(Québec) Le gouvernement Legault justifie l’utilisation d’agences de placement pour pourvoir des postes d’intervenantes à la Direction de la protection de la jeunesse pour éviter une « rupture de services ». Québec assure toutefois avoir les « marges de manœuvre » pour régler une fois pour toutes les problèmes d’attractivité et de rétention dans le réseau.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

La Presse révélait mardi que Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) font appel aux agences de placement pour combler des postes laissés vacants par des intervenantes « à bout de souffle », « usées » et épuisées. À titre d’exemple, 30 % des postes d’un secteur important de la DPJ à Laval étaient vacants l’automne dernier lorsque le CISSS a fait appel à ces agences.

« Entre avoir une rupture de services ou utiliser de façon ad hoc une agence de placement pour dépanner, je pense que le choix qui a été fait est le bon choix », a affirmé mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

La présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel, a ajouté que le gouvernement avait présenté aux tables de négociations du renouvellement des conventions collectives du secteur public et parapublic des sommes et des mesures pour « retenir » les intervenantes de la DPJ et reconnaître à juste titre leur travail « essentiel ».

« Ce qu’on a pu faire par nous même sans négocier » pour rehausser l’attractivité de leurs postes, a-t-elle assuré, a été fait. Mais « quand on parle de primes d’attraction et de rétention pour de meilleures conditions de travail pour les employés de la DPJ, nous sommes en train de les négocier », a affirmé Mme Lebel.

La présidente du Conseil du trésor doit rencontrer mardi les représentants syndicaux des secteurs public et parapublic. Elle fera le point sur l’état des négociations lors d’un point de presse mercredi.

L’opposition « scandalisée »

Les partis d’opposition ont unanimement dénoncé mardi l’utilisation d’agences de placement dans le réseau de la DPJ. La députée de Québec solidaire Christine Labrie a affirmé qu’elle avait été « scandalisée » en lisant la manchette de La Presse.

« C’est fondamental, à la protection de la jeunesse, que les intervenantes qui ont entre leurs mains les dossiers puissent établir un lien de confiance durable avec les familles, avec les enfants. D’avoir recourt avec des agences de placement, c’est le contraire de ce qu’on devrait être en train de faire », a-t-elle dénoncé.

« C’est vraiment désolant de voir qu’on en est rendu là. Pourtant, on le sait à quel point c’est les conditions de travail qui occasionnent une désaffection envers la protection de la jeunesse. Les gens acceptent un poste un peu à contrecœur, ils restent un certain temps [mais dès qu’ils en ont l’occasion, ils vont sur un autre poste parce que c’est épuisant. Ils ont trop de dossiers, ils n’ont jamais l’impression d’y arriver puis de pouvoir offrir un suivi satisfaisant aux familles qu’on leur confie », a-t-elle ajouté.

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, y voit pour sa part un exemple criant des problèmes liés à la pénurie de main-d’œuvre.

« On parle [ici] de services, et le service à la population, c’est ça qui est frappé de plein fouet, dans la DPJ comme dans le domaine de la santé. Les conditions de travail, la manière de traiter le personnel, sentir qu’ils ont tous les moyens financiers pour y arriver, tout ça doit être mis sur la table » de négociation, a-t-elle dit.

« C’est très grave. Et encore une fois, comment se fait-il qu’on a un gouvernement, depuis la crise, qui nous dit qu’il déploie des moyens, qu’il n’y a plus de pénurie, que les actions sont là et que, de mois en mois, on voit que ce n’est pas du tout la réalité sur le terrain ? Et donc ce n’est pas compliqué, à un moment donné, là, il faut arrêter la communication puis passer à l’action », a pour sa part affirmé la députée péquiste Véronique Hivon.