Le Québec et le Canada s’enlisent dans un discours qui normalise la prostitution, « cette pratique inégalitaire, raciste, et qui s’abreuve à la pauvreté des femmes ».  

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans son témoignage à la Commission sur l’exploitation sexuelle des mineurs lundi matin, Diane Matte, fondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle, y est allée d’un vibrant plaidoyer pour que le Canada et le Québec s’attaquent réellement à la prostitution une fois pour toutes.  

« Comme société, on a accepté qu’il est correct que des hommes achètent des services sexuels », a-t-elle dénoncé.  

Il faut au contraire tout faire pour contrer « une industrie multimilliardaire [à l’échelle de la planète] qui veut nous faire croire qu’elle est une industrie comme une autre ».

À une commissaire qui lui faisait remarquer que des gens ont un avis contraire, que la lutte à la prostitution ne fait pas consensus, Mme Matte a répondu que pour elle, l’heure n’était plus au débat, mais au choix de société.  

Le Québec, a noté Mme Matte, est la seule province à avoir clairement établi en toutes lettres en 2006 que « la prostitution est une violence envers les femmes ». Le Code criminel interdit aussi la prostitution.  

Mais sur le terrain, la loi est beaucoup trop timidement mise en application, contrairement à un nombre grandissant de sociétés comme l’Islande, la Norvège, la Suède et la France pour qui « l’achat d’actes sexuels est contraire à une société égalitaire ».  

Pendant ce temps, au Québec, les municipalités n’ont aucune prise, par exemple, pour éviter qu’un salon de massage ouvre ses portes sur leur territoire. Il leur suffit de demander un « permis pour soins personnels », a signalé Mme Matte.  

Bien sûr, la prostitution passe de plus en plus par les réseaux sociaux et non par des commerces ayant pignon sur rue. La prostitution prolifère aussi lors de grands événements (le Grand Prix est souvent montré du doigt).  

Les gouvernements qui les subventionnent exigent des organisateurs une panoplie de mesures de sécurité aux organisateurs.  

« La lutte à l’exploitation sexuelle pourrait faire partie du cahier de charge. Ce serait là un signal très fort que le gouvernement peut envoyer », a réclamé Mélanie Thivierge, présidente et directrice générale du Y des Femmes.