(Québec) Il n’y avait probablement pas de choix facile. Mais en clouant au pilori Pierre Arcand, son prédécesseur à la tête du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade a perdu des plumes. Bien sûr, les députés libéraux recevaient des courriels de leurs électeurs, la plupart outrés qu’un député ait choisi de ne pas donner l’exemple et, sans égard aux risques liés à la pandémie, se soit envolé vers le Sud durant les Fêtes.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Mais en voulant asseoir son autorité, la nouvelle cheffe libérale a heurté bien des vétérans libéraux pour qui Arcand, soldat toujours loyal, n’avait pas démérité. C’est peu dire que Pierre Arcand sort meurtri de cette controverse, lui dont le parcours était sans faute depuis sa première élection, au printemps 2007. À des proches, il a confié être médusé par l’ampleur qu’a prise le débat autour de son séjour à la Barbade.

Il a envisagé de démissionner tant il juge « particulière », semble-t-il, la façon dont l’affaire a été gérée par Mme Anglade. Une source d’irritation, surtout ; Mme Anglade a soutenu qu’elle avait tenté de convaincre son député de ne pas quitter le Québec. C’est faux, affirme-t-on en coulisses. Après quatre ministères et 18 mois comme chef intérimaire du PLQ, le député d’Outremont–Mont-Royal n’avait pas fait de gaffe. Sous Jean Charest, il avait même docilement vendu, à perte, ses actions dans Métromédia, une entreprise de panneaux d’affichage, pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts.

PHOTO ROBERT SKINNER , ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Arcand, député du Parti libéral du Québec

À la mi-novembre, comme les autres députés, Arcand avait fait connaître les dates où il ne serait pas disponible et avait fait savoir qu’il se rendait dans le Sud. Les officiers parlementaires, la présidente du caucus, Hélène David, la whip Filomena Rotiroti et le leader parlementaire André Fortin avaient discuté pour en arriver à la conclusion qu’aucune directive ne serait émise. Il faut dire qu’à ce moment, d’autres députés avaient laissé entendre qu’ils pourraient voyager ; Monsef Derraji pensait devoir se rendre au Maroc, Gaétan Barrette songeait à un voyage en Australie, et d’autres élus rêvaient de plages. Jamais cette question n’avait été discutée au caucus des députés.

C’était connu des collègues députés que la femme de Pierre Arcand, Dominique Chaloult, souhaitait convaincre son conjoint de faire ce voyage. La mère de Mme Chaloult avait été malade et elle avait besoin de souffler un peu après « une difficile année au point de vue humain ».

« On a failli annuler, mais j’ai insisté, et il est venu avec moi par amour et solidarité », a écrit Mme Chaloult à ses amis Facebook, jugeant que la « punition a été beaucoup trop sévère ».

Arcand est revenu le 1er janvier, alors qu’il devait rester jusqu’au 8 janvier à la Barbade. Mme Anglade lui a demandé alors de se départir de lui-même de ses dossiers de critique à l’Assemblée nationale – les transports et les infrastructures. Arcand a refusé, elle les lui a retirés. Ces dossiers n’ont pas été redistribués depuis. Pendant les 14 jours de quarantaine, à son retour, un photographe de presse faisait le guet devant la maison d’Arcand à Mont-Royal pour capter un éventuel faux pas.

Des vétérans heurtés

Pour de vieux libéraux, l’attitude de la nouvelle cheffe envers Arcand a des airs de déjà-vu. Déjà, elle avait heurté bien des vétérans quand elle avait demandé une enquête sur des allégations d’attouchements sexuels visant le vétéran Jacques Chagnon, ancien président de l’Assemblée nationale, formulées par une élue belge, Emily Hoyos. Allégations dont se défend vigoureusement l’ex-politicien québécois. Mme Anglade avait demandé « d’entreprendre toute démarche ou initiative visant à faire la lumière sur la situation ». L’Assemblée nationale avait expliqué qu’il n’était pas de son ressort d’enquêter sur des allégations, l’affaire avait fini en queue de poisson.

On se rappelle Claude Ryan, nouveau chef libéral de 1978. Il avait écrasé bien des orteils, tant il désirait asseoir son autorité. Intransigeant, il avait mis de côté tout ce qui rappelait l’époque Bourassa, un ménage bien éphémère ; il sera battu aux élections de 1981 et mis à la porte par ses députés l’année suivante.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

En fond de scène, on sent l’espoir de la cheffe libérale d’avoir quelques circonscriptions intéressantes pour attirer des vedettes en vue des prochaines élections.

Des gens proches d’Anglade peuvent même laisser tomber un souhait inavouable : le départ de la moitié du caucus actuel des députés libéraux. On constate qu’en dehors de Monsef Derraji, de Marwah Rizqy et de Marie Montpetit, peu de députés libéraux sont parvenus à marquer des points dans l’espace public au cours des derniers mois.

On a demandé à Gaétan Barrette de ne pas faire d’entrevues sur quelque sujet que ce soit. Il faut dire que l’antagonisme entre Mme Anglade et Barrette ne date pas d’hier. L’ancienne présidente de la Coalition avenir Québec était contre la candidature du président de la Fédération des médecins spécialistes, aux élections de 2012. Son attitude était trop agressive, insistait Mme Anglade auprès de François Legault.

André Pratte intéressé

Les coups de sonde de l’ancien sénateur et ex-éditorialiste en chef de La Presse André Pratte viennent incarner la volonté de la direction du PLQ de trouver de nouveaux visages. Pratte reconnaît avoir, avant les Fêtes, passé des coups de fil à celui qui a été son ancien patron à l’époque de CKAC, Pierre Arcand. Même démarche auprès de Gaétan Barrette. La Pinière, la circonscription de Barrette, est proche de sa résidence actuelle, à Saint-Lambert. Il a vécu à Outremont, sa femme vient aussi de l’actuelle circonscription de M. Arcand, Mont-Royal–Outremont. Il a aussi eu une rencontre avec Dominique Anglade, à la même époque.

Pratte reconnaît avoir évoqué des circonscriptions potentielles avec le directeur général du PLQ, Jean-François Helm. « Je lui ai dit qu’éventuellement, une candidature pourrait m’intéresser, j’ai parlé de comtés » comme Mont-Royal–Outremont ou Laporte.

Mais « je n’ai encore aucune intention de me présenter. Je ne suis pas rendu là ! Je n’exclus pas d’être un jour candidat, ce serait idiot de déclarer ça à ce stade-ci. Pour l’instant, je voulais savoir comment je pourrais contribuer aux idées du parti, jouer un rôle dans sa commission politique, par exemple », a expliqué Pratte.