Il y a près d’un an, la Québécoise Edith Blais et son compagnon italien Luca Tacchetto ont réussi à fuir le campement où ils étaient retenus en otage depuis 450 jours, parcourant le Sahara à pied, en pleine nuit. Avec les risques de se voir battus et enchaînés dans l’éventualité, très probable, où leurs geôliers les rattraperaient.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« J’étais prête à mourir quand je suis partie, confie la femme de 36 ans dans une entrevue téléphonique avec La Presse. Les chances qu’on réussisse étaient assez minces. »

Ils ont réussi non seulement à s’orienter vers une route, mais aussi à arrêter un véhicule pour les conduire vers la ville. Ils se trouvaient alors non loin de Kidal, dans le nord du Mali. Les bons Samaritains les ont laissés à la mission de maintien de la paix de l’ONU, où ils ont été pris en charge.

La Sherbrookoise raconte son histoire dans le livre Le sablier – Otage au Sahara pendant 450 jours, à paraître le 17 février. À son retour en mars 2020, elle n’avait pas accordé d’entrevues et peu de détails avaient été dévoilés, notamment sur les conditions entourant le retour à la liberté des deux voyageurs.

Enlevés au Burkina Faso

Elle revient dans son livre sur ce jour fatidique du 17 décembre 2018. Edith Blais et Luca Tacchetto se trouvaient alors au Burkina Faso, sur la route vers le Bénin voisin. Des hommes armés les attendaient sur la route, avertis du passage prochain des deux étrangers.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Luca Tacchetto et Edith Blais, peu avant leur enlèvement, en décembre 2018

Ils ont été enlevés. Retenus en otage plus d’un an par des djihadistes dans différents camps de fortune de l’Afrique de l’Ouest, séparés l’un de l’autre pendant presque toute la durée de leur captivité.

« J’étais leur otage, c’est-à-dire à la fois un trésor et une moins-que-rien », écrit-elle dans son récit.

Cette détention a été marquée aussi par la cruauté du désert, avec sa chaleur intense et ses nuits froides, les privations, la solitude. Et le temps qui s’allonge.

« Je pense que c’est difficile pour quelqu’un qui ne l’a pas vécu de comprendre comment ça peut être long d’être couchée 450 jours par terre, sous la chaleur, souligne-t-elle en laissant échapper un petit rire. J’ai essayé de transcrire comment le temps peut s’étirer, peut devenir même insupportable. »

Se raconter dans des poèmes

Dans le désert, elle a commencé à écrire des poèmes lorsqu’elle a eu accès à un crayon, presque un par jour. Elle a réussi à en rapporter 57 avec elle.

Ils ponctuent son livre, avec ses dessins.

« Le sablier tentait de s’inverser, /Entraînant l’homme dans son entonnoir, /Redistribuant son temps de captivité. /Il n’y avait dans le désert aucune échappatoire », écrit-elle par exemple au 94e jour de sa captivité.

C’est d’ailleurs un recueil de poèmes qu’elle comptait publier à son retour au Québec, avant d’opter pour le récit de son expérience.

Je me rendais compte que ma famille, mes amis, tout le monde voulait un peu connaître mon histoire. Je me voyais mal l’expliquer chaque fois.

Edith Blais

Transcrire cette période traumatisante en mots lui a fait du bien, ajoute-t-elle.

Des cauchemars au retour

Elle estime s’être bien adaptée à son retour, même si les cauchemars l’ont tenaillée de façon récurrente pendant six mois.

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Edith Blais et son compagnon italien Luca Tacchetto lorsqu’ils ont retrouvé leur liberté, en mars 2020

« Toutes les nuits, j’étais captive, confie-t-elle. Ou d’un désert, ou chez moi, ou quelque part… Je perdais ma liberté et je redevenais captive. »

Les mauvais rêves se sont depuis espacés.

Travailleuse en restauration, Edith Blais s’est rendue dans l’Ouest canadien l’été dernier, comme elle l’avait fait dans le passé.

Au début, j’ai eu peur de retourner dans le monde, mais quand je suis partie dans l’Ouest, ça m’a fait vraiment du bien, de recommencer à vivre la vie. De travailler tous les jours, de me promener, d’avoir ma liberté…

Edith Blais

Elle est toujours en contact avec son ami Luca Tacchetto et ajoute avoir aussi parlé à Sophie Pétronin, une Française de 74 ans détenue pendant quatre ans par le même groupe djihadiste et libérée l’automne dernier.

Malgré les épreuves, Edith Blais juge avoir tiré du positif de son expérience. « Je prends conscience de tout ce que j’ai, de toutes les beautés, de la vie », souligne-t-elle.

Une fois la pandémie terminée, la grande voyageuse compte reprendre la route, vers l’Amérique du Sud, où elle a déjà séjourné. Mais elle dit avoir « fait une croix » sur l’Afrique.

« J’ai encore des projets de voyages, assure-t-elle en riant. Quand je pourrai. »