(Ottawa) Des ministres du gouvernement Trudeau ont tenu à relativiser le spectre de la séparation de l’Alberta brandi par certains députés conservateurs fédéraux dans la foulée de la décision de Teck Resources d’abandonner son mégaprojet d’exploitation des sables bitumineux Frontier, dans le nord de province.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Ces mêmes ministres ne semblent pas non plus inquiets de la décision du premier ministre de l’Alberta Jason Kenney, confirmé mardi dans le discours du Trône présenté à l’Assemblée législative, de doter l’Alberta d’un nouvel outil référendaire qui pourrait déboucher sur un vote sur l’avenir de la province au sein du Canada.

Le leader du gouvernement en Chambre et lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec, le ministre Pablo Rodriguez, a affirmé que les frictions entre Ottawa et les provinces sont monnaie courante et que cela ne met nullement en péril l’avenir de la fédération canadienne.

« Cela fait partie de la fédération. Nous avons eu certaines années atypiques d’accalmie. Il y a eu quelques années où il ne se passait rien. En général, il y a des frictions entre le fédéral et les provinces. Cela fait partie de la dynamique du Canada. C’est comme cela souvent qu’on avance en apprenant l’un de l’autre. L’important, c’est que l’on travaille ensemble en bout de ligne », a avancé M. Rodriguez.

La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, s’est montrée plus cinglante, invitant Jason Kenney a reprendre du service sur la scène fédérale s’il souhaite en découdre avec le gouvernement Trudeau.  

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Mélanie Joly, s’est montrée plus cinglante, invitant Jason Kenney a reprendre du service sur la scène fédérale.

Si monsieur Kenney veut faire de la politique fédérale, il n’a qu’à se présenter dans la course au leadership du Parti conservateur.

Mélanie Joly

Aux Communes, lundi, la députée conservatrice Shannon Stubbs, qui représente de Lakeland, dans le nord de l’Alberta, a accusé le gouvernement libéral d’être l’unique responsable du retrait du projet de Teck Resources à cause de politiques qui, selon elle, réduisent à néant les investissements dans le secteur de l’énergie.

Elle a ensuite demandé au premier ministre Justin Trudeau de forcer les Albertains à s’interroger sur leur avenir au sein de la fédération canadienne.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La députée conservatrice Shannon Stubbs

Le premier ministre a violé le code d’éthique et a intimidé son procureur général pour sauver 9000 jobs chez SNC Lavalin qui n’ont jamais été en périls. Les Albertains veulent que tous les Canadiens dans tous les secteurs réussissent. Mais quand 200 000 Albertains perdent leurs jobs, que les suicides augmentent de 30 %, que les gens perdent espoir et leur dignité, le premier ministre blâme les autres et ne fait rien. Le premier ministre veut-il que l’Alberta demeure au Canada ou pas ? Que va-t-il faire pour mettre fin à la saignée ?

Shannon Stubbs

Le premier ministre Jason Kenney, qui a déjà dit vouloir s’inspirer du Québec pour obtenir des concessions du gouvernement fédéral, a indiqué lundi que son gouvernement adoptera un projet de loi donnant le pouvoir aux Albertains de provoquer la tenue d’un référendum sur des questions de nature constitutionnelle. Résultat : des citoyens de l’Alberta pourraient se servir de cet outil pour provoquer un référendum sur la sécession. Cet outil pourrait être utilisé par le groupe Wexit, qui préconise la séparation de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Mardi, la vice-première ministre Chrystia Freeland, qui est aussi ministre des Affaires intergouvernementales, a invité le Parti conservateur à ne pas souffler sur les braises de la sécession en Alberta à des fins partisanes.

« J’espère vraiment que nous pouvons être d’accord sur une chose ici, des deux côtés de cette Chambre, soit que nous croyons tous qu’il est important de sauvegarder l’unité nationale. Nous comprenons bien que les économies de l’Ontario et de l’Alberta, et celles du Québec et de l’Alberta, sont intimement liées. […] C’est pourquoi j’exhorte les députés de l’opposition à ne pas transformer le dossier de l’unité nationale en un terrain de football », a affirmé la ministre.