(Ottawa) Mieux vaut prévenir que guérir. Sachant que le COVID-19 risque fort de causer des maux de tête à l’industrie touristique l’été prochain, la ministre Mélanie Joly prépare ces jours-ci un plan de contingence en collaboration avec les acteurs du milieu.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« On sait que le tourisme international va être affecté, donc on doit tenter de trouver une façon de financer différemment nos efforts de marketing en visant certains marchés plutôt que d’autres », affirme-t-elle en entrevue avec La Presse.

Il faudra donc que les acteurs de l’industrie misent sur les vacanciers américains, mais « aussi et surtout » sur le marché intérieur, plutôt que sur les visiteurs asiatiques, avance la ministre du Développement économique.

Car à quelques mois du début de la plus lucrative des saisons pour le secteur, les gouvernements sont de plus en plus nombreux à déconseiller à leurs citoyens les voyages non essentiels à l’étranger.

Et déjà, on en voit les effets du côté de la Colombie-Britannique, note Mélanie Joly.

« C’est l’endroit au pays où ça a frappé le plus rapidement et le plus fort, parce que c’est là qu’il y a normalement le plus de touristes chinois, dit-elle. À la boutique hors taxes de l’aéroport de Vancouver, par exemple, il y a eu une diminution de 50 % des revenus. »

L’Alberta, pour la même raison, risque de subir le même sort, mentionne la ministre.

L’Europe, un « point d'interrogation »

Avec la propagation du coronavirus à l’Union européenne (UE), l’Élysée a « fortement » déconseillé à ses ressortissants les voyages non nécessaires en dehors de l’UE – un avis de nature à inquiéter l’industrie touristique à Montréal, qui accueille son lot de visiteurs français.

« Le gros point d’interrogation, ça pourrait être le marché européen. On surveille avec attention ce qui se passe en France », explique la porte-parole de Tourisme Montréal, Manuela Goya, dans un entretien accordé à La Presse.

Plus des trois quarts des visiteurs français ont mis le cap sur le Québec en 2019.

« On va peut-être se concentrer plus sur l’axe nord-sud que sur l’axe est-ouest, indique-t-elle. Mais de manière générale, le nombre actuel de réservations pour des nuitées ou des tours ne fait pas craindre outre mesure pour la santé de la saison estivale 2020. »

Franchement, pour le moment, au meilleur de notre connaissance, nous n’entrevoyons pas de difficultés au moment où on se parle, sachant qu’il n’y a pas eu d’annulations de masse.

Manuela Goya, porte-parole de Tourisme Montréal

Création d'un comité de crise

L’année 2019 a été fulgurante pour le tourisme au pays. Le Canada a reçu un nombre record de 22,1 millions de touristes internationaux (dont 7,1 millions d’arrivées, soit 32 %, en provenance d’outre-mer), selon Statistique Canada.

Mais le COVID-19 menace de souffler des nuages noirs sur l’économie mondiale, et la séquence de six années consécutives d’augmentation du nombre d’arrivées au Canada pourrait prendre fin en 2020.

Difficile, cependant, de quantifier les dommages potentiels. « La collecte de données se fait au moment où on se parle, et plutôt que d’être réactive au moment où on les aura, j’essaie d’être proactive », souligne Mélanie Joly.

Le gouvernement fédéral mettra sur pied un comité spécial du cabinet voué à la gestion de la crise du coronavirus. La composition des ministres membres de ce comité n’a pas été dévoilée, mardi soir, mais leur première rencontre doit avoir lieu ce mercredi, selon nos informations.

— Avec La Presse canadienne

Les chinois moins nombreux

Le nombre de visiteurs chinois au Canada a fléchi de 9,6 % en 2019 – une première baisse depuis 2003, alors que l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) avait plombé le secteur du tourisme un peu partout dans le monde, d’après les données de Statistique Canada. Cette diminution a fait en sorte que la France est redevenue le second marché en importance – rang qu’elle n’avait pas occupé depuis 2015. Si déjà on avait remarqué des « ralentissements » en 2018-2019 sur fond de crise diplomatique entre le Canada et la Chine, depuis l’éclosion initiale du COVID-19 dans l’empire du Milieu « il y a maintenant un arrêt quasi total » des visites chinoises à Montréal en raison de l’interruption de liaisons décrétée par des transporteurs aériens comme Air Canada, selon Manuela Goya, de Tourisme Montréal.

Le tourisme au Canada en 2019

22,1 millions de touristes internationaux

15 millions de touristes des États-Unis

679 000 arrivées par avion du Royaume-Uni

589 000 arrivées par avion de la France

571 000 arrivées par avion de la Chine

Source : Statistique Canada