Les procès des « deux Michael », ces Canadiens détenus en Chine depuis plus de deux ans et accusés d’espionnage, devraient commencer d’ici quelques jours, a annoncé mercredi le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, réitérant que leur libération est une « priorité absolue ».

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Notre ambassade à Beijing a appris que les audiences de Michael Spavor et Michael Kovrig sont prévues devant les tribunaux du pays les 19 mars et 22 mars, respectivement », a indiqué l’élu libéral, dans un bref communiqué diffusé mercredi. M. Garneau y affirme que « la détention arbitraire de [Michael] Kovrig et Spavor est une priorité absolue pour notre gouvernement. » 

« Nous continuerons à travailler sans relâche pour obtenir leur libération immédiate », insiste le ministre, en soulignant que le gouvernement canadien reste profondément troublé « par le manque de transparence » de la Chine dans toute cette affaire.

Le Canada continuera de revendiquer « un accès consulaire continu à MM. Spavor et Kovrig, conformément aux dispositions de la Convention de Vienne sur les relations consulaires et à l’Accord consulaire entre le Canada et la Chine », affirme également M. Garneau.

Ce dernier assure que les autorités canadiennes ont « demandé à être présentes lors des comparutions », dès vendredi. Une demande a été envoyée en ce sens aux autorités chinoises, mais jusqu’ici, aucune réponse n’a été obtenue. Dans l’intervalle, du soutien continuera d’être offert aux deux hommes et leurs proches. « En raison des dispositions de la Loi sur la protection des renseignements personnels, aucune autre information ne peut être divulguée », conclut le ministre.

« Malheureux développement », juge un ex-ambassadeur

Les deux Canadiens sont détenus depuis décembre 2018. Ils ont été arrêtés quelques jours après l’interception à l’aéroport de Vancouver de Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei. La femme d’affaires a été appréhendée à la demande des États-Unis. Et depuis, une crise diplomatique sans précédent perdure entre les gouvernements canadiens et chinois.

Pour Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine, le début des procès marque certes une « étape importante », mais est surtout « un malheureux développement ». « Dans 99 % des procès en Chine, les gens sont trouvés coupables. Et une fois que l’engrenage judiciaire est pris, ça peut devenir très compliqué d’espérer les sortir de là », explique-t-il à La Presse.

Je m’attends à une sentence d’au moins dix ans minimum. Il devra ensuite y avoir un long processus de négociations, qui s’annonce ardu et pénible.

Guy Saint-Jacques, qui a occupé les fonctions d’ambassadeur à Pékin entre 2012 et 2016.

S’il est encore possible de trouver un compromis, l’homme reste sceptique. « La clé, c’est ce que les Américains vont décider de faire avec Meng Wanzhou. C’est possible de trouver une solution, mais je ne m’attends à rien cette année. Ça risque de prendre beaucoup de temps », insiste-t-il.

Vu que le dossier est très « politique », il y a fort à parier que les avocats de MM. Kovrig et Spavor n’auront qu’un accès très limité à leurs clients, selon M. Saint-Jacques. « Au mieux, ils ne pourront les voir que quelques minutes avant le procès, et ne pourront avoir accès à la preuve. Le gouvernement chinois leur dira que ça relève du secret d’État. C’est un procès bidon qui va s’amorcer. Et le timing n’est pas accidentel. La Chine veut punir le Canada encore davantage », analyse-t-il.

Rappelons qu’au cours des dernières semaines, le Canada avait suscité la colère l’État chinois à deux reprises, d’abord en adoptant une initiative internationale contre la détention arbitraire, puis en permettant l’adoption d’une motion unanime au Parlement reconnaissant l’existence d’un génocide contre la minorité musulmane des Ouïghours au Xinjiang.

Déchirant, dit la femme de Michael Kovrig

« C’est surréel, c’est accablant, même si d’une certaine façon, nous nous attendions depuis plusieurs jours à ce développement », a de son côté laissé tomber en entrevue Vina Nadjibulla, la femme de Michael Kovrig.

« Mais aussi difficile cela soit-il pour moi et pour sa famille, nous avons été en mesure de le digérer ensemble. Michael, lui, l’apprend comme il apprend tout le reste, c’est-à-dire seul. Depuis 832 jours. C’est ça qui est si déchirant », a-t-elle ajouté.

Le début des procès des deux Michael survient alors qu’au Canada, d’ultimes audiences doivent avoir lieu en mai au sujet de l’extradition de Meng Wanzhou.

Avec Mélanie Marquis, La Presse