Une demi-douzaine d’organisations de l’agglomération de Longueuil viennent de lancer une « cellule de crise » pour mieux prévenir les féminicides.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

« Quand on avait un risque sérieux de penser qu’une femme ou ses enfants étaient en danger, on appelait le 911. Maintenant, on va lever un drapeau et lancer une cellule d’urgence », explique Marie-Christine Plante, adjointe à la direction du Carrefour pour Elle, un des organismes qui souhaitent mieux travailler en équipe pour réduire le nombre de meurtres conjugaux.

Une fois ce drapeau levé, la maison d’hébergement Carrefour pour Elle, Entraide pour hommes, le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), un procureur de la Couronne, les services correctionnels et la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) se réuniront en moins de 24 heures. Ces différents acteurs ne seront plus tenus à la confidentialité et pourront partager les informations qu’ils possèdent dans chacun de leurs dossiers.

Geneviève Landry, directrice générale d’Entraide pour hommes, est convaincue que ce travail d’équipe va mieux protéger les conjoints et les conjointes.

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Geneviève Landry est directrice générale d’Entraide pour hommes, un organisme offrant aux hommes des services d’intervention psychosociale.

Pour un intervenant, porter seul la responsabilité d’encadrer un homme, c’est trop lourd. En travaillant ensemble autour d’une cellule de crise, on va mieux assurer la sécurité de tout le monde.

Geneviève Landry, directrice générale d’Entraide pour hommes

À la lumière des informations qui seront échangées entre les organismes, une victime pourrait rapidement être encouragée à se diriger vers un centre d’hébergement et un agresseur, vers un suivi étroit. Les policiers pourraient par ailleurs procéder à l’arrestation d’un conjoint violent même si la victime refuse de porter plainte.

« On doit agir maintenant »

Ghislain Vallières, porte-parole du SPAL, rappelle de son côté que dans 9 féminicides sur 10, les policiers avaient reçu un signalement de violence conjugale avant le meurtre. Dans 8 cas sur 10, le conjoint ou la conjointe avait parlé du problème de violence à un ami, un collègue ou un membre de sa famille, ajoute-t-il. « Ça veut dire qu’on n’est peut-être pas assez à l’écoute », lance M. Vallières.

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Ghislain Vallières, porte-parole du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL)

« Avec l’exacerbation [du phénomène] des féminicides depuis le début de la pandémie, ça nous oblige à revoir nos manières de faire. On ne peut pas attendre six mois, un an. On doit agir maintenant », dit le policier rencontré au terme d’une formation de deux jours sur la mise en place de la cellule de crise.

Les policiers de Longueuil sont déjà formés concernant la violence conjugale, mais il est toujours possible de faire mieux, croit M. Vallières. « Quand on intervient, on ne doit pas bousculer une femme en lui demandant si elle veut porter plainte, sinon on risque de perdre une bonne partie de nos victimes. Celle-ci doit se remettre de ses émotions, rassurer ses enfants s’ils étaient présents. Il faut lui poser des questions sur ses peurs, sur la manière dont elle envisage sa relation de couple pour la mettre en confiance et la diriger vers les bonnes ressources », explique le policier, sans pour autant écarter la possibilité que la victime veuille porter plainte auprès des policiers.

D’ailleurs, les policiers et les organismes vont désormais partager la même grille d’analyse de la dangerosité des conjoints. « On se donne ce langage commun parce qu’on a tous le même objectif : réduire les féminicides », dit M. Vallières.