Une autre tuile s’abat sur l’armée canadienne. Le vice-amiral et responsable des ressources humaines des Forces armées canadiennes, Haydn Edmundson, a fait l’objet d’une enquête dans la foulée d’allégations de « comportement inapproprié ». Les faits lui étant reprochés seraient survenus vers la fin des années 90.

Publié le 9 mars 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

C’est du moins ce qu’a rapporté CBC News, mardi en fin de journée. Citant plusieurs sources bien au fait du dossier, le réseau public soutient que les allégations incluraient notamment des « commentaires suggestifs ou importuns », des « avances sexuelles » ou encore des « comportements prédateurs et des relations inappropriées », qui auraient été commis à l’endroit de collègues féminines.

« Plusieurs sources ont déclaré que le comportement d’Edmundson n’avait pas été pris au sérieux à l’époque et ont déclaré que ses antécédents en matière de prévention des conséquences lui avaient valu un surnom — “l’homme Mulligan” — suggérant qu’il avait une nouvelle chance », lit-on dans le texte en question.

M. Edmundson n’a pas souhaité commenter le dossier, lorsque contacté par CBC. Il n’a pas été possible de le joindre à ce sujet mardi.

Joint par La Presse, le cabinet du ministre de la Défense, Harjit Sajjan, s’est dit au fait de la situation. « Le ministre a été mis au courant hier [lundi] des allégations datant des années 90. Il a demandé au chef d’état-major de la Défense par intérim de regarder de plus près ce dossier et de lui faire par la suite un rapport aussi rapidement que possible », a soulevé un porte-parole de M. Sajjan.

Un gouvernement prudent

Dans une déclaration transmise aux médias mardi, le ministère de la Défense nationale (MDN) ainsi que les Forces armées canadiennes (FAC) sont restés prudents quant à la suite des procédures, reconnaissant néanmoins que le dépôt d’allégations pareilles « exige une énorme confiance dans l’institution ».

« C’est précisément la raison pour laquelle nous avons un système policier et judiciaire fort et indépendant, qui enquête de manière approfondie et complète sur toutes ces allégations et, lorsque les preuves disponibles le justifient, il est poursuivi. Nous avons la plus grande confiance en leur capacité de garantir le respect de l’état de droit », martèle le MDN.

Haydn Edmundson n’a « jamais été inculpé et n’a jamais fait l’objet d’aucune forme de discipline administrative », affirme Ottawa. « Il serait à la fois inapproprié et irresponsable de commenter davantage les affaires pour lesquelles aucune accusation n’a été portée », rajoute-t-on.

Malgré tout, l’armée « prend ces questions très au sérieux », assure le gouvernement. « Lorsque les allégations sont fondées, les personnes sont traitées par des mesures administratives ou, si elles sont suffisamment graves, inculpées. […] Lorsqu’un membre est accusé d’une infraction de quelque nature que ce soit, nous divulguons de manière proactive toutes les informations disponibles », rajoutent les autorités, qui ne confirmeront ni ne nieront l’existence d’enquêtes.

« Nous prenons l’intégrité de notre processus d’enquête extrêmement au sérieux, ce qui implique de veiller à ce que les droits de toutes les personnes concernées soient protégés », conclut le ministère.

Des oppositions en colère

Le tout survient alors que lundi, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a fait face à un barrage de questions en provenance des partis d’opposition, qui l’ont tour à tour accusé d’avoir préféré « garder de vilains petits secrets » et de s’être conduit de façon « peu honorable », voire « tout à fait honteuse » dans la gestion de l’affaire Jonathan Vance, l’ancien chef d’état-major de la défense canadienne qui fait également face à des allégations d’inconduite sexuelle.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan

M. Sajjan avait alors annoncé qu’il s’engageait à se présenter pour la seconde fois au Comité permanent de la défense afin de se prononcer sur cette affaire. Et il l’a fait en donnant un avant-goût de son témoignage : la version des faits livrée il y a quelques jours par l’ancien ombudsman militaire, Gary Walbourne, ne correspond pas à la sienne.

Walbourne avait affirmé la semaine passée aux élus du Comité de la défense qu’il avait communiqué au ministre les allégations d’inconduite sexuelle visant le général Jonathan Vance en mars 2018, mais que son interlocuteur avait refusé d’examiner les preuves à l’appui et plutôt renvoyé l’affaire au BCP — le ministère qui soutient le premier ministre et le Cabinet.

La députée Candice Bergen, elle, a dit croire l’ombudsman « lorsqu’il soutient avoir essayé de montrer au ministre des éléments de preuve et que le ministre a répondu qu’il ne voulait pas les voir ». « Il était plus préoccupé par l’image et [le fait de] garder de vilains petits secrets », a reproché la conservatrice, accusant le ministre de prendre part à une opération de camouflage gouvernementale.

Avec Mélanie Marquis, La Presse