Les Montréalais ont pris d’assaut les parcs, samedi, à la veille d’un nouveau resserrement des règles sanitaires. Ils ont savouré l’avant-goût de l’été, tout sourire, alors que les consignes sur le port du masque à l’extérieur suscitent la confusion.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

18 h. Des ballons d’anniversaire colorent le ciel. Des saucisses grésillent sur les barbecues. L’ambiance est à la fête au parc La Fontaine. Des milliers de citadins ont profité de la température estivale à l’ombre des arbres. « On en profite tant qu’on peut ! », s’exclame Eli Carreón, fourchette à la main.

Lui et ses amis ont improvisé un pique-nique. Le dernier pour un petit bout. Ce dimanche, le couvre-feu recule à 20 h sur l’île de Montréal afin de mettre un frein à la propagation des variants. « Il y a plein de choses qu’on ne comprend pas. C’est décourageant », poursuit Eli, entre deux bouchées de poutine. À commencer par le port du masque à l’extérieur.

Le couvre-visage brillait par son absence, a constaté La Presse, lors de sa tournée des parcs. C’est d’abord la confusion entourant la mesure annoncée mardi qui a découragé les citoyens de le porter.

Les mesures changent tout le temps.

Ali, rencontré au parc La Fontaine, qui a préféré taire son nom de famille

Vendredi, les autorités ont précisé que le port du masque n’était pas nécessaire lors d’activités extérieures en groupe si une distance de deux mètres était observée. Sinon, il est obligatoire pour les groupes de plus de deux personnes âgées de 10 ans et plus issues de bulles différentes, tant en zone rouge qu’en zone orange.

« Il y a des éclosions dans les gyms, dans les écoles, mais c’est dehors qu’on doit mettre le masque ? C’est quoi, les données scientifiques pour soutenir ça ? », se demande Ali, avant de balayer l’air de la main. Ce n’est pas le temps pour ça. Son samedi soir, il veut en profiter. « On va boire, on va écouter de la musique. On pense pas à demain ! », rigole-t-il.

Présence policière accrue

19 h. L’herbe fraîche du parc Jeanne-Mance est piétinée par des sportifs en tout genre. Cricket, soccer, spikeball. Entre deux rebonds, Bertrand Turcotte philosophe avec ses amis. « On dirait que le masque, c’est un biais social. Si tout le monde le mettait, je le porterais aussi. Là, je me sentirais presque weird de le porter », dit-il.

Autour de lui, pas un masque en vue. La distanciation sociale n’est pas plus respectée. Entre les groupes de 5, 10 et 20 personnes, les policiers lancent des avertissements à tout vent, donnant lieu à certaines escalades.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Fatima Keita et son groupe d’amies se sont vu imposer une amende de 1550 $ pour non-respect des consignes sanitaires.

Fatima Keita et ses amies profitaient des derniers rayons de soleil lorsqu’elles ont été « encerclées » par une dizaine de policiers. Ils leur auraient demandé de respecter une distance de deux mètres, ce qu’elles auraient fait, avant de se faire imposer une amende de 1550 $ pour non-respect des consignes sanitaires. Des groupes avoisinants ont été témoins de la scène, visiblement troublés. Plusieurs ont montré leur soutien aux jeunes femmes.

On n’était pas plus proches que n’importe qui ici. Pourquoi c’est juste nous qui avons été ciblées ? Même les policiers ne sont pas à deux mètres des citoyens.

Fatima Keita, qui entend contester l’amende

De son côté, Bertrand Turcotte doute que le couvre-feu change quoi que ce soit. « On va être honnête, reculer le couvre-feu, c’est un peu absurde. En ce moment, on est en dessous de 20 h et la transmission se fait quand même. Je comprends que le gouvernement veuille envoyer un message, mais ça reste beaucoup d’essais-erreurs », estime-t-il.

« Des professionnels de la COVID-19 »

20 h. La soirée tire à sa fin. Au parc Jarry, les festivités ne s’essoufflent pas. « À Montréal, on est rendus des professionnels de la COVID-19 ! », rigole Vincent Turcot. La troisième vague ne l’inquiète pas plus que les deux précédentes. « Est-ce que c’est plate ? Oui. Est-ce que ça me stresse ? Non. On est habitués. »

Un avis loin d’être partagé par tous. Croisée au parc Michel-Chartrand – tout aussi bondé en fin d’après-midi –, à Longueuil, Diane Lefebvre suit les consignes sanitaires à la lettre. À peine son cornet de crème glacée terminé, elle remonte son masque sur son nez. « Ça m’inquiète de voir autant de monde dehors. Ici, la plupart des groupes semblent être des bulles, mais à Montréal, c’est pire. »