Un ancien chef d’état-major de la défense canadienne qui fait face à des allégations d’inconduite sexuelle. L’ex-ombudsman militaire qui affirme en avoir informé l’actuel ministre de la Défense il y a trois ans. Les dénégations du ministre. Retour sur un scandale qui porte un dur coup aux Forces armées canadiennes.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Que reproche-t-on au général Jonathan Vance ?

Au début du mois de février, la chaîne Global News a révélé que Jonathan Vance, ancien chef d’état-major de la défense canadienne, allait faire l’objet d’une enquête à la suite de la publication d’un rapport sur de possibles comportements déplacés avec des subordonnées. Les faits qui lui sont reprochés se seraient produits avant qu’il ne soit nommé à la tête de l’armée canadienne. Le rapport en question ne nomme pas les plaignantes, dont l’identité a été protégée pour éviter d’éventuels contrecoups sur leurs carrières. M. Vance nie ces allégations.

Qui est Jonathan Vance ?

Âgé de 57 ans, ce militaire de carrière a été décoré à plusieurs reprises au cours d’une carrière qui a commencé en 1982. Il a été nommé chef d’état-major de la défense par Stephen Harper en 2015. À peine arrivé en poste, il a lancé l’opération Honneur dans le but de mettre fin au harcèlement et aux agressions sexuelles dans l’armée. Il a annoncé son départ à la retraite en juillet 2020 et son successeur, le vice-amiral Art McDonald, est entré officiellement en poste le 14 janvier dernier. Or, celui-ci s’est retiré temporairement de ses fonctions la semaine dernière à la suite d’allégations d’inconduite. La police militaire a d’ailleurs ouvert une enquête à ce sujet.

Ottawa informé dès 2018 ?

L’ex-ombudsman militaire Gary Walbourne a affirmé mercredi devant le Comité de la défense des Communes qu’il avait informé dès 2018 le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, des allégations d’inconduite concernant le général Vance. Le ministre a indiqué qu’il était en désaccord « avec certaines parties du témoignage » [de Gary Walbourne]. Alors qu’il témoignait devant ce même comité, le 19 février, le ministre Sajjan avait refusé à plusieurs reprises de confirmer qu’il en avait été informé en mars 2018, invoquant la confidentialité de ses rencontres avec l’ombudsman.

Une rencontre « hostile »

Devant le Comité de la défense, M. Walbourne a affirmé que la « réunion [avec le ministre] [avait] été très hostile et s’[était] terminée très amèrement ». « Je lui ai tendu la main à la fin de la rencontre et il m’a dit : “S’il vous plaît, ne revenez pas me voir en me conseillant ce que je dois faire.” » Il indique qu’il a aussi demandé au ministre de la Défense de tenir l’affaire confidentielle, puisqu’il n’avait pas l’autorisation de la plaignante d’ouvrir une enquête. Or, selon l’ex-ombudsman, le ministre a ensuite informé le bureau du Conseil privé, le cabinet du premier ministre, qui a demandé à M. Walbourne des renseignements sur la plaignante. Celui-ci n’y aurait pas donné suite puisque la plaignante ne voulait pas dévoiler son identité.

« Un problème grave et bien réel »

Des députés libéraux siégeant au Comité de la défense ont plutôt critiqué l’ex-ombudsman d’avoir informé le ministre avant même d’avoir alerté la police militaire. Gary Walbourne a rétorqué qu’il avait approché le ministre pour avoir des conseils sur les suites à donner à une affaire aussi explosive. « Je voulais être en mesure de pouvoir dire à la présumée victime : “Vous avez été entendue.” » Rappelons qu’à l’automne 2015, un rapport accablant de la juge à la retraite Marie Deschamps concluait que la culture au sein des Forces armées était « hostile aux femmes et aux minorités sexuelles » et que « l’inconduite sexuelle était un problème grave et bien réel ».

Sources : La Presse Canadienne, Global News, CTV News et Radio-Canada