L’Association des employeurs maritimes (AEM) s’est retirée de la table de négociations « alors que les parties étaient en pleins travaux » pour régler le conflit au port de Montréal, a dénoncé mardi soir le syndicat des débardeurs, accusant du même coup Ottawa de « brimer les droits des salariés » avec son projet de loi spéciale.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Ce n’est qu’une preuve de plus que l’employeur mise sur le dépôt d’une loi spéciale et non sur la négociation pour clore le dossier. Alors que nous travaillions dans des paramètres précisés par les médiateurs, avec les médiateurs, les représentants de l’AEM ont quitté la table », a fustigé le conseiller syndical et négociateur pour le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Michel Murray.

Les représentants de l’AEM auraient quitté la table de négociations vers 18 h, selon ce qu’affirme le syndicat des débardeurs, qui dit avoir maintes fois dénoncé que l’employeur « se défilait de la table de négociation et de ses devoirs ». « Le gouvernement libéral joue le jeu de l’employeur en légiférant un retour au travail et en brimant les droits des salariés de négocier collectivement et de faire la grève », martèle aussi le SCFP.

Fort de l’appui du Parti conservateur, le gouvernement Trudeau a en effet entrepris mardi le marathon parlementaire visant à adopter le projet de loi forçant le retour au travail des débardeurs au port de Montréal. Ce marathon parlementaire pourrait durer des heures, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois ayant déjà émis des réserves sur la démarche. Les libéraux calculent que le projet de loi pourrait être approuvé au plus tôt dans la nuit de mercredi à jeudi. Ensuite, il incombera au Sénat de l’adopter.

Cette attitude déraisonnable de l’employeur est exactement ce que nous avons vécu ces deux dernières années. Le gouvernement a choisi d’aider la partie patronale en légiférant au lieu de tout faire pour que les parties en arrivent à une entente.

Michel Murray, conseiller syndical

M. Murray affirme qu’une loi de retour au travail « n’est aucunement nécessaire », notamment parce que « sans cette menace », l’employeur serait « obligé de négocier pour vrai, et les deux parties s’entendraient rapidement pour conclure une entente et rouvrir le port ». « Le vrai sens de cette loi, c’est que le gouvernement fédéral fait pencher la balance du côté de l’employeur », accuse-t-il encore.

Le syndicat, qui accuse l’AEM d’être le « grand responsable de la situation », affirme avoir déjà offert de retirer son avis de grève si l’employeur « retirait ses moyens de pression contre ses salariés ».

Des options à évaluer, dit l’employeur

De son côté, l’Association des employeurs maritimes s’est faite plutôt prudente. Le groupe dit simplement avoir « suivi le processus » et s’être présenté, comme convenu, à la rencontre tenue par les médiateurs, lundi et mardi. « Malheureusement, les discussions n’ont pas porté leurs fruits, et nous évaluons nos options », a indiqué l’organisation dans une brève déclaration.

Quelque 1150 débardeurs du port de Montréal ont déclenché lundi une grève générale illimitée. Sans contrat de travail depuis décembre 2018, ils mènent une grève des heures supplémentaires depuis le 17 avril et refusent de travailler le week-end depuis le 18 avril. Les principaux points en litige entre les deux parties portent sur les horaires de travail, la conciliation travail-famille et les mesures disciplinaires. La convention collective est échue depuis décembre 2018.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a promis que le projet de loi ne viserait pas à imposer un contrat de travail, mais bien de permettre à un médiateur-arbitre de trancher les questions en suspens. « Depuis des années, nous encourageons, nous permettons et nous nous assurons que les négociations entre les employeurs et les travailleurs se passent à la table des négociations. C’est le rôle du gouvernement et c’est ce que nous avons fait. Maintenant, on est rendus à un point où les négociations ne fonctionnent plus », a-t-il plaidé.

En confirmant que ses troupes appuieraient les efforts parlementaires pour mettre fin à la grève, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a blâmé au passage le premier ministre. « À cause de l’échec de Justin Trudeau à conclure une entente, des emplois et des contrats sont en péril, et des millions de dollars vont être perdus », a-t-il jugé.

Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse