Le centre-ville de Montréal traverse une grave crise. La pandémie et des travaux de réfection lui font la vie dure. Quant à la menaçante montée du commerce électronique, elle lui offre un duel sans merci.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Dans un tel contexte, qui a envie de mener les troupes au combat ?

La SDC Montréal Centre-Ville semble avoir déniché l’homme de la situation. Il s’agit de Glenn Castanheira. En poste depuis le 1er janvier dernier, l’ancien directeur de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent déborde d’enthousiasme quand il aborde la question de son nouveau mandat.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Glenn Castanheira, nouveau directeur général de la SDC Montréal Centre-Ville

« Ceux qui me connaissent savent que je ne pouvais pas refuser cette proposition, dit-il lors d’un entretien téléphonique. Je pense que nous avons une occasion en or de relancer le centre-ville. Et j’ai une occasion en or de jouer un rôle là-dedans. »

Succédant à Émile Roux, qui a souhaité retourner vivre en France avec sa famille, le nouveau directeur général de l’organisation est pleinement conscient qu’il hérite d’une tâche colossale.

Je suis très au fait de la situation que connaît le centre-ville. Et c’est pour cela que je suis optimiste. Je ne suis pas juste un cheerleader. Je sais que nous avons tout ce qu’il faut pour rebondir sur cette crise.

Glenn Castanheira

Le cas du centre-ville de Montréal n’est pas unique. Cette crise est reproduite presque à l’identique partout dans le monde. Dans ce contexte, Glenn Castanheira se risque à faire la prédiction suivante : « Nous devrions être une des villes qui réussira le mieux à relancer son centre-ville parmi les grandes villes du monde. »

De tous les défis qui l’attendent, lequel craint le plus Glenn Castanheira ? « Il n’y a pas grand-chose qui me fait peur, dit-il. Si on prend le défi du commerce électronique, il faut savoir qu’il ne date pas d’hier. C’est vrai qu’il s’est accéléré de manière foudroyante durant la pandémie. Notre riposte à cela doit être l’expérience que les commerçants peuvent offrir aux consommateurs. Cette expérience ne doit pas être du bling-bling. Il faut que les gens puissent se sentir bien dans cet environnement. La clé est là. »

La détresse des commerçants

Je connais peu Glenn Castanheira. Je n’ai toutefois entendu que de bonnes choses au sujet de celui qui a la réputation de « livrer la marchandise » et d’obtenir des résultats. Son passage à la Société de développement du boulevard Saint-Laurent à partir de 2013 a été ponctué de bons coups. On lui doit littéralement d’avoir ramené à la vie cette artère durement ébranlée par de pénibles travaux.

« Les travaux de 2006 à 2008, je les ai bien vécus, dit-il. C’était horrible. Il y a des gens qui se sont enlevé la vie dans leur commerce. Les mots me manquent quand je parle de cela. Cela me permet de comprendre la détresse que vivent actuellement les commerçants. Elle est exactement la même. Et c’est lié à l’impuissance. »

Quand il devient le leader des commerçants du boulevard Saint-Laurent, en 2013, Castanheira fait face à Luc Ferrandez, bien en place à la mairie du Plateau-Mont-Royal depuis 2009. Les échanges sont souvent virulents entre les deux hommes. « J’étais son ennemi numéro un, dit Glenn Castanheira. J’ai été littéralement en guerre contre lui. »

Castanheira réplique aux décisions du maire pas seulement avec des mots, mais aussi avec des idées et des solutions. C’est ce qui fait sa force.

Par exemple, aux mesures d’atténuation de la circulation, il propose des stationnements étagés dont l’architecture porterait une signature, une idée que je trouve pertinente et qui devrait à tout prix être réalisée.

« Un jour, Luc Ferrandez m’a dit : “Plutôt que de toujours chialer, pourquoi ne viendrais-tu pas nous dire ce qu’il faut faire ?”, raconte Glenn Castanheira. J’ai décidé de faire le saut. »

C’est ainsi qu’en 2015, alors qu’il n’est âgé que de 28 ans, Glenn Castanheira devient conseiller spécial en matière de commerce et de tourisme pour Projet Montréal. « Il peut dire ce qu’il veut. S’il me confronte publiquement, ce ne sera pas un problème », déclare Luc Ferrandez aux journalistes lors de cette annonce.

Puis, quelques mois après son élection, en novembre 2017, Valérie Plante le nomme responsable du développement économique et commercial dans son cabinet.

Glenn Castanheira connaît donc très bien l’actuel plan de transformation du centre-ville. Il sait pourquoi il a été conçu ainsi et comment il doit maintenant être exploité pour faire vibrer la rue Sainte-Catherine, de Guy jusqu’à de Bleury. « Ça serait faux de dire que je suis l’un des grands architectes du projet, mais j’ai été consulté et j’étais celui qui informait les parties prenantes. »

Un enfant de la loi 101

La réalité des commerçants n’a pas de secrets pour Glenn Castanheira. Il est tombé dans la marmite dès la naissance. Charmés par le Québec grâce à Expo 67, ses grands-parents ont abandonné leur commerce d’huile d’olive dans un petit village près de Fatima, au Portugal, pour venir s’établir à Montréal. Au début des années 1970, ils ont créé la rôtisserie Coco Rico qui trône depuis 50 ans au coin du boulevard Saint-Laurent et de la rue Napoléon.

Je suis un enfant de la loi 101. Mes parents étaient adolescents quand ils sont arrivés. Ils se sont rencontrés à Montréal. J’ai grandi derrière le comptoir Coco Rico qui appartient toujours à ma famille.

Glenn Castanheira

Dans cette famille tricotée serré, une trentaine de membres vivent actuellement d’activités commerciales.

Glenn Castanheira aime profondément la ville qui l’a vu naître. Il faut l’entendre décrire à quoi va ressembler le nouveau square Phillips qui est en train de subir une cure de rajeunissement grâce à la créativité de la firme Provencher_Roy. « Ça va devenir l’une des plus belles places publiques en Amérique du Nord, dit-il. Et attendez de voir l’avenue McGill. »

Lorsque Luc Ferrandez a quitté la mairie en mai 2019, le nom de Glenn Castanheira a beaucoup circulé. Plusieurs observateurs de la vie municipale le voient en politique. J’ai évidemment abordé la question avec lui.

« Hé seigneur… En toute franchise, ce que je fais là aujourd’hui n’était pas du tout prévu. Et ça me rend heureux. J’ai le beau rôle. Les politiciens doivent faire tellement de compromis pour plaire à tout le monde. Je peux être au-dessus de la mêlée et me concentrer sur ce qui me fait vibrer, le commerce. »

Serez-vous surpris si je vous dis que cette réponse m’a à demi convaincu ?

En attendant de voir si Glenn Castanheira fera un jour le saut en politique, un défi de taille l’attend : faire de nouveau battre le cœur du centre-ville de Montréal.

Rien de moins.