Insatisfait par ses négociations avec l’administration Labeaume sur le projet de tramway dans la capitale nationale, le gouvernement Legault hausse le ton. Québec compte bientôt présenter une « révision du tracé » qui desservirait mieux les citoyens vivant en banlieues.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Pour l’instant, la Ville n’a pas accepté de modifier suffisamment le tracé du tramway pour permettre au gouvernement de respecter ses engagements électoraux », a dénoncé une source bien au fait du dossier, par écrit, en confirmant du même coup les informations d’abord révélées par le Bureau parlementaire du Journal de Québec.

Cette source ajoute que le gouvernement présentera ses travaux à la Ville de Québec « au cours des prochaines semaines ». « Le gouvernement est en faveur d’un réseau de transport structurant et efficace qui dessert mieux les banlieues de Québec. On travaille donc présentement sur une révision du tracé du tramway et sur un projet de réseau structurant qui desservirait mieux les citoyens des banlieues », ajoute-t-elle.

Joint par La Presse mercredi, le cabinet du maire Labeaume, lui, s’est défendu d’avoir manqué d’ouverture dans ce dossier. « La Ville n’a rien refusé, car elle n’a jamais reçu de proposition, martèle l’attaché de presse, François Moisan. Il n’y a pas eu de négociation ni de réunion de travail entre le ministère des Transports et le Bureau de projet. »

En réalité, l’administration municipale dit n’avoir reçu « aucune carte, aucun plan, aucun papier concernant des changements de tracé ». « Il n’y a eu que des discussions verbales », fait valoir M. Moisan.

Pas assez pour les banlieues ?

La nouvelle tombe alors que ces pourparlers avaient lieu depuis plusieurs semaines entre l’administration de Régis Labeaume et le gouvernement. Au début février, François Legault avait ouvertement critiqué le projet de tramway, en affirmant que dans sa forme actuelle, il n’en faisait pas assez pour les banlieues, et trop pour le centre-ville.

On va mettre 3,1 milliards pour le tramway au centre-ville puis un petit 200 millions pour les banlieues. Nous, ça ne fait pas notre affaire.

Le premier ministre François Legault, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale

Peu après, le maire Labeaume avait réitéré qu’il n’avait pas l’intention de modifier son projet pour autant. « Tout le monde voudrait qu’on fasse le tour de la ville avec le tramway, mais on n’a pas d’argent pour ça », a-t-il lancé, en soutenant que le blocage au gouvernement est d’abord « politique ».

« Ingérence » dénoncée

Sur la colline parlementaire, les partis d’opposition n’ont pas tardé à dénoncer la position du gouvernement Legault, qualifiant celle-ci « d’ingérence politique » ou encore « d’arrogance » pure et simple.

« Je trouve ça profondément arrogant pour les experts en mobilité et les groupes de la société civile qui ont été consultés. Ils ont étudié toutes les villes comparables possibles, ils se sont investis. C’est prétentieux et irresponsable de la part du gouvernement, qui arrive comme si le tramway était une petite invention de la semaine dernière », lance à ce sujet le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti. Au Parti québécois, le critique en matière de transports, Joël Arseneau, n’a pas non plus mâché ses mots.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le député du Parti québécois, Joël Arseneau

J’y vois une ingérence politique de Québec qui est très préoccupante, surtout qu’on semble le faire pour des intérêts politiques. De quel droit le gouvernement peut-il dicter la marche à suivre ?

Joël Arseneau, député péquiste

Chez les libéraux, la porte-parole de la Capitale-Nationale, Marwah Rizqy, a déploré que la CAQ « travaille en silo, indépendamment de la Ville de Québec ». « Ça démontre un manque de leadership et d’ouverture. Le bon leadership ne s’impose pas, il s’exerce en équipe. C’est une drôle d’approche que le gouvernement a de tout tasser pour s’imposer », fustige-t-elle.

Les partis d’opposition soutiennent à l’unanimité que le projet de tramway dessert en réalité déjà les banlieues. « Si on refait encore un tracé, pour moi, c’est clair qu’il n’y aura pas de tramway dans la prochaine décennie à Québec », conclut Sol Zanetti.

Sur une distance de 23 kilomètres, la ligne de tramway doit se rendre de Cap-Rouge à l’ouest jusqu’à Charlesbourg au nord-est, tout en passant par le centre-ville.