L’annonce lundi par Netflix de la diffusion prochaine d’une docusérie intitulée Goop Lab et mettant en vedette la comédienne Gwyneth Paltrow entraîne une levée de boucliers dans la communauté médicale et scientifique. Craignant que la série ne véhicule de fausses informations en santé, plusieurs demandent à ce que Netflix la retire de sa programmation.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« Diffuser ce genre de pseudoscience est dangereux. Les gens accordent énormément de crédibilité à ce genre de documentaire », affirme Olivier Bernard, mieux connu ici comme le Pharmachien.

PHOTO FANNY LAFONTAINE-JACOB, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Olivier Bernard, alias le Pharmachien

« Ce genre de publication est problématique. Ça contribue à la diffusion de désinformation en santé », ajoute Timothy Caulfield, professeur de droit à l’Université de l’Alberta et titulaire de la Chaire de recherche en droit et politiques de la santé du Canada.

Lundi, Netflix a diffusé la bande-annonce de Goop Lab, dont la diffusion doit débuter le 24 janvier. On y voit la comédienne Gwyneth Paltrow, à la tête de l’entreprise de bien-être Goop, présenter ce qui semble être différentes expériences. 

L’actrice est accompagnée de la directrice du contenu à Goop, Elise Loehnen. Celle-ci précise que la mission de Goop est « d’explorer des idées qui peuvent sembler trop loin ou trop effrayantes ». Dans la bande-annonce, on voit notamment des femmes plonger dans des eaux glacées, subir un exorcisme et se regarder la vulve dans un miroir.

Au cours des dernières années, l’entreprise Goop a soulevé différentes controverses. Plusieurs médecins avaient notamment décrié une publication où Gwyneth Paltrow vantait les mérites du nettoyage du vagin à la vapeur. En septembre 2018, Goop avait dû payer 145 000 $ pour avoir diffusé une publicité trompeuse sur certains de ses produits. L’un d’eux, un œuf de jade que les femmes devaient s’insérer dans le vagin, devait prétendument aider à contrôler le cycle menstruel. Une affirmation non soutenue par la science, a tranché un tribunal de Californie.

Pétition pour retirer la série

Le professeur Timothy Caulfield a été le premier à réagir à la diffusion de la bande-annonce de Goop Lab, lundi. « Diffuser de la fausse information crée de vrais dommages », a écrit M. Caulfield sur Twitter.

En entrevue avec La Presse, M. Caulfield déplore le fait que la diffusion d’un tel documentaire par Netflix « légitimise » le message de l’entreprise Goop et « contribue à l’érosion de la pensée critique ». « Sans compter aussi qu’il s’agit d’un énorme publireportage, qui fait la promotion d’une entreprise créée pour faire de l’argent », dit-il.

M. Caulfield souligne que plusieurs études ont démontré que le public tend à croire plus facilement une affirmation soutenue par une anecdote puissante ou un témoignage percutant plutôt que par une recherche scientifique. 

PHOTO MATT BARNES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Timothy Caulfied, professeur de droit à l’Université de l’Alberta et titulaire de la Chaire de recherche en droit et politiques de la santé du Canada

« Je n’ai pas encore vu tout le documentaire. Mais ce qu’on semble faire, ce n’est pas du tout de la science. […] En cette ère de désinformation, c’est problématique de véhiculer ce genre de choses. »

— Timothy Caulfield, professeur de droit à l’Université de l’Alberta

Pour Olivier Bernard, Netflix est « le paradis de la pseudoscience en matière de santé ». « La quasi-totalité des séries qu’ils publient, c’est de la pure pseudoscience. Et je pense que c’est dans leur stratégie marketing de faire ça », dit-il.

Selon M. Bernard, la population est de plus en plus consciente de la désinformation. « Mais souvent, on pense qu’un documentaire, c’est crédible. Pas nécessairement », note-t-il.

M. Bernard espère que la communauté scientifique et médicale se mobilisera afin de stopper la publication de la série, même si d’autres documents « pires » que Goop Lab circulent également.

En février 2019, Netflix avait retiré de sa programmation le documentaire Root Cause à la suite des critiques féroces du milieu scientifique. Le documentaire affirmait que les traitements de canal causaient le cancer. Une affirmation non soutenue par la science. « J’espère que les grandes associations scientifiques vont encore se mobiliser. On a la responsabilité professionnelle de le faire », affirme M. Bernard.

Des pétitions demandant à Netflix de ne pas diffuser Goop Lab circulent déjà sur le web. Joint par La Presse, Netflix a dit ne pas vouloir commenter le dossier pour l’instant.