Combien de parents endeuillés devront encore raconter leur récit douloureux dans les médias « avant que l’on comprenne qu’il faut plus que simplement “demander de l’aide” et “être à l’écoute” pour contrer le suicide au Québec ? »

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

C’est la question que pose Pascale Lortie, qui fait partie des 200 familles endeuillées à avoir réclamé par lettre au gouvernement Legault, ces derniers jours, une commission spéciale sur le suicide.

La semaine qui se termine était celle de la prévention du suicide, qui suivait elle-même une semaine de sensibilisation aux maladies mentales.

Pour Pascale Lortie, ces derniers jours marquaient surtout le deuxième anniversaire de la mort de son fils Alec, qui s’est suicidé à 20 ans à la suite d’une maladie non diagnostiquée, précise-t-elle.

Les chiffres sur le suicide sont en baisse au Québec, mais les pertes demeurent extrêmement élevées. Trois Québécois par jour se suicident et on dénombre par ailleurs chaque jour 11hospitalisations consécutives à une tentative de suicide, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec diffusées lundi.

Parler sans être entendu

Ce que l’on ne dit pas assez lorsqu’on parle de prévention, regrette Mme Lortie, c’est que nombreux sont ceux à avoir parlé, mais à n’avoir pas été entendus, sauf par des proches qui les ont accompagnés, « impuissants, pendant des semaines, des mois, des années, dans les portes tournantes du système de santé ».

Le système de santé est paralysé par des listes d’attente et, souvent, par le non-respect des protocoles dans la prescription de médicaments (notamment les antidépresseurs), dénonce Mme Lortie.

Le mouvement d’endeuillés Unis face au suicide, qui représente plus de 200 familles, réclame donc au premier ministre François Legault la création d’une commission spéciale indépendante sur le suicide afin d’en arriver à une meilleure stratégie nationale.

Le Dr Alain Lesage, psychiatre, croit aussi qu’on pourrait faire beaucoup mieux pour aider ceux qui ont un problème de santé mentale, de même que ceux qui ont une dépendance aux drogues ou à l’alcool, un facteur de risque lui aussi important.

Il souligne que la moitié des gens qui se sont suicidés entre 2003 et 2012 au Québec étaient passés par les urgences dans l’année qui a précédé, selon les registres de surveillance en santé publique du Québec.

Jérôme Gaudreault, directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide, plaide, à l’instar des familles endeuillées, pour que les gens à risque de se suicider, souvent vus dans les urgences dans les mois qui précédent leur geste, « soient mieux repérés » et aient rapidement accès à un suivi en santé mentale.

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez communiquer avec un intervenant de Suicide Action Montréal au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).