Nations. Il a rapporté que ses enfants, qui fréquentent une école de Trois-Rivières, ont subi de l’intimidation à la suite de la mort de Mme Echaquan. « Des enfants leur ont dit : je vais te tuer comme ils ont fait à ta tante ».

Stéphane Echaquan a déploré l’existence de préjugés et stéréotypes tenaces sur les Autochtones. « Je ne comprends pas pourquoi ils l’ont dénigré. […] On est tous faits de chair et d’os », a-t-il relaté avec calme.

Des mots qui ont particulièrement trouvé écho chez la coroner. « Vous avez dit ici quelques phrases qui m’ont donné des frissons », a-t-elle tenu à dire à M. Echaquan.

Joyce Echaquan est morte sous les insultes racistes du personnel infirmier de l’hôpital de Joliette, le 28 septembre. Elle a amorcé une diffusion en direct sur sa page Facebook quelques heures avant sa mort. Les images troublantes montrent la mère de famille se tordant de douleur. Elle implore « qu’on vienne la chercher ».

Le personnel infirmier et médical impliqué dans les évènements sera entendu la semaine prochaine.