Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’entête à salir le nouveau ministre fédéral des Transports. Omar Alghabra a été faussement accusé d’accointances islamistes, une accusation qui ne tient pas la route.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Le chef du Bloc s’est offusqué des supposées affinités islamistes passées de M. Alghabra, sans avancer de preuves de ses allégations. Critiqué pour avoir taxé le nouveau ministre de sympathies islamistes sans preuve solide, M. Blanchet s’est défendu : je ne fais que poser des questions !

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a participé à la campagne de salissage du ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, sans avancer de preuves de ses allégations.

La campagne de salissage d’Omar Alghabra a d’abord été lancée dans les cercles nauséabonds qui font commerce de la peur de l’islam, au premier chef ce « média » toxique Rebel Media et son agitateur en chef Ezra Levant. Cela remonte à plusieurs années. En 2018, une sénatrice conservatrice s’était excusée d’avoir relayé des faussetés au sujet du député.

Selon ces agitateurs qui voient partout des signes de l’islamisation de la société, M. Alghabra appuyait l’idée de tribunaux islamiques en Ontario…

Or, il n’existe aucune preuve de cet appui : c’est du vent.

Il est vrai que la Fédération canado-arabe (FCA) que M. Alghabra a brièvement présidée s’est empêtrée dans des controverses avec le gouvernement Harper, mécontent des positions jugées trop anti-Israël de la FCA…

Mais c’était cinq ans après le départ de M. Alghabra de cette fédération.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Omar Alghabra, ministre fédéral des Transports, lors d’une visioconférence du Parlement

Je reviens à The Rebel, un site ouvertement antimusulman. The Rebel est débarqué à Québec après l’attaque de la Mosquée pour y propager de la désinformation pure et simple : il y aurait eu un deuxième tireur ! Le duo aurait fait irruption dans la mosquée en criant « Allah Akhbar » ! La police de Québec cache des choses !

C’était faux, archi-faux, et tout ce que The Rebel a publié a été contredit par les témoins directs et par les caméras de surveillance. Rien de ce qu’a allégué The Rebel n’était fondé, de près ou de loin.

C’est ce genre de singeries que propage The Rebel dans la société, ce qui en fait l’équivalent médiatique des fabricants d’amiante. Quand vous remontez le fil d’une histoire et qu’elle provient des agitateurs qui œuvrent à The Rebel — ou de leurs suiveux —, vous devriez manipuler cette histoire avec les mêmes précautions que les travailleurs de la construction qui tombent sur de l’amiante en faisant des travaux de rénovation dans un hôpital construit en 1940.

Quand j’ai demandé au Bloc québécois de me fournir des références sur les allégations lancées par son chef, on m’a envoyé trois sources : deux chroniques du Journal de Montréal et le site The Canadian Jewish News. Mais aucune de ces sources n’avance d’information solide qui prouve quoi que ce soit au sujet des accointances islamistes d’Omar Alghabra…

Au mieux, on fait écho aux « questionnements à propos de M. Alghabra »… en citant The Rebel ! C’est le chien de la désinformation qui court après sa queue imaginaire.

> Lisez
l’article du Canadian Jewish News

Qu’a fait The Rebel pour se couvrir les fesses ? La désinformation sur le faux second tireur musulman de la Mosquée s’est faite sous le couvert de poser des questions… Comme M. Blanchet. Mais désolé, ajouter un point d’interrogation à la fin d’une allégation mensongère ne la rend pas plus respectable… Ni plus vraie.

Au Globe and Mail, le vice-président du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a défendu M. Alghabra : « Nous ne croyons pas que sa nomination au Cabinet est inappropriée, a dit David Cooper. Nous ne sommes au fait d’aucun lien prouvé entre M. Alghabra et l’islamisme ou l’extrémisme politique. Nous sommes au courant d’allégations qui le rendent coupable par association, mais nous n’avons vu aucune preuve qui puisse soulever quelque inquiétude. »

J’insiste sur cette évidence : les associations juives n’ont pas l’habitude d’accommoder les sympathies islamistes. Le CIJA avait torpillé les clins d’œil d’un candidat du Parti libéral du Canada à des extrémistes de l’islam, en 2019. Que ce même CIJA qualifie les allégations au sujet de M. Alghabra d’exercice de « culpabilité par association » devrait installer un petit doute dans les certitudes du chef bloquiste.

Yves-François Blanchet devrait-il s’excuser ? Ça le regarde. Mais je note que les excuses du Bloc auprès des agentes de bord qui se sont senties insultées par une pub du parti sont venues sacrément plus vite, pour un trait d’esprit mille fois moins toxique que le salissage de M. Alghabra, qui ne fait que renforcer cette ignominie dans les esprits d’une partie du public : tous les musulmans sont suspects.

De deux choses, l’une : ou M. Blanchet a lancé sa boue sans vérifier de quel marais elle provenait, ou alors il a lancé sa boue en sachant exactement d’où elle provenait.

Dans les deux cas, il a contribué à polluer le débat public.

En cette ère où la désinformation est une sorte de toxine qui tue à petit feu la cohésion sociale, le chef du Bloc joue à un jeu dangereux en s’entêtant à la propager.